‹ Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècleChapitre 24 sur 76 · Lettres grecques de Madame Chénier, p · texte numérisé non relu

Lettres grecques de Madame Chénier, p

ANTOINE DE FAVRAY 83

turque, chaussé de babouches jaunes. Autour de son haut turban rouge, s'enroule une écharpe blanche barrée d'une bande d'or. Sa robe de dessous, que l'on voit à peine, est blanche avec des bouquets de fleurs roses et de feuilles vertes. Sa véritable robe est en soie jaune, semée des mêmes bouquets brodés. Pardessus ces deux robes, il porte un caftan rouge fourré et bordé d'hermine ; il a, derrière, la belle fourrure noire que sans doute lui a donnée le Sultan après sa première audience. De la main gauche appuyée sur un genou, il tient, par un geste familier à l'Oriental, un tesbih ou chapelet de cornaline ; à la main droite, il a son tchibouk. Un serviteur venait de l'apporter en grande cérémonie ; s'étant arrêté à une distance du divan qu'une longue expérience seule pouvait lui permettre d'apprécier, il avait posé sur l'épais tapis rouge une soucoupe en filigrane d'or contenant la petite pipe en terre émaillée de pierreries, tandis que, d'un mouvement désappris de nos jours, il avait gracieusement fait tourner le mince tuyau en bois de jasmin de manière à placer juste à la portée des lèvres du fumeur le bout du tchibouk qui,

pour un personnage d'aussi grande distinction, était d'ambre orné de diamants.

Près de l'ambassadeur, sur un coussin, le peintre a placé deux grosses montres : « un Turc, soumis, pendant le ramazan, à la révolution d'un temps marqué par la loi et toujours pressé d'en voir arriver le terme, s'environne de toutes les montres et de toutes les pendules qu'il possède ; il ne se lasse point de compter les heures et les minutes*. »

Lorsque, devenu ministre des Affaires Etrangères, M. de Yergennes posait devant le peintre Callet pour le beau portrait qui le représente en grand habit de cour, assis à sa table de travail, il devait se rappeler en souriant le divan 011 pour Favray il avait passé tant d'heures habillé à la turque. Ces deux portraits si différents font un contraste singulier dans les salons du château de Boisbriou où le général marquis de Vergennes les conserve pieusement avec tous les souvenirs qui se rattachent à la vie de son ancêtre et parmi lesquels se trouve l'épée d'or que la nation française de Constantinople offrit à l'ambassadeur au moment de son dé-

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