CONCLUSION
Nous ne saurions abandonner notre sujet sans essayer de résumer les traits épars qu'il contient , en les complétant d'une vue d'ensemble sur l'école moderne, pour retrouver la place exacte que les peintres qui ont fait le sujet de cette étude, occupent au milieu d'elle et par rapport à ceux de leurs devanciers ou de leurs contemporains qui les ont précédés dans la tombe.
Il est des époques dans l'histoire qui sont comme intermédiaires entre deux mondes, l'un qui a pris fin sans que l'autre ait encore commencé, et telle est au milieu de nous, pour les arts, la période qui comprend la fin du dernier siècle et le commencement de celui-ci. La forme mesurée, équilibrée, simple et même nue qu'avaient tout naturellement revêtue la peinture et la poésie du grand siècle se résumant dans Poussin et Racine, s'est alors trouvée ne plus correspondre à la nature des conceptions et des sentiments naissants dans l'imagination des hommes ; de même les créations légères, mondaines, délicates et railleuses de la peinture et de la littérature du dix-huitième siècle, rencontrant leur expression la plus parfaite dans Watteau et Voltaire, ne pouvant non plus se reproduire, il fallait à ce moment tout créer à nouveau dans l'art et la littérature, et à une manière de penser et de sentir entièrement neuve, trouver des formes nouvelles, correspondantes. Mais les flots de l'esprit naissant n'avaient point encore acquis assez de puissance pour se frayer une voie
et se tracer un lit. Alors, dans l'intervalle, des conceptions de parti pris et purement conventionnelles prennent possession du domaine de Fart et y régnent sans partage, comme il arrive à tout ce qui s'empare d'un monde qui ne possède rien en propre.
Le résultat de cette domination nous donne dans Part les étonnantes créations de David et de son école, qui, se contentant de déclamation, d'effets et d'arrangements purement conventionnels, ne laissent plus voir sur la toile que des modèles d'académie supposés alors rappeler l'antique ; si bien qu'à la place des véritables créateurs, des artistes peignant librement pour rendre des inspirations personnelles, il ne reste plus que de laborieux ouvriers travaillant à retracer, d'après certaines idées imposées, des formes et des groupes qui , conçus en dehors de toutes les conditions où doit se trouver l'artiste pour produire quelque chose de vivant, nous ont donné ces grandes toiles de nos musées qui, en peinture, sont ce qu'on a jamais créé de plus froid, de plus déclamatoire et de plus faux.
Cependant le moment était venu où l'esprit humain, dans ses transformations successives, éprouvant définitivement le besoin d'exprimer à nouveau ses conceptions sur l'homme et sur les choses, et pour la peinture de rendre les impressions et les images que leur vue peut faire naître, allait se débarrasser une fois pour toutes des liens dont on l'entourait, pour se créer une forme et des moyens nouveaux appropriés à la nature des conceptions nouvelles. Déjà, au moment même où les principes de David et sa tyrannique conception de la règle dominaient le plus complètement, deux artistes avaient échappé au niveau commun, Prud'hon, qui avait su être tendre et poétique et Gros qui, par la puissance et l'énergie de sa nature, avait en partie rompu les liens dont on l'entourait. Mais le premier qui sache véritablement se soustraire à la forme imposée par David, pour peindre en s'abandonnant à toute la fougue de son tempérament, est Géricault.
Si Géricault n'était mort si jeune, ce serait à lui sans contredit que serait revenu l'honneur d'avoir
définitivement renversé l'échafaudage de convention qui s'était dressé dans le champ de l'art et, en le renversant, d'avoir ouvert le passage qui a conduit à la grande voie de la libre invention et de la création personnelle. Telles que les choses ont été, Géricault n'est que le précurseur, et c'est à Delacroix qu'était réservé l'honneur de livrer jusqu'au bout le combat et de soutenir le principal poids de l'action*. L'épanouissement de l'école française moderne commence donc avec Géricault et Delacroix ; et nous allons maintenant rapidement passer en revue les maîtres que cette école • produits, pour retrouver la place exacte, au milieu d'elle, des peintres qui ont fait le sujet de cette étude.
En tète d'eux tous, comme celui qui personnifie le mieux le mouvement de réaction contre la tradition et la règle de l'ancienne école, est Delàcroix. C'est à cette position qu'il occupe dans l'école moderne de peinture, analogue à celle de Victor Hugo dans les lettres, que Delacroix doit d'être l'interprète par excellence de tout un mou*
vement de l'esprit humain, de celui qui s'appelle le romantisme ; mais si c'est à cela qu'il doit sa puissance, c'est à cela aussi qu'il doit ses défauts, qui sont ceux mêmes du romantisme : l'emphase, un style souvent boursouflé, l'exagération du mouvement, des gestes et de l'action. En présence de l'œuvre de Delacroix, nous comprenons enfin que le don absolument nécessaire pour aborder le grand art avec succès est le génie, animé et pénétré du souffle de toute une époque. Quand ces circonstances se rencontrent comme ici, vous avez un homme qui, faisant passer devant ses yeux et voyant du même coup par l'esprit et l'imagination toutes les parties du monde visible, la nature et l'homme, donnant en même temps une forme imaginée aux scènes de l'histoire et de la religion et aux créations des poètes, fixe sur la toile l'image et le reflet de tout un monde, d'un monde empreint dans ses moindres parties du caractère du temps où il vit et du cachet de sa propre personnalité. Voilà véritablement le grand art, et si, dans certaines écoles, un seul homme comme
Rubeus ou comme Rembrandt, la personnifié tout entier, Delacroix, pour notre école moderne, en est, de son coté, sinon toute l'expression, du moins l'expression la plus puissante.
Celui qui, après Delacroix, s'est trouvé le plus profondément pénétré de l'esprit nouveau, est Decamps. Decamps a également fixé sur la toile une image vivante, du monde visible et des créa-
tions enfantées ou colorées par son imagination ; mais moins puissant, moins emporté, planant dans des régions moins élevées que Delacroix, il ne donne, à côté de celui-ci, qu'une note diminuée, et on peut dire de lui qu'il est sans cesse sur un terrain indécis entre la grande peinture et la peinture de genre, tendant continuellement à s'élever vers Tune ou à retomber dans l'autre.
Pendant que les idées nouvelles sur l'art entraient de baute lutte sur la scène et s'en empa raient, un élève de l'ancienne école, Ingres, lui restait fidèlement attaché et en devenait ainsi le
dernier représentant. Heureusement doué pour saisir sur les traits du modèle humain tous les côtés du caractère et de la nature d'esprit qu'ils peuvent révéler, ce qui la fait grand dans le portrait, Ingres n'ayant cependant point reçu en partage la vision intérieure qui crée les types idéaux et abstraits appelés à donner la vie à certains contours retracés par la main, il n'a, comme son prédécesseur David, jamais pu animer complètement les grandes créations où il s'est essayé , et on doit mettre sur la même ligne et confondre dans un même jugement Y Apothéose d'Homère et le Léonidas.
Un des élèves d'Ingres, Flandrin, qui occupe vis-à-vis de lui une position analogue à celle de Prud'hon vis-à-vis de David, c'est-à-dire qui s'est trouvé moins puissant sous le rapport des facultés du jugement et de la volonté, mais, en revanche, infiniment mieux doué sous celui de l'imagination et de la sensibilité, s'élevait dans le portrait bien près du niveau de son maître dans des œuvres comme la Jeune fille à f œillet etY Empereur Napo-
léon III, et le surpassait lorsqu'il fixait sur les murs de Saint-Vincent-de-Paul tout un monde de types idéalement conçus. Nature tendre, mélancolique et rêveuse , Flandrin , ayant eu dans cette circonstance à exécuter une œuvre à laquelle toutes ses aptitudes le destinaient, a su empreindre d'une aisance et d'une grâce parfaites des créations où l'émotion religieuse et les sentiments mélancoliques et mystiques qui étaient en lui sont passés tout entiers.
A côté des hommes qui représentent des systèmes d'esthétique différents, et sont comme des champions combattant pour le triomphe de certains principes , nous trouvons maintenant les artistes qui profitent des idées d'indépendance nées de la lutte des deux grands partis classique et romantique pour se créer, sans parti pris et tout naturellement, une forme propre et une manière à eux, adaptées à la nature de leurs conceptions et faites pour les rendre exactement.
Au nombre de ces derniers, il s'en trouve deux que, malgré des dissemblances sur presque tous les points qui sautent d abord aux yeux , on doit cependant rapprocher l'un de l'autre, comme ayant également saisi, pour les rendre d'une manière originale , certains côtés saillants du caractère de leur race. Je veux parler d'Horace Vernet et de Meissonier. Il est vrai que l'un a peint les plus grandes toiles connues, et l'autre les plus petites ; que les personnages d'Horace Vernet sont des soldats habillés d'uniformes modernes, tandis que ceux de Meissonier sont vêtus de costumes de toutes les époques. Mais regardez plus avant et sous l'habit, et vous reconnaîtrez que les types peints par ces deux maîtres, avec le caractère, le tempérament * et l'allure qu'ils leur donnent, sont une reproduction admirablement sentie des hommes de leur propre nation. Et c'est là ce qui explique la popularité si grande dont ils jouissent auprès du public français, qui s'est instinctivement reconnu dans leur œuvre.
J'ai déjà parlé tout au long de Meissonier, sur
lequel je n'ai plus à revenir; .mais je ne saurais laisser passer le nom d'Horace Vernet sans dire
quelques mots des mérites de son œuvre , dont il
semble que l'on soit d'accord aujourd'hui pour faire trop peu de cas. Sans- doute , la peinture d'Horace Vernet manque de couleur et de grand caractère; mais, en revanche, comme elle est naturelle, facile et spirituelle! comme elle rend fidèlement tout un côté d'un caractère national, étant peinte par un Français qui , doué de certaines aptitudes de sa race , pouvait seul aussi bien les reproduire sur la toile se déployant dans l'action ! Aussi bien les soldats d'Horace Vernet sont-ils de véritables soldats français admirablement sentis et rendus, avec tout le caractère intime et les instincts que la guerre et la vie des camps développent en eux, et non point de simples modèles d'atelier et des hommes de caserne , comme tant d'artistes en ont peint.
Pendant qu'Horace Vernet et que Meissonier
fixaient sur la toile i^ie image vivante des hommes de leur race , toute une pléiade de peintres portait ses regards du côté de la nature pour la rendre sous ses divers aspects , et i> se découvrait dans cette voie un nombre si considérable de maîtres et d'artistes de talent, que la seule école hollandaise nous présente, dansle même genre, quelque chose d'analogue. Rattaché aux naturalistes par le côté le plus saillant de son œuvre, un artiste doué
d'aptitudes rares, mais essentiellement incomplet, M. Gourbet, personnifiait en lui le réalisme, qui, comme une manière possible d'entrevoir les choses, se retrouve, à des degrés divers et sous différentes formes, dans presque toutes les écoles de peinture.
Les peintres que je viens de nommer, avec tous ceux qui ont marqué dans les différents genres, sans atteindre à une assez grande hauteur pour qu'on puisse les mentionner séparément dans un aussi rapide résumé, constituent la tribu des véri-
tables artistes, des artistes émus ou inspirés qui, dans la voie qu'ils ont suivie, ont réalisé du plus au moins , par une réussite et un mérite égaux de l'expression et de la forme, l'œuvre que l'étendue de leurs aptitudes natives les destinait tout naturellement à produire. A côté et en dessous de ceux-ci, se trouvent les hommes privés de quelquesunes des qualités essentielles au véritable artiste , ou bien de l'imagination et de la sensibilité développées à un degré suffisant, et qui remplacent alors le premier jet de l'inspiration et la facilité de l'invention, qui leur manquent, par tous les efforts que peuvent inutilement faire , pour en tenir lieu, la volonté et la réflexion s'aidant du travail et de la science.
En tête de ce groupe, très-rapprochés des premiers maîtres et seulement séparés d'eux par une légère barrière, mais enfin séparés d'eux, se trouvent Ary Scheffer et Paul Delaroche.
Chez Ary Scheffer, il n'y a point égalité de mérite entre la vision intérieure et la forme qu'elle prend pour se produire. Du côté matériel de l'art
et sous le rapport de la forme, Ary Scheffer n'a donc presque rien créé qui ait rendu, d'une manière complètement dignes d'elles, les grandes pensées et les émotions de Tordre le plus élevé qu'il s'est essayé à fixer sur la toile.
Il y a peu d'hommes qui, dans certaines occasions , ne ressentent les émotions particulières au poète et à l'artiste, et qui, pour le sentiment, ne soient alors momentanément leurs égaux; mais ce que le poète et l'artiste ont seuls reçu en partage, et ce qui les sépare absolument du reste des humains, c'est la faculté merveilleuse de pouvoir donner un corps à leurs émotions en les faisant passer pour en conserver la trace, celui-ci dans des vers, cet autre sur la toile. Ary Scheffer, comme tous les hommes mieux doués sous le rapport de la volonté et de la pensée que sous celui de l'imagination et de la sensibilité, n'a possédé qu'imparfaitement cette puissance de fixer dans une forme originale et se trouvant tout naturellement ce qu'il sentait ou ce qu'il voyait par l'esprit. Delà, dans son œuvre, ce manque de naturel et cette recherche de
la pose ; de là ces expressions forcées et ces visages tendus; de là surtout cette absence de personnalité dans sa manière et dans son faire, si bien que, n'ayant naturellement en propre aucun procédé de peinture , il s'est trouvé sous l'influence de Delacroix au moment où florissait le romantisme , en peignant par larges empâtements et en s'essayant à faire avant tout œuvre de coloriste, pour finir dans une voie diamétralement opposée, en ne mettant plus sur la toile qu'un soupçon de peinture et des glacis. Et si, dans quelques belles œuvres du milieu de sa carrière, comme sa Françoise de Rimini, il a su trouver une forme de même valeur que sa pensée, dans tout son commencement il est trop sous l'influence d'aùtrui, et vers sa fin, dans le moment où il est le plus original, trop imparfait sous le rapport de la forme pour qu'on puisse le mettre tout à fait au premier rang et en faire l'égal des plus grands.
Paul Delaroche est peut-être, de tous les artistes célèbres de nos jours, celui qui a le moins de défauts. Ses tableaux sont toujours bien composés,
ses personnages bien groupés ; son dessin est correct et rend tout ce qu'il veut rendre ; son modelé est ferme et arrêté sans être dur; sa touche est large et son faire suffisamment solide. Mais si l'artiste n'a point de défauts saillants, c'est qu'il se tient en tout et pour tout dans un juste milieu qui le prive en même temps, sinon de toutes les grandes qualités, au moins des plus grandes. Entre les romantiques et les classiques , entre les coloristes et les dessinateurs, Delaroche, s'il n'a point les défauts des uns ou des autres , n'a point non plus leurs qualités, et comme il ne possède pas en propre un tempérament puissant, ce juste milieu en tout est précisément devenu pour lui un défaut beaucoup plus grand que tous ceux qu'il eût pu avoir, et a suffi pour qu'il se trouve aujourd'hui tout naturellement placé à un rang fort diminué.
L'œuvre de Delaroche est la contre-partie dans l'art de ce que le roman historique a été dans la littérature. La peinture d'histoire, telle qu'elle a été comprise par Delaroche et continuée par Robert Fleury et par Charles Comte, est donc aujourd'hui
aussi justement abandonnée que le roman historique , et si Delaroche a pu en tirer quelques trèsbelles pages f comme Y Hémicycle du palais des Beaux- Arts et Y Assassinat du duc de Guise, c'est dans ces œuvres mêmes, qui sont ses meilleures, que Ton peut voir tout ce qui manque au genre qu'il avait adopté et tout ce qui, comme artiste pour atteindre aux sommets , lui manquait à luimême.
Nous allons maintenant rapidement descendre.
Au plus beau moment d'épanouissement de l'école moderne, nous trouvons déjà, s'essayant dans le grand art, des artistes qui ne réussissent qu'incomplètement et qui ne viennent qu'en seconde ligne, mais qui n'en produisent pas moins la Françoise de Rimini et Y Hémicycle. A ceux-ci en succèdent d'autres qui leur demeurent inférieurs, MM. Couture, Hébert, Benouville, mais qui sont encore capables de nous donner les Romains de là décadence, la Malaria, le Saint François d'Assise.
Mais à ceux-ci, comme quatrième échelon, en succèdent d'autres encore, MM. Bouguereau, Baudrv , Moreau, Lévy, et ces derniers venus , comme œuvres douées d'originalité et de puissance , qu'estce qu'ils ont produit? A tous les derniers venus s'cssayant dans le grand art, à presque tous les derniers venus dans tous les genres , les dons qui font les artistes puissants manquent absolument, ou plutôt le malheur des temps a fait naître tous ces peintres au milieu de circonstances absolument défavorables au développement des puissantes individualités, et ils se trouvent ainsi tout naturellement étiolés avant même d'être sortis de l'œuf et d'avoir pu prendre leur vol.
A l'art que cultivent des hommes de plus en plus nombreux, qui n'ont des choses qu'une conception et un sentiment vulgaires, rendus sans véritable puissance, j'ai donné le nom d'art bourgeois, ne trouvant point d'autre expression pour caractériser d'un trait, en le séparant du véritable art ému et inspiré , celui qui n'a presque plus qije des qualités de métier, et auquel on ne s'adonne
que pour obéir à un goût du public, alimenter une demande des acheteurs et fournir à un besoin du marché. Ceci nous place définitivement sur un terrain où régnent les lois de l'offre et de la demande , et ce sont ces seules lois qui peuvent expliquer la production envahissante d'une multitude de tableaux de pacotille, des nombreux portraits sans aucun caractère qui encombrent nos expositions, ou bien encore de toutes ces toiles commandées par l'État où des altistes de talent viennent successivement s'amoindrir et s'épuiser, en peignant des œuvres dont les meilleures sont à peine supportables, tandis que les plus mauvaises font reculer d'horreur.
Il est chez certaines nations des moments heureux où , sous le coup de causes mystérieuses et comme résultat d'un travail qui s'est silencieusement fait dans les profondeurs de l'esprit national, on voit tout à coup surgir une pléiade d'hommes puissants dans les arts qui, doués chacun d'une originalité propre et d'une personnalité accentuée, mais cependant tous dominés par les grandes ten-
dances et le caractère de leur siècle et de leur pays, ont de ce seul fait un certain air de famille qui conduit tout naturellement à les grouper en école. Notre siècle a vu une éclosion et une floraison de ce genre lorsque ont surgi, dans l'espace d'une ou deux générations, tous les grands artistes que nous venons de passer en revue ; mais le temps a marché, les plus grands sont morts , ceux qui restent encore sont vieux ou déjà fatigués, et rien dans les générations nouvelles ne nous annonce qu'ils doivent avoir de successeurs. C'est là le résultat inévitable de cette loi fatale qui condamne tout grand mouvement créateur de l'esprit humain, quel que soit son caractère ou sa nature, à se dérouler d'une manière forcée, et, après avoir eu son commencement et son point culminant , à avoir aussi sa fin, en trouvant un jour taries les sources d'où la sève coulait à pleins bords.
Les causes spéciales qui peuvent venir hâter le déclin de Fécole moderne, à mesure qu'elle s'éloigne de sa période d'éclosion et de vigueur, nous les avons déjà indiquées en passant, et nous pour-
rions nous y arrêter de nouveau pour mieux les signaler, mais de pareilles recherches s'écarteraient trop de notre sujet, et elles ne changeraient point la nature de nos conclusions; et puisque l'affaiblissement de notre école de peinture est aujourd'hui un fait acquis et malheureusement irrémédiable, tout ce que nous pouvons faire est de nous attacher de plus en plus à l'œuvre des maîtres qui nous restent, pour nous consoler de l'abîme de médiocrité qu'en cherchant à percer l'avenir, on entrevoit pour les temps qui s'annoncent.