CHAPITRE PREMIER. ô
dame de Brionne, baronne de Viviers, châteiaine de Val-sous- Ville.
Aux deux autres angles sont le baron de Viviers, en uniforme de colonel au régiment de Picardie , et le citoyen Claudius Brionne , en bonnet pbrygien , carmagnole et cocarde tricolore.
Deux panoplies d'armes réelles servent de base, en quelque sorte , aux portraits des deux guerriers. Le chevalier semble posé sur un trophée de lances , de masses , de poignards, de cottes de mailles et de chanfreins ; le colonel trône sur des mousquets, des épées, des pistolets, des tambours et des grenades.
En étudiant avec soin ces quatre physionomies, on y trouve, en dépit de la médiocrité du peintre, un air de famille qui s'est maintenu dans la vieille race de Viviers -Brionne depuis le règne de Charles VII jusqu'à celui de Robespierre.
Une bibliothèque portative , en tablettes de palissandre et cordonnets de soie, supporte une trentaine de livres reliés sans coquetterie , mais avec goût ; ce sont les œuvres des classiques de la table et des poètes qui ont le plus sérieusement traité la matière : Brillât-Savarin , le marquis de Cuci , Berchoux , Carême et tulli quanti revivent là sous leurs lauriers.
Nous n'abuserons pas de la patience du lecteur; mais nous le prierons de remarquer, en
4 tES PÉCHÉS MIGNONS.
passant, combien il doit d'éloges aux mains laborieuses qui sont chargées de ranger, brosser, épousseter, frotter; et combien il lui doit tarder de connaître l'heureux hôte de ce séjour où tout est calme sans froideur, où tout est gai sans folie, où tout est sévère sans morgue.
Du salon , fort élégant mais simple , on passe dans une chambre à coucher.
Un clnnst en croix , et un bénitier dans lequel trempent quatre feuilles de buis , sont seuls attachés au mur de l'alcôve; en franchissant une portière en tapisserie, on entre dans une petite chapelle vouée à la Vierge, et enrichie à plaisir de dentelles, de flambeaux, d'or et de velours. Certes il est facile de se convaincre , au premier coup d'oeil, qu'une âme pure et vraiment pieuse veille avec amour à l'entretien de cette chapelle. On reconnaît au choix des fleurs et des ornements sacrés une passion chaste , respectueuse et timide pour la mère immortelle du Rédempteur. Une femme, enveloppée dans un manteau brun doublé en soie cerise, est prosternée devant le groupe de la Vierge et de son divin enfant surmonté d'une croix d'ivoire ; elle est immobile et silencieuse; son chapeau est posé sur un pliant ; ses cheveux noirs tombent en boucles sur ses épaules, et remplissent les longs tuyaux d'une fraise en valenciennes qui encadre le bas de son visage.