‹ Les peintres chinois;Chapitre 5 sur 13 · IV. — L'Inspiration · texte numérisé non relu

IV. — L'Inspiration

Les conceptions esthétiques de l'Extrême-Orient ont été profondément influencées par une philosophie particulière de la nature. A la source de l'univers, le Chinois place l'action des deux principes mâle et femelle, le yang et le yin. Détachés de l'unité primordiale, par leurs combinaisons diverses, ils donnent naissance aux formes du monde. Le Ciel correspond au principe mâle, la Terre au principe femelle. Le mélange du yin et du yang donne naissance aux êtres, plantes, animaux ou hommes, qui peuplent le monde. Si la montagne, enveloppée de brumes, évoque la combinaison des deux principes, la légende des forces qu'elle révèle ne s'arrête point là. Fabuleux ou réels, des animaux et des plantes, familiers aux peintres chinois, expriment des idées semblables. Le dragon est l'ancêtre de tout ce qui porte plume ou écaille; il évoque l'élément humide, les eaux de la terre, les brumes de l'atmosphère, le principe céleste. On le voit surgir de la nuée comme une apparition monstrueuse dévoilant pour un instant la grandeur du mystère entrevu. Le tigre est le symbole du principe terrestre, unepersonnification des quadrupèdes opposés aux oiseaux et aux reptiles. Sa forme brutale apparaît dans la tourmente; défiant les rafales qui courbent les bambous et arrachent les arbres, il brave les rages de la nature hostiles à l'expression de l'âme universelle. Le bambou est l'image de la sagesse, le pin évoque l'idée de volonté et de

vie ; le prunier en fleur est une combinaison harmonieuse des deux principes; il est la pureté virginale. Ainsi se constitue tout un système d'images analogues aux allégories de notre culture classique; mais elles ont cette supériorité de ne point dégénérer en symboles glacés, de conserver, au contraire, le contact de la nature, de lui prêter une vie frémissante dans laquelle la conscience humaine, disparaît pour ne plus laisser surgir que le sentiment de l'immensité.

Le Bouddhisme surenchérit encore : il ne croit même plus : à la réalité du monde. Les formes sont transitoires, l'univers est une illusion qui s'écoule dans le perpétuel devenir. En dehors du repos suprême, dans les six mondes du désir (1), évoluent les choses de la douleur et de la mort. Les âmes parcourent ce cycle fermé sous les apparences les; plus. diverses, depuis l'enfer jusqu'aux dieux, avançant ou rétrogradant suivant les bonnes actions ou les fautes commises dans des existences antérieures. Une pierre, une plante, un insecte, un démon ou un dieu ne sont plus que des apparences illusoires enfermant une âme identique en! marche vers la délivrance, prise à des degrés divers de son; long calvaire, emprisonnée par Terreur originelle et le; désir inconscient de la vie. Dès lors, on voit apparaître lesentiment nouveau d'une charité qui s'étend à la totalité; des êtres. Leur caractère, moral est le même que celui de!

(1) Ce sont : les mondes des animaux, des hommes, des dieux, ou* dêoas, des géants ou asuras, des prêtas ou spectres errants, et des enfers.' On n'est libéré d'une perpétuelle transmigration dans ces six mondes que, par l'extinction du désir. * . - •*

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Cliché de la Bibliothèque d'Art et d"Ai cheologie. PORTRAIT DE LU TON-G- PING, . PAR t'eNG TCH A N G- YEOU.. ÉPOQUE DES t'aNG.

(Collection Woich.)

l'homme, leur destinée est la même, et, dans l'immensité du monde d'illusion, chaque être cherche à accomplir le même destin. Derrière les changements de l'univers, le bouddhiste aperçoit la pure essence que tout être porte en soi. Il en résulte une familiarité avec les choses qu'aucune croyance n'a comportée. Elle répand, depuis le monde inerte des pierres jusqu'à l'être le plus développé, un sentiment de confiance qui donnera à l'interprétation plastique de la nature je ne sais quoi d'émouvant et de fraternel.

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