‹ Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècleChapitre 27 sur 76 · Au château de Pierreux, par Gharentay, près Lyon · texte numérisé non relu

Au château de Pierreux, par Gharentay, près Lyon

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sabre damasquiné. En face, sur un tabouret recouvert d'étoffe rouge, est M. de Saint-Priest. Autour d'eux, les drogmans en costume oriental, les officiers du Grand Yizir et la nombreuse suite de l'ambassadeur. Dans le camp, et auprès de hautes piques à queues de cheval rouges qui indiquent la présence du Grand Vizir, les soldais portent, les uns, le costume traditionnel des janissaires, les autres, l'uniforme nouveau donné aux soldats instruits par Tott, la tunique rouge, le pantalon bleu et la coiffure blanche.

Mais tout cet appareil guerrier était venu troubler l'existence de Favray ; il se prit à regretter Malte : Mariette signale en effet qu'en 1771 « il se trouvait à Marseille, d'où il comptait se rendre à Malte pour y passer le reste de ses jours... »

Favray avait soixante-cinq ans lorsqu'il rentrait à Malte pour reprendre auprès, du Grand Maître la vie de travail que l'attrait de l'Orient lui avait fait abandonner pendant près de dix

années. Une famille française, depuis longtemps établie dans l'île, l'entourait des soins les plus affectueux. « Je sors, écrivait-il à Turgot, d'une maladie qui commençait à devenir sérieuse. Vous savez. Monsieur, que ce pays est la pépinière des fièvres malignes ; mais la mienne n'a pas été jusque-là ; j'en ai été quitte pour des vésicatoires, de Vépicaquana, des saignées et autres telles denrées de médecines qui m'étaient inconnues, mais qui m'ont fait connaître tous les soins que Mme et Mlle L'Hoste ont eus de moi ; en vérité, c'est joliment mourir que de mourir entre leurs mains, et c'est ce qu'on n'a pas manqué de dire au Grand Maître qui m'en a fait compliment, à qui j'ai répondu que véritablement je n'avais qu'à me louer de leurs soins, mais qu'elles m'avaient gâté puisqu'elles m'avaient ôté le goût de mourir comme un Diogène. »

Les chevaliers de langue française avaient d'ailleurs toujours trouvé chez les L'Hoste, à « la Lotterie » comme ils disaient, le meilleur accueil, et Favray ne cessait de donner à Turgot des nouvelles des divers membres de cette famille si hospitalière, de l'abbé Stanislas, de

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« la signora Giovanna, aujourd'hui Mme la marquise Cedronio, qui ne faisait que pleurer lorsqu'on prononçait votre nom après votre départ de Malte » ; il n'oubliait pas dans cette énumération la vénérable mère de M. L'Hoste, la signora Annuzi, qui mourait à quatre-vingtsix ans : « Cette dame comme vous savez n'était pas un grand esprit, et j'ai observé ce qu'on dit que l'âme prête à se séparer du corps voit les choses plus claires ; elle disait des choses dans ses derniers moments plus spirituelles qu'elle n'en avait dites pendant toute sa vie ; elle parlait toujours de vous. »

Il voyait chez eux toute la société de l'île, les chevaliers en résidence, Lescalopier, Savaillan ou Marbeuf, le Grand prieur de Champagne, les compatriotes que l'Ordre attirait à Malte, comme le comte d'Orsay, en compagnie duquel voyageait le peintre Suvée, ou les commandants des bateaux^du roi qui faisaient escale à la Valette, et parmi eux « M. le viceamiral des Indes, le bailli de Suffren, qui fait une belle comparse avec son cordon bleu sur sa large panse. »

La charge de Grand Maître, tenue de 1741 à

1774 par le Portugais Pinto, avait passé ensuite à un Espagnol, Ximénés. Elle était depuis 1775 entre les mains d'un Français, Emmanuel de Rohan^ Il fit faire profession à Favray en 1781, « croyant que le premier bâtiment porterait la nouvelle d'une vacance dans le prieuré de France; mais celui qu'on croyait aux abois en a rappelé et on dit qu'il est très bien à présent ; de cela je ne l'en blâme point ». En 1785, après avoir fait partie de l'Ordre pendant près de quarante-cinq ans, Favray était promu commandeur.

Il devenait le 24® titulaire de la commanderie de Valcanville, près Valognes, dont dépendaient les fiefs nobles et seigneuries de Canteloup, Yexley, Sanxetourp, Mont de Saint- Cosme, Hemevez, les Bonhours, Fierville, Equerdeville et Ancteville. Le revenu en était de 7118 livres\ « Je compte, écrivait-il, que

1. Favray a fait le portrait du grand maître Emmanuel de Rohan. Ce portrait, dont une copie décrite par Millin dans ses Antiquités nationales (III, p. 29) se trouvait à la commanderie de Saint-Jean-en-l'Isle, près Gorbeil, a été gravé à Rome par F. Grec et D. Gunego. Gette gravure sert de frontispice au livre : Codice del sacro militare ordine gerosolimitano... Malta, 1782, in-fol.

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