Ce tableau et son pendant, représentant cinq femmes en
ANTOINE DE FAVRAY 81
La danse était le principal charme de la Grecque. Favray consacra une de ses toiles à ce jeu dont Mme Chénier se plaisait à vanter les délices, commentant avec Guys dans des lettres devenues célèbres les diverses danses alors en vogue à Constantinople*. Dans la prairie de Beicos, sous les arbres séculaires qui ombragent la promenade du Grand Seigneur, auprès du café oii le musulman écoute en rêvant le bruit de l'eau voisine, la farandole des Grecques se déroule. Au premier plan, un groupe de dames européennes regarde la danse, que leur explique le drogman à longue robe et à bonnet de fourrure. Le cafetier turc avec son plateau et le marchand de simitch, personnage indispensable en ces sortes de fêtes, s'approchent du groupe, tandis que, dans un coin écarté, des chasseurs déjeunent gaiement. Au fond du tableau, quelques Turcs isolés, des arabas dételées, une caravane de chameaux. C'est toute la vie du Bosphore que Favray,
promenade dans le bazar, sont conservés à Boisbriou. Ils ont été tous deux gravés' par Laurent et insérés par Guys dans son ouvrage.
1. Robert de Bonnières, Lettres grecques de Madame Chénier, précédées d'une étude sur sa vie. Paris, 1879, in-18.
dans ce délicieux tableau, a peinte pour M. de Vergennes.
Dans toutes ces toiles, Favray a surtout représenté des Grecs ; il semble avoir peu connu la société musulmane. Elle fréquentait les ambassades, moins il est vrai que du temps de Van Mour. La réaction qui avait suivi la mort d'Achmet III avait peu duré et les dessins de Liotard ou de Gudenus prouvent que les Turcs à cette époque ne fuyaient pas les artistes. Le sultan Mustapha était d'ailleurs grand ami des arts et « quiconque y excellait était sûr d'avoir part à sou estime et à sa bienveillance * ». Mais à cause de son titre de chevalier de Malte, Favray n'était peut-être pas bien vu à la cour du Grand Seigneur et il fallut que la fantaisie prît à l'ambassadeur et à l'ambassadrice de France de se déguiser en Turcs, un jour de l'année 1766, pour donner à l'artiste l'occasion de peindre ces somptueux costumes qui étaient pour lui l'un des attraits de Constantinople.
Sur un divan, entre deux fenêtres tendues d'étoffes vertes, l'ambassadeur est assis à la