Lettre du 14 juillet 1768. Archives de Lantheuil
été rapportée de Constantinople en 1811 par M. Raiffé ; quant au troisième tableau, le seul vraiment important, il appartient à l'un des descendants de Saint ^Priest, M. le comte de Virieu.
L'Audience donnée à M. de Saint-Priest par le Grand Seigneur figurait au Salon de 1771 sous le n** 63 ; c'était l'un des tableaux vers lequel se portait, « avec plus de foule », un public qui n'avait connu à quelques-uns des salons précédents que les Turcs de fantaisie de Carie Yanloo ou de Jeaurat. « La singularité en fait le principal caractère et la scène neuve qu'il présente excite un instant la curiosité. » Le livret terminait la longue description qu'il faisait^ de la cérémonie représentée sur cette toile, en remarquant que le Grand Seigneur était ressemblant. « C'est bien le cas de dire, écrivait un critique, qu'on peut mieux le croire que l'aller voir. Mais ce qu'on peut vérifier aisément, c'est que M. le chevalier de Saint-Priest ne ressemble point, défaut peu intéressant au surplus et qui n'ôte pas à ce tableau le mérite d'un costume rare*. »
1, Lettres sur les peintures, sculptures, exposées au Palais du
ANTOINE DE FAVRAY 87
Diderot critiquait la « mauvaise composition* » du tableau; il ignorait que Favray n'aurait pu, pour mériter ses louanges, modifier en quoi que ce fût la position ou l'attitude du moindre de ses personnages. Un cérémonial immuable réglait les audiences impériales et fixait aussi bien les places du chevalier de Pontécoulant et du baron allemand Bietzel qui accompagnaient Saint-Priest, du premier secrétaire Lebas, du premier drogman Deval, du premier député de la nation, Simon Laflèche, et de M. de Sade, capitaine de vaisseau, commandant la Sultane, que celles du Grand Yizir, Nichangi Mehemet Emin Pacha, et du premier Drogman de la Porte, Nicolaki Draco. C'était toujours la même scène qu'un Yan Mour ou qu'un Favray avait à peindre , seules changeaient les figures des personnages.
Il semble que, au début de l'ambassade de M. de Saint-Priest, la manière de vivre de la société de Constantinople se soit modifiée, et
Louvre le 25 août 1771 dans les Mémoires secrets de Bachaumont, Londres, 1784, XIII, p. 84.
i. Diderot, Salon de 1771. Œuvres complètes. Ed. Garnier, XI, p. 487.
que Favray ait eu moins roccasion de fréquenter les beautés grecques. La guerre avait été déclarée entre la Russie et la Porte ; les bandes de soldats irréguliers qui partaient pour la frontière rendaient peu sûre la villégiature au Bosphore ; on ne s'éloignait guère de Péra que pour aller dans le vallon des Eaux Douces d'Europe ou sur les hauteurs de Daoud Pacha voir manœuvrer les troupes que le baron de Tott faisait marcher à la française, et c'était sous la tente que, en 1769, le Grand Yizir donnait audience aux ministres étrangers.
Favray, qui assista à l'une de ces audiences*, en a conservé le souvenir pour M. de Saint- Priest dans un tableau qui se trouve maintenant en la possession de l'un des descendants de l'ambassadeur, M. de Charpin\
La tente, immense, en étoffe bleue bordée d'or et toute doublée de rouge, est ouverte des deux côtés. Le Grand Vizir, assis à la turque sur des coussins, a, suspendues au-dessus de lui, ses armes, arcs, carquois, étui à pistolets,
1. Une dépêche de M. de Saint-Priest, du 10 avril 1769, rend compte de cette audience. Aff. étr. Turquie, vol. 150, fol. 230 et suiv.