INTRODUCTION
La Suisse est bien connue; mais ce livre, qui vient en parler après tant d'autres, n'est pas d'un savant, ni d'un politique, ni d'un poëte, ni d'uQ philosophe, ni même d'un curieux : c'est celui d'un chrétien. Tout étrange que cela peut paraître à beaucoup de personnes, c'est bien réellement unpèlerinage qu'on a fait : un pèlerinage d'actions de grâces à la très- sainte mère de notre seigneur et sauveur Jésus-Christ, dont la douce intercession secourt le pécheur; et c'est d'un pèlerinage qu'on donne le récit. A ce litre, peutêtre rencontrerons -nous encore des lecteurs, et peut-être aussi trouverons -nous à dire quelque chose de neuf sur ce pays tant de fois exploré.
En elfet, la Suisse est, pour ainsi dire, ignorée au point de vue réellement vital des peuples, nous voulons dire au point de vue religieux. Dans ce gi*and nombre d'hommes et de femmes comblés des dons de la fortune, et pour la plupart assez instruits, qui vont tous les ans lorgner les paysages des Alpes, bien peu songent à remercier de leurs
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émolions l'arlisan de ces magnificences; aucun no clierclie à savoir pourquoi ce pays, petit et pauvre, pourquoi ce peuple ignorant et simple, a dans l'histoire des nations une page si pleine de gloire et de poésie. Lorsqu'on a fait qijclques conjectures géologiques sur les Alpes, cueilli quelques plantes, et vaguement expliqué l'amour de l'indépeniance par l'air vif des montagnes, tout est dit. L'on rentre à l'auberge sans avoir poussé la porte entr'ouverte de la maison de Dieu, où les merveilles paraîtraient plus grandes, où les mystères seraient expliqués.
Cependant quel pays plus propre à faire naître des réilexions profondes sur tout ce qui intéresse et les hommes et les sociétés! Par quels moyens s'est discipliné ce peuple sauvag-i? Comment, dans sa pauvreté, garde-t-il si longtemps de si fières vertus? quels instituteurs rélevèrent? quelles circonstances le firent déchoir de son bonheur et de sa gloire? qui sut entretenir entre les cantons helvétiques cette belle fraternité dont les liens séculaires sont brisés "aujourd'hui? par qui furent défrichés tant de déserts inalwrdablcs, et fertilisés tant d'inaccessibles sommets?... 11 nous semble que la i)luparl des voyageurs s'en occupent mal, ou ne s'en occupent pas.
Certes, nous ne prétendons point répondre à tant de graves questions; nous ne l'eut reprendrons même pas. Mais, pèlerin catholique, nous arrêtant sur notre route devant toutes les églises, et priant de\ant toutes les croix, lorce nous a bien été de soulever quelquefois ces problèmes, et, sous le voile des temps qui les couvre, de voir toujoui-s la religion.
C'est la religion, ce sont ses ministi-es qui formèrent cette Suisse des vieux âges, dont le noble caractère est une des gloires de Thumanité. Des moines attirés au sein des montagnes par cette passion de la retraite qui jwussa tant de chrétiens dans les sohtudes, y furent les agents d'une civilisation pieuse et naïve; ils bâtirent bs premières maisons, cultivèii'ut les ]iremiers champ>, formèivut les prc-
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mières agrégations sociales et Ips premiers héros de ce pays, sorti inculte et sauvage de la domination des llomains; car, malgré Vair des montafjnes , les Helvétiens, subjugués par les armées de César, s'étaient plies à cette autorité que la mystérieuse destinée de Rome devait étendre sur le monde entier, afin de préparer les voies à un pouvoir plus grand que le sien. Il ne devait y avoir de nations indépendantes que sous le christianisme, et c'était la croix qui , mieux que la bravoure des peuples, devait protéger leur liberté. Devenue province de l'empire, l'Helvétie dressait des temples à ses maîtres, elle offrait une proie facile aux exacteurs romains, elle n'avait plus de courage, lorsqu'un flot de barbares, l'enveloppant sous ses ondes avant qu'on pût la protéger et sans qu'elle songeât à se défendre , la laissa déserte et ruinée en se retirant.
Les monastères vinrent environ deux cents ans après. Les premiers furent fondés du vi*' au vir siècle, et bientôt ils couvrirent la Suisse. Cette contrée abondait en âpres solitudes, ses habitants ignoraient la loi divine; il fallait à la fois vaincre une terre ingrate par le travail, et des hommes féroces par la douceur et la piété; il fallait faire fructifier le sol et les intelligences. Une pareille mission offrait mille difhcultés, mille périls : c'était là ce que les ouvriers apostoliques cherchaient partout. Ils se mirent à l'œuvre. On vit s'élever le couvent de Dissentis, l'abbaye de Saint -Gall, le monastère de Seckingen et beaucoup d'autres nobles sources du christianisme dans l'Helvétie, berceaux des sciences, écoles des libertés civiles, refuge des malheureux. Témoins des résultats qu'obtenaient les moines , les seigneurs et les princes, plus habiles politiques dans leur fervente piété que d'autres ne le furent plus tard avec toute leur philosophie, protégèrent ces fondations pieuses et en accrurent le nombre. Lorsqu'on voulait cultiver un désert, civiliser un canton, fonder une ville, on appelait des bénédictins, des chartreux; on leur donnait quelques arpents de terre, et tout le bien qu'on avait désiré s'accomplissait en peu de temps.
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L'agricultnra surtout fai-ait des progrès rapides autour des monastères. Les moines de Mûri savaient admirablement encourager le travail: les hénédi'^tins d'Hauterive instituèrent à Vevey. il y a plus de dix siècles, les premières fêtes agricoles. En même temps ils répandaient l'instruction parmi le peuple, dans cette sage mesure qui sutfit à éclairer l'esprit sans pervertir le cœur; et la religion gravait au fond des âmes les sages principes de modération, de probité, de loyauté publique et privée, qui éclatèrent si noblement lorsque les entreprises de l'Autriche et de la Bourgogne attirèrent l'attention de l'Europe sur ces montagnards iernorés. Quand il fallut combattre, on^^t de pauvres et simples bergers s'avancer avec confiance contre les plus fiers gentilshommes et les meilleurs soldats de l'Europe. Ils se confessaient la veille de la bataille, disaient au moment de combattre cinq Patei- et cinq Ave en Thonneur des cinq plaies de Notre- Se'gneur Jésus-Christ, puis ils se précipitaient sur leurs ennemis, toujours très-supérieurs en nombre, les culbutaient, priaient encore pour rendre grâces, restaient trois jours sur le champ de bataille afin que le vaincu pût prerdre sa revanche s'il la voulait, et rentraient ensuite chez eux, modestes, modérés, fidèles après la victoire comme avant le combat.
L'inspiration religieuse est visible dans le.s lois, dans les coutumes ' ; elle éclate dans l'éloquente simplicité des
• Puisque !•' Dieu tout-puissant \ déclaré Ips églises ses demeures, et f|u'il a renouvelé et augmenté le salut du genre humain par uue femme, notre volnniéest qu'aucun des niNtres n'ose ou ne veuille forcer, ou piller, ou dévaster, ou incendit-r un couvent, une église ou une chapelle, ni atUiquer à niain armée , blesser ou frapper une femme ou une fille. ( Traité de Seoipnch , 10 juin 1793.)
Si le bailli use de rigueur (à l'éganl des amendes), que le pi-éviM se montre clément, afin qu»' le pauvre ne soit pas privé de son gagnepain.
Si le bailli a une guerre, il remet ses droits au prévôt jusqu'à la paix, et vite versa, aliu que les pauvres serfs ne souffrent point de dommage. I,e paysan est assuré de sa propriété, libre d'en disposer. « Chacun I>eut, pendant sa vie. donner ses biens meubles à qui bon lui semble, ou
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iiionunients dressés en souvenir des triomphes. Une chapelle élevée à la place la plus sanglante, une messe tous les ans, perpétuaient les souvenirs guerriers de la nation et sa reconnaissance pour le Dieu de justice qui fait triompher le bon droit.
Malheureusement les Suisses ne surent p;is résister à l'ivresse du succès. Les somptueuses dépouilles de l'ennemi leur furent fatales, elles leur donnèrent le goût des richesses. Pour en acquérir ils vendirent leur courage à l'étranger; l'or qu'ils rapportèrent dans leurs montagnes y perdit les mœurs. On ne peut eu douter lorsqu'on voit presque aussitôt arriver Zwingle , et ce fléau intellectuel dont l'Europe souffre depuis trois cents ans, qu'on appela la Réformation. L'hérésie, cette épidémie morale, agit sur les âmes comme la peste sur le corps; là où il y a plus de corruption, elle fait plus de ravages, de même que la peste attaque de préférence les natures chétives et viciées. Zurich, Berne, villes commerçantes et riches, furent les premières atteintes el les premières envahies. Elles propagèrent à main armée, dans des \iies de conquête, les doctrines funestes qu'elles avaient adoptées. Elles étaient les plus fortes; elles offraient les dépouilles du clergé à des hommes devenus avides, la liberté de croyance à des hommes devenus orgueilleux, la licence morale à des hommes qui s'étaient corrompus, de belles paroles enfin, et de spécieuses promesses à des hommes
les attacher à un cheval sauva;:e et le laisser courir selon sa sauvage nature.
L'héritage du seigneui- est fixé : « Il a droit à l'haitit dans lequel son serf allait cà l'église, en ■\isite chez les connaissances 3 dans les réunions du dimanche, sous le tilleul ou sur les bancs; il a même droit aux aiTQes aflBlées. » Le reste appartient aux héritiers naturels.
« Au sage et prudent bourgmestre de Zurich. — On m'a demandé si nu lépreux pouvait hériter. J'ai répondu , d'aprè;; le droit, que sa maladie ne lui ôte pas le droit à l'héritage, surtout quand l'héritage n'est pas un fief. Pourquoi cet innocent serait-il battu de deux verges à la fois? Je vous fais savoir cela afin que, si le cas se présente dans votre ville, vous connaissiez le droit. Par la grâce de Dieu, Dieu soit avec von-. Maître Jean Hagedorn, votre serviteur, 1420. »
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honnêtes affligés de quelques abus : elles devaient réussir auprès d'un peuple sur qui Dieu voulait d'ailleurs faire peser ses punitions. Dès ce moment tout le fruit moral du labeur des moines fut, pour ainsi dire, perdu, et la première pierre qui tomba de œ noble édifice fut la fraternité. La probité publique suivit de près. M. de Haller, qui a su rentrer avec un si admirable courage dans le sein de l'Église catholique, d'où s'étaient exilés ses ancêtres, nous a donné un véridique récit des moyens que Berne employa pour soumettre à l'hérésie ses sujets et ses voisins. Ces actes de spoliation, ces trahisons, cette tyrannie brisèrent des liens antiques formés par la communauté d'estime, de dangers, de croyances. Ceux qui avaient prié et combattu ensemble à Laupen, à Grandson, à Morat, s'entr'égorgèrent dans les champs de Cappel. Les beaux faits d'armes et les grands exemples de vertus ont cessé d'être communs à toute la confédération. Les Suisses cherchent maintenant à cueillir des palmes fratricides; le temps des nobles et douces victoires n'est plus, le temps des gloires pures est passé; l'ère qui commence est celle des discordes et des inimitiés. Le peuple et le gouvernement , renonçant ensemble à la foi catholique, s'arment l'un contre l'autre. Les sectes se multiplient; la trahison, la tyrannie et la sédition se disputent les villes; la diversité de croyance engendre la diversité d'intérêts ; le puissant est sans miséricorde; la contrainte remplace la soumission; et lorsqu'on regarde de près l'histoire de la Suisse, ou se demande où est cette liberté, où est cette pureté de mœurs dont on a tant entendu parler.
Mais pénétrez au sein des populations cachées sous les forêts d'L'nterwald , dans les montagnes de Sch\vitzet d'Uri. sur toutes ces terres qui entourent le lac de Waldstetteu, là où la réforme n'a point pénétré avec les richesses : vous y verrez les Suisses d'autrefois. Ces cantons, fldèles à la vieille foi comme à la vieille alliance, sont encore l'honneur et la gloire de la commune patrie. Ceux-là n'ont point brisé le premier pacte qu'ils firent entre eux, ni le pacte plus an-
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cien et plus sacré qu'ils ont lait avec l'Kglise, et sont prêts, comme toujours, à garder l'un et l'autre au prix de tout leur sang. Aussi se sont-ils maintenus dans l'énergique simplicité de leurs mœurs; et quand la Kévolution française voulut envahir leur pays, le patriotisme y eut des martyrs, tandis que Genève, Zurich, Berne même, la cité conquérante, prirent le joug sans trop de ditliculté. Voyez encore les pieux habitants du Valais, si héroïques dans cette dernière guerre; voyez les montagnards de l'Entlibuch, voyez FrJhourg et les pasteurs de la Gruyère : tous ont vécu libres et tranquilles sous des codes dont la barbarie antique nous ellraie. La loi est douce partout où les peuples sont vertueux, et où les croyances ne sont pas inquiétées.
Ces restes de la vieille Suisse offrent une étude curieuse au voyageur catholique. Ils le consolent quelquefois du passé disparu, du spectacle de la Suisse hérétique, si dilierente de ce qu'elle fut jadis. Quelquefois aussi, contemplant les dangers qui les menacent, il s'inquiète des efTorts persévérants du protestantisme, et tremble de voir crouler ces débris isolés. Pourquoi trembler? Le courage, l'attachement aux vieilles coutumes, la foi, la prière enfin ne doivent -ils pas déjouer les ruses et braver les persécutions? Dieu juge les cœurs et fait ce qui est juste; mais rien, eu apparence du moins, ne montre que les cantons catholiques aient démérité de son appui.
Nous avons prononcé le mot à^ persécution , nous pouvons le laisser, il n'est pas exagéré. Sans qu'il soit nécessaire de lout dire, nous aurons à citer dans le cours de cet ouvrage quelques faits assez concluants. La réforme possède encore l'esprit qui anima ses premiers sectaires. Tout le monde sait aujourd'hui quels furent ses commencements; personne n'ignore au prix de quels mensonges et de quelle déraison tant d'histoires prétendues philosophiques l'ont parée de la triple auréole de la modération, du martyre et de la vertu. L'intéressant ouvrage de M. de Haller, dont nous recommandons la lecture aux honunes impartiaux, fait voir à
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souhait ce qui en est, pour la Suisse particulièrement. Les catholiques, tant calomniés, usèrent du droit de légitime • défense, et peut -être n'eu usèrent pas assez. On fait encore ce qui se faisait jadis : seulement, comme, en beaucoup de lieux, la résistance n'est pas possible, l'iniquité se consomme sans bruit. Tandis que les sujets protestants des cantons catholiques vivent tranquillement sous la protection des lois, et exercent leur culte en liberté, il n'est sorte d'avanies que les catholiques, partout où ils ne sont pas en majorité, ne soient forcés de subir, et de la part de leur gouvernement particulier, et de la part de la diète fédérale, où leurs adversaires, nous pouvons bien dire leurs euiiemis , ont la haute main. iMais c'est surtout aux couvents qu'on en veut. Us portent, avec les minorités catholiques pauvres et obscures, le poids de la persécution. i^m songe à défendre aujourd'hui des paysans bigots et des moines? On tourmente les uns, on spolie les autres. A ceuxlà on veut enlever leur croyance, seul bien qu'ils possèdent , et les curés sont séparés de l'évêque ou exilés; à ceux-ci on prend les restes de leurs anciennes propriétés, si légitimement acquises, si laborieusement et si utilement fertilisées. Tous les moyens sont bons pour aiTiver à ce but. Tantôt on défend aux rehgieux de recevoir des novices, ce qui amené forcément l'extinction des propriétaires et l'héritage au profit de l'État ; tantôt on les chasse de leurs retraites avec une modique pension fixée arbitrairement ; tantôt on leur donne des administrateurs protestants, et, qui pis est, fripons, lesquels coûtent toujours fort cher, même quand ils ne volent pas, et font très- mal, pour l)eaucoup d'argent, ce que le prieur et le procureur faisaient très-bien et sans frais '. Ces actes étonneront peut-être les esprits
I I.»»s faits suivants soul oxtiaits il'uii journal suisse. Nous avons né- K'Iigé de prendiv le litre de ce journal ; mais la uol€ est fidèlement copiée. — Aroovii: : Si U's rouveuts ouss^Mit administré leurs biens comme le jiouvcruement les adniiuistre aujourd'hui eu leur nom, ils auraient mérité certainement les mesun^s qui ont été prises à leur égard et contre
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siiperliciels; mais ils ne surprendront pas ceux qui veulent réfléchir. Entre deux religions dont l'une est vraie, et Taulre fausse, il ne peut pas y avoir de rapports difTérenls. D'un côté, la violence, l'oppression, l'iniquité; de l'autre, la douceur, la patience, la justice. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits, a dit la Louche de toute sagesse et de toute vérité; non -seulement cela est maintenant, mais cela fut toujours. Malgré l'audace de mensonge avec laquelle tant d'écrivains passionnés ont interverti les rôles, et mis la couronne de gloire sur les fronts qui devaient porter la honte, justice est faite. Elle sera bien plus éclatante encore lorsque la pudeur publique ne permettra plus qu'on écrive, comme on la fait, l'histoire d'un peuple cathohque avant d'avoir étudié ses hvres sacrés, c'est-à-dire la plus ancienne, la plus vivante et la plus obéie de ses lois, la base de son caractère et de ses mœurs. C'est l'Évangile, le Catéchisme, et le liullaire à la main, que la science historique doit remuer les archives de l'Europe, depuis le temps des premiers missionnaires jusqu'à nos jours. Alors seulement on verra clair, ou lira dans la conscience des peuples, et leur debtinée prendra corps ; alors seulement on aura autre chose que des sophismes et des contre-vérités. Le plus grand peintre religieux de notre époque prie et s'approche de la sainte table avant d'aborder sa toile; car le dessin et la couleur ne lui sulhsent pas : il lui faut l'inspiration, et il la demande à
lesquelles ils protesteut avec raison. Le 5 juin, le graud conseil a ratitié, contre la volonté et malgré la protestation du couvent de Mûri, qui eu est le propriétaire, la vente d'un domaine situé à Illau, à mi prix inférieur de 11,000 fr. à celui que le couvent avait payé pour cette acquisition, quoiqu'il tût bien constaté que dès lors lexiomaine s'était singulièrement amélioré. La vente d'un domaine à Wittengen a été également ratifiée à un prix qui n'équivaut pas, à beaucoup près, à la rente que le couvent en retirait. Il est vrai qu'il y avait dans ce domaine onze poses d'excellentes vignes, qu'un personnage haut placé cherchait depuis longtemps à acquérir , et que le couvent a toujours refusé de lui vendre. Enlin, le 6 juin, le petit conseil a encore proposé au gi'aud conseil de vendre un domaine situé à Thahvil, et dont la vente obligera le couvent à payer au fermier une iudemuité considérable.
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Dieu. C'est ainsi que l'historien doit lui demander la lumière et la vérité. Vainement les chercherait -il hors de là, même a\ec la science la plus profonde, même avec les plus pures intentions, nui dit lumière et vérité, dit révélation, et c'est un don du Ci^l.
Revenons.
Les pensées que nous venons d'exprimer nous ont accompagné durant tout le voyage; elles naissent à chacun de nos pas. Nous les avons notées comme elles sont venues, avec heaucoup de sincérité, sans courir après, et sans vouloir, nous le répétons, faire une histoire ni un système, sans même songer à recueillir des faits. Si Ton prend la peine de feuilleter ce livre, on verra bien que nos préoccupations ne sont pas là. Nous allons comme va le chemin, peu soucieux des détours qui éloignent du but; nous arrêtant souvent au milieu du récit, ainsi que nous faisons au milieu de la route, pour méditer; écoutant ce que l'histoire nous raconte, ce que la foi nous révèle; donnant place aux émotions comme aux souvenirs. Là c'est une madone placée au bord du sentier, devant laquelle le pèlerin s'est tendrement rappelé sa mère et ses sœurs absentes; là c'est une humble église pleine de bons paysans, où la messe l'a reposé d'une course commencée avant le jour; là, souvenir pénible! c'est une autre église, jadis catholique, aujourd'hui protestante, déshéritée des siiints mystères, dépouillée des saintes images, d'où sortent, sans consolations et sans secours, de pauvres femmes qui ne peuvent pas invoquer le nom sacré de Marie; plus loin une vieille chronique de la vieille foi suisse, et quelque trait naïf de cette piété profonde et simple qui se retrouve encore çà et là, contemporaine des plub antiques ombrages de l'IIelvétie; ailleurs le nom d'un héros chrétien se rencontre, et sa vie pleine de bonnes œuvres succède au portrait d'un hérétique célèbre. Tout cela n'est pas fait pour intéresser beaucoup de gens, nous le savons bien. Mais des amis pieux ont pris intérêt à ce journal d'une course à travers les belles monta^ines, vers un but de dévo-
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tion ; ils ont trouvé parfois quelque chose du sentimeut qui uous aniuie quand nous avons fait ensemble la prière du soir; ils ont pensé que, hors de notre petit cercle, les mêmes symi)athies l'accueilleraient, que peut-être les familles chrétiennes pourraient le mettre sous les chastes yeux de leurs enfants. Voilà pourquoi ces pages sont données au public.
Cependant nous ne les laissons point aller sans une certaine crainte, où l'amour-propre d'auteur n'a point part. Nul ne connaît mieux que nous les défauts de notre œuvre, et d'avance nous passons condamnation sur toutes les critiques littéraires qu'elle pourra susciter. Mais, pour un chrétien, c'est chose grave que la publication d'un livre. Parle- 1 -il toujours comme il conviendrait? Garde-t-il scrupuleusement la vérité? N'est -il point coupable d'avoir donné quelquefois essor à son imagination, et prêté aux hommes qu'il fait paraître un mot intimement vrai, mais que l'histoire ne rapporte pas? Enfin un sentiment exagéré du juste et du bon ne l'a- 1- il jamais entraîné trop loin? Douloureuses inquiétudes, contre lesquelles nous n'avons de refuire que dans la charité de nos frères et la pureté de nos intentions.
Si nous avons écrit un mot qui devienne pour quelqu'un la moindre occasion de scandale, que celui-là nous le pardonne, et supplie Dieu de nous le pardonner. Si, quand nous parlons des actes de la réforme, la violence des faits entraine la violence des expressions, que les hommes de bien égarés dans les voies de l'erreur ne s'appliquent pas ces expressions; qu'ils soient persuadés que nous éprouverions une joie immense à les voir s'agenouiller au pied de nos saints autels, à les appeler nos frères, et que, dès à présent, uous ne nous croyons pas meilleur qu'eux, mais plus heureux et mieux soutenu. Si une mère de famille surprend dans notre livre quoi que ce soit qui puisse blesser la chasteté des anges, qu'elle jette le livre au feu et le dénonce à toutes les mères de famille. Si le saint -siège, gardien de la sécurité des âmes, y découvre l'apparence d'un danger,
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qu'il le condamne, et nous nous emploierons nous- même à détruire jusqu'au dernier vestige l'objet de ses censures, qui ne peuvent errer.
Enfin, s-i le commun Maître, qui juge tout et sait tout, permet que le moindre mal résulte de ce que notre plume a tracé, qu'il nous iasse miséricorde et prenne pitié de nous.
Ainsi soit -il.
Lundi, 13 octobre 1838, jour de Sainte-Thérèse.
AblEL'X A ROMK
Vi e un grande che si pieg.i ad ogni bella , vi e un bello che si solleva ad ogni grande.
NoQ, je ne te quitterai pas sans te saluer de la voix et du cœur, ville immortelle où mon ame a tant vécu! Je te suis venu couvert des voiles honteux de Tindifférence, et je m'en vais chrétien . Je n'ai point en vain lléchi les genoux au champ de mort des martyrs, la bénédiction du poiitite suprême n'est point tombée stérile sur mon endurcissement : je sens tressaillir dans mon cœur des fibres qui n'y. battaient pas, mes oreilles entendent ce qu'elles n'avaient point entendu, mon esprit n'a plus d'autres tx^nèbres que les lumineuses ténèbies du respect et de la loi. Terre où tant de préjugés ne veulent voir que la mort, tu m'as donné la vie; terre où j'ai goûté Dieu, tu m'es devenue terre natale, et je pars comme un tils qui veut revenir un jour.
40 AbIKlX A HU.MK
Ce ne sont pas, malgré leur beauté, tes chefs-d'œuvre et tes ruines, merveilles de la main de l'homme et de la main du temps, que je souhaite de revoir. Ce que je demande au mjiîtredcs destinées, c'est de me ramener aux seuils bénis de Saint-Pierre et de Sainte-Marie-Majeure; c'est de me rendre un instant, avant que je meure, les spectacles de mon nouveau baptême, les reliques saintes, les temples où pour la première fois j'ai senti ma prière monter au ciel , et le Uédempteur descendre jusqu'à moi sous l'apparence du paiii sacré !