Sur la commanderie de Valcanville, voir le livre de E
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j'ai peu de temps à en jouir. Je ne suis entré en rente qu'au mois de mai et ne puis rien recevoir avant le mois d'octobre. Peu je recevrai, par les réparations qu'il y a à faire et les charités dont mon beau-frère qui est mon procureur ne fait que me prêcher. Il est bon à m'envoyer une bagatelle et donner tout aux pauvres. J'ai beau lui dire qu'il y a ici une grande misère et que les misérables sont sous mes yeux ; il dit faire les charités d'oii l'on reçoit ; il a raison ; mais les misérables que vous voyez font tout autre effet. »
Servant d'armes, chevalier ou commandeur, Favray n'avait cessé de peindre : « Cette diable de muse de la Peinture 'me tient enchaîné près d'elle. » A quatre-vingt-deux ans, il travaillait encore : « Malgré la faiblesse de la vue, la pesanteur de la main et l'épuisement de l'imagination, je passe toujours mon temps à faire quelques bagatelles ». Malte est en effet rempli de ses œuvres. Mais, tout en travaillant aux portraits des Grands Maîtres, des chevaliers ou
Monnier : Ordre de Malte. Les Commanderies du grand prieuré de France d'après les documents inédits conservés aux Archives nationales à Paris. Paris, 1872, in-S».
des notables de l'île, en ornant de tableaux d'histoire ou de religion les palais et les églises de l'Ordre, il ne pouvait oublier l'Orient : « Je m'amuse à faire deux tableaux ; l'un est Athènes moderne ou la Grèce moderne, j'y travaille actuellement ; l'autre sera Rome moderne. Dans le premier régnera l'ignorance, la paresse et la destruction des belles choses ; l'autre ne représentera que l'étude et les récompenses de la vertu ; si ces deux tableaux réussissent, je compte les envoyer en France ».
Nous ne savons s'il a donné suite à ce projet. En 1779, il avait exposé au Salon du Louvre une Rue de l'Hippodrome à Constantinople. Les critiques * avaient trouvé « amusant le spectacle du costume d'un assemblage innombrable d'étrangers encore plus piquants par leur nouveauté que les personnages de M. Lepicié » ; mais, « faute de fond, de perspective et de clair obscur », toutes ces figures leur avaient paru « découpées et collées avec choix. » Et l'un
1. Bachaumont, Mémoires secrets, XIII, 219. Lettre II sur les peintures exposées au salon du Louvre le 25 août 1779. — Archives de l'art français. Nouv. période, II, l^"" fasc, p. 110. Lettres sur les Salons de 1773, 1777 et 1779, adressées par Du Pont de Nemours à la Margrave Caroline-Louise de Bade.
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d'eux se demandait d'où sortait « ce M. Favray qui déjà académicien et même ancien » exposait pour la première fois au Salon.
Pouvait-il s'étonner d'être ainsi oublié, quand lui-même, il écrivait : « Je ne sais où l'on est venu me déterrer à Malte ; M. le commandeur Ricci à qui le Grand Duc a donné la direction de la chambre des peintres dans sa Galerie de Florence et qu'on a fait augmenter, a écrit plusieurs lettres au commandeur Sozzini pour avoir mon portrait. Je ne l'ai jamais voulu faire, di^ sant que j'étais trop petit pour être logé avec ces grands hommes ; enfin une dernière lettre lui est venue : ordre du Grand Duc qu'il le voulait absolument et j'ai été obligé de le faire ; je me suis peint en philosophe asiatique. * » Dans ce portrait, l'artiste s'est en effet coiffé du bonnet fourré que J.-J. Rousseau a popularisé, et le caftan bordé de fourrures qu'il a revêtu, largement ouvert, laisse voir, sur le gilet brodé, la croix étoilée du commandeur de l'Ordre de Malte.
1. Sur l'envoi de ce portrait exposé aux Offices sous le n» 484, voir les Nouvelles Archives de l'Art français, 1876, p. 391.
En véritable philosophe, Favray, alors âgé de quatre-vingt-deux ans, écrivait à son ami Turgot : « Les années s'accumulent les unes sur les autres, dont je ne me chagrine guère, mais au contraire. Car ce siècle-ci est le siècle des événements ; il touche à sa fin et heureusement moi aussi. Je suis fort sensible de ma nature et s'il arrive quelques événements qui me pourraient affecter (par rapport à mes amis qui sont jeunes, car à mon âge il ne se faut affecter de rien pour soi), du moins je ne les verrai pas. »
Le portrait des Offices, les deux Tableaux du Louvre, et les nombreuses peintures qui se trouvent à Malte dans le palais des Gouverneurs ou dans les églises de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Paul, étaient à peu près les seules toiles de Favray qui fussent connues; son œuvre turque était ignorée, et nous ne saurions trop remercier M. le général marquis de Yergennes, M. le comte de Virieu, et le regretté M. Etienne Dubois de l'Estang de nous avoir permis d'en
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dresser le catalogue en nous ouvrant si aimablement leurs archives de familles et leurs collections.
ï. — M. de Vergennes, ambassadeur de France ; en costume turc. H. 1, 40. L. 1, 12.
Signé: Favray, à Gonstantinople, 1766.