CONCLUSION
Nous n'avons pas craint de serrer d'un peu près la pensée de l'artiste, afin de montrer combien est originale et riche la conception de son œuvre. C'est au fond toute sa philosophie chrétienne de l'histoire qu'il a revêtue de la beauté artistique de ses figures et de la splendeur de son coloris. On ne peut
demander à tous ceux qui verront ces peintures de partager les sentiments qui leur ont donné naissance. Mais on est en droit d'attendre de tout spectateur sérieux qu'il étudie sans parti pris , sans idée préconçue , une œuvre que sa valeur suffit à imposer à l'attention de tous.
Une seule question se pose : Paul Robert at-il réussi à donner à sa pensée une expression claire et vraiment artistique, ou n'aurions-nous devant les yeux qu'une énigme obscure, une allégorie compliquée ?
Tel n'est pas notre avis. Aucun spectateur ne peut hésiter sur le sens général de ces trois grandes scènes : dans la première, le mal vaincu et l'hommage rendu au Christ par la civilisation ; dans la seconde, la grâce du ciel restaurant la terre ; dans la troisième, le problème social résolu parla justice divine. Or, non seulement la pensée de l'auteur se lit aisément dans les grandes lignes de ses compositions, mais tout esprit attentif pourra en pour-
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suivre le développement jusque dans les détails secondaires.
Quant à la valeur artistique de l'œuvre, nous croyons qu'elle éclate suffisamment aux yeux. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la richesse de l'invention, c'est la hardiesse de l'imagination créatrice. Si l'on songe à la pauvreté d'idées qui s'étale si cruellement dans la peinture actuelle, on admire doublement la force et l'originalité de conception qui s'affirment dans cette vaste trilogie. Nous sommes très loin de méconnaître le prix d'une « étude » sincère, de mépriser le charme d'un « morceau » enlevé avec verve et conscience ; certains maîtres de l'école française moderne, si habiles, si délicats et si vrais, n'ont pas de plus fervent admirateur que nous; mais nous osons croire qu'ils ne sont pas légion les artistes capables de concevoir et de mener à bien une œuvre décorative comparable par l'envergure à celle que nous venons d'analyser. On est bien forcé de le reconnaître : une pareille œuvre d'art est une
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œuvre de foi, enfantée par la foi, exécutée par la foi, cette force surhumaine qui transporte les montagnes.
Mais ce n'est pas tout : la fécondité créatrice du peintre, Tampleur de sa vision, sont servies par une science technique de premier ordre.
L'agencement des parties, l'ordonnance générale de ses tableaux, l'exécution des innombrables figures, du nu, du paysage, des natures mortes, la correction sévère et l'élégante sobriété du dessin, l'harmonieuse richesse et la fraîcheur lumineuse du coloris, annoncent un maître, qui domine les difficultés et qui ne les esquive jamais, qui suit pas à pas la nature sans s'en faire le copiste servile, qui part d'elle pour s'élever en toute sécurité dans la sphère des rêves les plus grandioses qu'un artiste puisse tenter de traduire sur sa toile.
Rien, dans ces mystiques peintures, qui ne procède de la réalité patiemment étudiée. Loin de mépriser le modèle, comme quelques-uns se plaisaient à le croire, Paul Robert a con-
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suite scrupuleusement la nature dans tous les cas où son secours est indispensable aux maîtres les plus sûrs de leur métier. Toutes ses études peintes et dessinées le montrent éloquemment.
Et c'est même là un des caractères particuliers de ses peintures que cette féconde union du réel et du rêve. Pas un détail qui ne procède de l'étude attentive de la nature, et pourtant la nature apparaît transfigurée, et comme glorifiée, par le vision de l'âme. Une fantaisie illimitée se joue parmi les éléments qu'a fournis la réalité terrestre, les dispose à son gré, les plie à son caprice souverain, leur communique enfin la vertu d'exprimer les inventions les plus hardies et les plus nobles espérances.
Notre conviction est que l'œuvre de Paul Robert marquera dans l'histoire de l'art contemporain, en particulier de l'art protestant, où elle est, je crois, unique en son genre.
Elle nous reporte aux plus beaux temps de la peinture religieuse, à ces temps primitifs où
Tenthousiasme artistique et la pieuse ferveur n'avaient pas encore fait divorce, où la vérité divine apparaissait tout naturellement revêtue de divine beauté, où l'art et la foi n'étaient qu'un, où le peintre peignait à genoux.