I. — Les Origines
Les origines de la peinture, en Chine, se confondent avec Les origines de récriture. Celle-ci dérive, en effet, de la pictographie, les caractères actuels n'étant que des formes évoluées et systématisées de dessins primitifs. D'anciens livres ou dictionnaires nous renseignent sans erreur possible sur cette évolution. Mais si l'histoire a conservé des notions de ces rapports lointains, nous ne pouvons prendre contact avec des monuments figurés qu'au m e siècle de notre ère, à travers les bas-reliefs de l'époque des Han et au iv e par les peintures de Kou K'ai-tche. On n'y trouve point l'origine d'une évolution, mais, au contraire, les dernières manifestions d'une tradition finissante.
II. — La Peinture chinoise avant l'intervention du Bouddhisme.
Les bas-reliefs de l'époque des Han (1) sont à peu près tous constitués par des dalles sculptées ornant des cham-
(1) Ces bas-reliefs ont été étudiés par M. Chavannes dans : La sculpture sur pierre en Chine au temps des deux dynasties Han, Paris, 1893, puis dans ;
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(Collection R. Betrucci.)
LES PEINTRES GHINOLS. 31
breltes funéraires et dont la valeur artistique est très inégale. La technique en est primitive, elle consiste à évider la pierre autour des figures par un contour à angles émoussés. La figure apparaît en silhouette; des traits gravés complètent le dessin des formes. Les scènes représentées se rapportent soit à des sujets mythiques, soit à des sujets légendaires. On y voit des divinités, des animaux fabuleux, des scènes de guerre et de chasse, des défilés de peuples apportant le tribut. Les grandes compositions évoquent parfois des scènes grandioses, une ordonnance fastueuse et raffinée. De-ci, de-là des essais de perspective picturale viennent se mêler à quelque scène imprévue.
Tout ceci est en désaccord profond avec la technique des bas-reliefs. On songe à des modèles dessinés par des peintres et que des artisans de fabriques funéraires auraient copiés avec plus ou moins d'habileté. Cette impression devient une certitude si Ton compare certaines des dalles sculptées à une peinture de Kou K'ai-tche dont le prototype nous est parvenu à travers une copie de l'époque des Song (xi e -xm e siècles) (1). L'une des scènes de ce long rouleau ne laisse aucun doute possible sur l'origine picturale des basreliefs des Han. Une divinité fluviale sur un char attelé de dragons nous livre une composition analogue à ces modèles d'après lesquels les artisans du m e siècle ont travaillé.
Mission archéologique en Chine, Paris, 19 10-, Les stampages des dalles sculptées y sont intégralement reproduites.
(1) Cette peinture faisait partie de la collection de l'ex-vice-roi Touant'ang tué en 1911, pendant la révolution. Elle a été publiée en 1911 par un archéologue japonais, M. Taki.
Cependant, nous avons mieux qu'une copie tardive. Le Britisb Muséum, à Londres, possède une peinture attribuée à Kou K'ai-tche, Les raisons qui. nous font croire à son authenticité sont puissantes, presque indiscutables (I ) ; nous l'acceptons donc ici et, nous essaierons, de définir ce qu'était l'œuvre d'un des plus grands peintres, de la Chine au ,iv e et au début du v e siècle.
Les scènes peintes sont inspirées par un ouvrage du m e ; siècle consacré à l'édification des femmes du palais impérial. Ce qui frappe, dans ces compositions, c'est Ja légèreté et la finesse du style, la poésie des attitudes, la suprême élégance des formes. De lourdes chevelures noires encadrent des visages blancs au charme raffiné et subtil. Le caprice voluptueux des vêtements aux longs plis flottants, la finesse extrême des formes, la grâce des gestes font de cette peinture une chose unique. Seule, une culture séculaire pouvait aboutir à cette spiritualité.
Si la copie de la collection de Touan-fang rappelle les bas-reliefs du temps des Han, la peinture du Bristish Muséum se relie aux bas-reliefs de Long-men qui datent du -vii e siècle et dont M. Chavannes a publié les photographies. Le style de Kou K'ai-tche exprime donc les particularités de la peinture chinoise à une époque qui va du 111 e au ,vn e siècle. D'autre part, àlafinduiv e ou au début du v e siècle, le peintre et critique Sie Ho formulait les six principes sur
-. (1) Elles sont rassemblées dans un travail que prépare M. Laurence ,Binyon et qui doit accompagner la reproduction gravée par des artistes japonais dont le British Muséum prépare la publication.