‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 37 sur 79 · INTERLAKEN-LAUTERBRUNN · texte numérisé non relu

INTERLAKEN-LAUTERBRUNN

La vallée d'Interlaken, longue d'environ 4 kilomètres, traversée par l'Aar, ceinte de montagnes, au milieu desquelles s'élève le glacier de la Jungfrau, s'étend gracieusement entre le lac de Thoune et le lac de Brientz. Près de ce dernier, la petite ville d'Unterseen occupe un espace conquis moitié sur les eaux, moitié sur les rochers. Cette vallée heureuse n'était encore au xin* siècle qu'un séjour stérile et malsain, par suite de fréquentes inondations qu'occasionnait la chute de la Lutschinen dans l'Aar. Mais il y avait à Interlaken une communauté d'augustins, et les moines ne reculaient devant aucun travail utile. Ceux-ci entreprirent de jeter la Lutschinen dans le lac de Brientz. ils en vinrent à bout, en y sacrifiant momentanément leur fortune , et la vallée sortit de leurs mains riche et salubre, comme par une nouvelle création. De tels projets ne se formaient alors que dans les cloîtres, et ne trouvaient que là des volontés capables de les accomplir.

A la suppression du couvent le pays vit décroître sa prospérité. L'autorité d'un bailli remplaça celle des moines, au grand désavantage des habitants; car les moines les nourrissaient, et il leur fallut nourrir le bailli. Le changement ne s'accomplit pas sans quelque résistance ; mais les coups de fusil et le bourreau firent bien taire les objections.

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Depuis quelques années la vallée d'Interlaken , située près de deux lacs délicieux, au pied des glaciers de rOberland bernois, entourée de cascades et voisine du Hasli , est devenue le rendez-vous de tous les touristes fashionables. La petite ville d'Unterseen a été augmentée d'un faubourg qui est lui-même une ville , de belles auberges bâties sur l'emplacement qu'occupaient les jardins des moines, et où se voient encore les noyers qu'ils ont plantés, les plus beaux noyers du monde.

C'est un contraste étrange et charmant. Lorsqu'on a franchi la porte d'Unterseen, vieille petite ville noire et toute suisse , on se trouve au commencement d'une large et longue avenue formée d'arbres antiques, de maisons neuves, de magasins élégants, et pleine de beau monde en grande toilette, ciré, pincé, panaché, robes de soie, ombrelles tendues, voiles au vent, plumes flottantes, habits du dernier goût, enfin la grande allée des Tuileries et la rue de la Paix, avec toute leur population, transportée par un coup de baguette au milieu de ces montagnes sauvages. Ce spectacle est des plus agréables. Nous ne nous y arrêtâmes pas cependant. Il effrayait notre légère bourse de piéton autant qu'il plaisait à nos yeux; nous sentîmes que ce n'était point là un gîte à pèlerins comme nous, et le grand air de toutes ces auberges fit taire jusqu'à notre bonne envie de déjeuner. L'hospitalité se vend cher dans ces lieux où si longtemps elle fut donnée. Entre le couvent d'autrefois et l'auberge d'aujourd'hui il y a trois cents ans de progrès.

Lauterbrunn est à trois heures d'interlaken : triste revers de ce brillant tableau : des rochei^ nus, des mendiants ([ui le sont à peu près, des curieux endimanchés qui vienn«Mit par plaisir <N)ntempler la double mis<"'re de rhoninie et du s(»l. Parfois des fenêtres de l'auberge où

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ils ont bien dîné , les étrangers jettent quelques pièces de monnaie ou les restes de leur repas aux pauvres qui leur tendent la main... Pas toujours, le métier de voyageur endurcit. On est si dévalisé par ceux qui font payer, qu'on ferme volontiers son cœur à ceux qui supplient. Et de ceux-lcà d'ailleurs il y en a tant ! Et puis l'on ne sait guère, lorsqu'on donne, si l'on empêche un malheureux de mourir, ou si l'on encourage la honteuse industrie d'un garnement; car il se trouve dans cette triste foule bien des Ames abaissées, gangrenées, perdues. La générosité ne peut rien guérir à des plaies si profondes ; il faudrait la charité. J'ai vu quelque part une belle pensée, bien juste et bien chrétien (je : La générosité est une qualité, la charité est um vertu. Les qualités sont de la terre, les vertus sont du ciel. On ne fait de bien réel et durable qu'avec les vertus. Semez la parole en même temps que For, ou confiez vos dons à quelque missionnaire qui saura parler, aimer et consoler en les répandant : sinon l'or sera stérile ou corrupteur.

De Lauterbrunn on pénètre par TA mmertenthal jusque dans le Valais. C'est un voyage qu'on peut entreprendre lorsqu'on ne tient pas à la vie. Il faut franchir des passages où les chasseurs de chamois eux-mêmes ne s'aventurent pas, traverser une mer de glaces aux pentes brisées, braver des précipices apparents et des précipices cachés, s'avancer, en un mot, pendant plusieurs heures à travers mille chances de mort. U y a quarante-cinq ans, quatre mineurs valaisans qui travaillaient dans la vallée de Lauterbrunn firent pourtant ce trajet , que personne n'a fait depuis; et ce n'était pas par curiosité , ni par dégoût de l'existence, ni pour faire parler d'eux : c'était pour aller entendre la messe dans leur pays.

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LAC DE BRIENTZ

Un plat hémistiche de Voltaire a fait au Léman mie réputation qu'aucun amant des beaux paysages ne saurait admettre après avoir parcouru la Suisse et l'Italie. Cet hémistiche si répété des Genevois, qui se font de tout réputiition et gloire, tout le monde le connaît : Mon lac est le premier!... Le seigneur de Ferney se trompe. Son lac n'est pas le premier, ni le second, ni le troisième. Ce qui fait le charme d'un lac, c'est le sauvage des escarpements de ses rivages, c'est le calme et le silence virginal de ses eaux qui ne reflètent que les montagnes et les cieux, c'est la solitude de ses bords chargés de vieux arbres ou formés d'âpres rochers. Le lac de Genève, entouré de villes, sillonné de bateaux, n'est qu'un grand fleuve marchand. Combien je préfère à son étendue pleine de mouvement le dernier lac de la Suisse intérieure, fût-ce même ce pauvre petit lac Noir, si mélancolique, si frais et si caché ! Mais Voltaire ne sentait pas la nature , et aucun écrivain de son école et de son siècle ne l'a sentie, pas même Rousseau, malgré tout l'éLalage de ses goûts campagnards et la fameuse histoire des pervenches. Ils n'aimaient ni les eaux, ni les montagnes, ni les buissons; l'odeur de l'herbe ne leur disiiit rien; ils étaient faits pour admirer tout au plus les plates-bandes, les ifs taillés en pains de sucre et les faunes de pierre ou de bri- (jues dos jardins de leur temps. Ainsi déûgurées et géométrisées, les choses de la création devaient moins leur déplaire, on y voyait plutôt la main de l'homme que l'œuvre de Oieu... Ce que Voltaire admire le plus dans son lac, ce ne sont pas ses véritables beautés, c'est la (iH$$e èlerneUe des humains, qui habile sur les bords.

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Mais voyez comme tout ce. qu'il dit est misérable, ser , menteur, et manque même de style et d'esprit :

Que tout plaît on ces lieux à nios sons ôtonnôs! D'un tran(iuillo océan Peau puro et transparonto Baipne les bords fleuris de ces champs fortunés; D'innombrables coteaux les champs sont couronnés: Bacchus les embellit: leur insensible pente Nous conduit par deprrés à ces monts sourcill(Mi\ Qui pressent les enfers et qui fondent les cieux.

C'est sur ces bords heureux Qu'habite dos humains la déesse éternelle, L'âme des grands travaux, l'objet d«s nobles \œux. Que tout mortel embrasse, ou désire, ou rappelle, La liberté !...

Et notez bien qu'il s'agit de la liberté de Genève.

Ne semble-t-il pas voir le vieux et laid Voltaire , sous sa grande perruque , assis devant un portrait du roi de Prusse, et rimant ces platitudes comme un bouquet à M'" Salle ? — C'est sans doute que je ne m'y connais pas : mais franchement je ne sais pas pourquoi Ton représente toujours Voltaire comme le type de l'esprit. 11 me semble que nul écrivain ne manque plus souvent de cette qualité que nous prisons si fort. L'esprit est une faculté qu il faut posséder dans une mesure parfaite. En avoir trop, c'est nen point avoir assez; et ceux qui portent partout et toujours la prétention d'en montrer commettent fréquemment des balourdises insignes. Cela se voit particulièrement lorsque l'esprit veut suppléer au cœur. Alors les bons mots deviennent odieux et ineptes. Voltaire en efet là plus souvent ([u un autre, et en général toutes les fois qu'il veut être tendi'c, ou enthousiaste, ou vrai dans la peinture des nobles sentiments.

Cependant si par esprit on entend ce misérable et déplorable talent de tout parodier, de tout injurier, de tout salir, Voltaire y est professeur et maître, il faut l'avouer. Mais cet esprit-là, c'est Tesprit sans cœur; c'est l'esprit qui rit des choses les plus simples et les plus belles; qui jette sa plaisanterie infecte et son rire faux à tout ce qui est chaste, timide, voilé; qui glace par une pasquinade les plus chaleureux épanchements de l'Ame ; qui invente ces mots infâmes donnés en aide à la foule pour déshonorer tout grand caractère et rapetisser toute noble action. Cet esprit-là, c'est l'envie qui brave: c'est la rhétorique calquant et critiquant ce qu'elle ne comprend pas; c'est l'orgueil des petites supériorités, la lâcheté des basses vengeances, le cynisme des petitesses; c'est le vol terre à terre qui se heurte et s'arrête à toutes les méchantes antithèses de la vie; c'est le parlage impertinent qui a toujours cent raisons à fournir contre une croyance et jamais un sentiment , cent préceptes à développer pour enseigner le monde et jamais une vertu, cent consolations à donner pour une douleur et jamais une larme... Une nation brave et grande doit-elle estimer cet es prit- là?

Mais il est temps de revenir, et de s'écrier comme le bon Polonius : « .l'avais commencé à dire quelque chose : où en suis-je resté ? » Nous sommes sur les bords du lac (\o Rrioutz; nous suivons entre les haies, à travers les prairies,. sur les bords dos nK:'hei*s à pic, un sentier qui sans cesse tourne, monte et descend: qui durant 20 kilom. change d'aspect, pour ainsi dire, à chaque pas. bien que nous ayons toujours de chaque côté des montagnes et sous les pieds de l'eau. Ces ohomins capricieux font vagabonder la pensée : tantôt le lac s'endort dans une anse tranquille, et tantcM il s'émeut sous de brusques

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coups de \eiit qui font plier les herbes et gémir les buissons; tantôt lu montagne s'élève en pente verdoyante, et tantôt elle nous montre comme une large plaie le lit aride d'un torrent de cailloux. Parlois, en levant la tête, nous apercevons des maisons là où il semble que des chèvres pourraient seules s'aventurer, et plus loin un faux pas nous ferait tomber sur les cheminées d'un autre village, tranquillement assis sur le bord dii lac à 50 mètres au-dessous de nous. Rien ne nous prouve que nous ne voyageons pas dans les airs; car nous passons aussi souvent sur la cime des arbres qu'à leurs pieds , et les bateliers qui vont d'une rive à l'autre pourraient bien nous prendre pour des oiseaux. Nous les voyons nous-mêmes comme de grandes mouettes qui volent pesamment.

Tout cela est beau, tout cela est grand, tout cela parle. Lorsque l'on veut réiléchir après avoir tant senti, on éprouve un mouvement impétueux de reconnaissance. Le premier bienfait de Dieu est de nous avoir placés au milieu des merveilles de sa création. L'immensité, la diversité, la beauté de la nature est la porte toujours ouverte du sanctuaire où , de lui-même , l'esprit devine et va chercher le Seigneur. L'ordre infini de ce grand spectacle est un miracle préliminaire et permanent, destiné à frapper le sens d'abord, à prédisposer l'àme, et qui doit ensuite servir à l'esprit de mémento perpétuel. Toute la nature chante les louanges de Dieu, pour instruire l'homme à louer Dieu. Elle lui a été donnée avec l'hitelligeuce , comme un premier guide dans la connaissance des choses divines. Elle est le livre clair et infini où l'ignorant peut toujours lire, le savant toujours apprendre, le grenier où l'indigent peut toujours puiser.

L'honune trouve dans la nature les moyens de doubler,

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de centupler ses forces et sa vie. Avec les vents et la mer, il se t'ait des ailes comme Toiseau , ou plutôt comme la pensée; car il franchit des espaces que l'aigle et l'hirondelle ne sauraient franchir. Son action n'est plus circonscrite : il peut l'étendre sur le globe entier; il peut porter à travers les mondes le pain de la foi ; il peut aller régénérer les âmes au milieu des déserts où souffrent les races punies; il peut aller planter la croix et semer le nom du Sauveur chez les nations dont la langue n'a pas même un mot pom' dire Dieu.

Mais r homme peut aussi abuser de ces moyens. Ce qu'on lui donne pour Dieu, il peut le détourner à son usage. Dans ses mains et par l'effet de ses passions, ce qui devait le mener au but l'en écarte souvent. D'un instrument utile il peut faire un mauvais emploi ; d'un plaisir permis, une faute, un crime. Pourquoi le peut-il?

Parce que Dieu n'a point pai-qué l'homme sur la terre, comme on enferme le bétail dans les prairies, pour y paître et s'y engraisser jusqu'au jour du coute<\u qui tinit tout. L'homme est libre, et d'une liberté indépendante des Uens du corps, d'une liberté sur laquelle nul ne peut rien. Nous possédons le pouvoir de faire mal, poui' que nous ayons plus d'attention et plus de gloire à faire bien; mais Dieu lui-même ne peut forcer à mal faire.

Sans crainte vaine et sans désirs téméraires, promenons donc nos regards sur ce vaste monde, notre domaine. Rappelons -nous seulement, pour échapper au danger, le précepte que Siiint Ignace donne à méditer dans ses Exercices spirituels : « Toutes les choses qui a sont sur la terre n'ont été créées que pour l'homme, w alin de l'aider à parvenir à la tin de Sii création (louer u et honurrr le Seigneur, et se sauver en le servant). 11

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« s'ensuit que nous ne devons en user ou nous en abste- « nir qu'îuitant qu'elles servent à nous conduire à notre « fin , ou qu'elles nous en détournent. »

Brientz se compose d'une centaine de maisons de bois assez misérables, situées à l'extrémité du lac, et formant une des rues les plus pittoresques. Ses batelières ont une grande réputation. Un les dit très-belles, et l'on assure qu'elles cbantent fort bien. J'en ai vu quelques-unes, leur beauté m'a paru ordinaire, mais je ne les ai point entendues. Depuis qu'elles se savent musiciennes, les femmes de Brientz ne chantent que pour de l'argent.

En face de Brientz est le Giessbach , p.iuvre cascade bien inférieure aux cascatelles de Tivoli , et qui ne vaut point qu'on aille l'y chercher. Dernièrement un Anglais s'y rendit accompagné d'une vache qu'il avait embarquée à Brientz malgré mille difficultés, et que plusieurs guides menaient solennellement. Arrivé au pied de la cascade , l'Anglais fit traire sa vache, but un verre de lait chaud, puis»revint, sans avoir un instant perdu son sang- froid et sa gravité.

Lorsque les étrangers visitent le Giessbach, on ne manque pas de leur faire voir, dans un petit cabaret qui se trouve près de là , des lithographies représentant une sorte de concert. Ils demandent ce que cela signifie : on leur répond avec un air indifférent que c'est M. le pasteur de... chantant avec sa famille, et Ton ajoute, sans y toucher, qu'il chante admirablement. Un instant après, M. le pabteur se trouve là, par hasard, et sa famille s'y trouve aussi, par hasard toujours. 11 aborde les voyageui*s d'un air gracieux; la conversation tombe sur son talent; bref, la famille se met en rond et chante. Après quoi le voyageur ghsse, en rougissant, à l'un des chanteurs, quelque pièce de monnaie, qui est reçue sans embarras.

iii PÈLERINAGES

Que voulez- VOUS, il faut bieu faire aller son petit ménage !

Dans la vallée de Lauterbiuun, un autre pasteur a trouvé un autre moyen d'accroître ses revenus : il fait concurrence à Taubergiste du lieu. On dîne chez lui, on cause avec lui; il est aimable, prévenant, instruit; il donne même, si on l'exige, de très -bons conseils, et le tout pour rien. Seulement l'usage est de laisser à la servante l'équivalent d'un repas fait, ou d'une nuit passée à l'auberge, et plus si Ton veut. Cette hospitalité tolérante est à la disposition des Juifs, des Turcs, et des catholiques, aussi bien que des réformés.

LE BRDNIG

Le Brunig est sans contredit la plus douce et la plus commode des monUignes. (>n la travei^se sans fatigue, en suivant une mmpe aisée, d'où l'œil embrasse la vallée de Meyringue, un de ces paradis dont il n'est pas sage d'entreprendre la description. Nous y sommes arrivés après avoir fait mille détours dans cet autre éden, silencieux, ombreux et vert, qui, loi*sque nous le regardâmes de haut, nous apparut comme une tleur immense, où nous nous serions promenés longtemps, u Dieu, dit l'Kcriture, pour révéler aux premiers honunes la grandeur de st^s ouvres, plaça son ail sur leurs cœurs » : PosuU oculum suum super corda i7/oru/H, ostendere lUis magnalia operum suorum. Cet œnl céleste est la source de 1 enthousiasme chrétien. Lorsqu'il s'ouvre, l'amoui*, l'admiration, les joies surhumaines jailhssent à Ilots de nos âmes, ainsi que sous la biiguetle de Moïse l'eau jaillit du rocher; la

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pauvre créature humaine est inondée d'un bonheur qu elle n'imaginait pas pouvoir sentir et qu'elle ne croira jamais mériter.

La contrée que nous venons de parcourir, depuis Interlaken jusqu'au point du Brunig où commence le canton d'Unterwald, a été violemment tourmentée par la réforme. Le 7 juin 1528, les habitants du Hasli, que les -eigneurs de Berne avaient forcés de renoncer à la religion catholi(iue, décidèrent qu'ils la reprendraient jusqu'à la décision d'un concile général Leurs voisins des autres parties de l'Oberland se joii^nirent à eux. Brientz et Interlaken entrèrent dans cette confédération , et les hommes de cette dernière vallée censurèrent l'abbé et les moines qui avaient remis leur maison et leurs droits aux Bernois. Le 22 octobre suivant, une conférence eut lieu à Interlaken. Tous les montagnards jurèrent par Dieu et les saints de ne point abandonner leur ancienne reUgion, de ne soumettre leurs différends qu'aux sept cantons catholicpies, de maintenir le couvent dans son intégrité, mais de s'acquitter d'ailleui's de tous leurs devoirs envers leurs seigneurs. Les Bernois ne furent point touchés de tant de courage et de probité; ils prirent les armes, et, comme ils étaient les plus forts, il fallut bien se soumettre. Quatre chefs des insurgés furent mis à mort. On pilla leurs maisons, on confisqua leurs propriétés, on chassa les prêtres, ou on les fît mourir; on dévasta les églises, et les privilèges du pays, supprimés d'abord, ne lui furent rendus qu'à la requête des protestants qui l'habitaient. C'est ainsi que la liberté de conscience s'établit dans la contrée. Aujourd'hui l'on y chercherait vainement quelques traces d'esprit public. Ces paysans, autrefois si fiers, si vifs, si mouvants, sont taciturnes, grossiers, sauvages. Leur intelligence, aplatie sous le doubl»^

5i6 PÈLERINAGES DE SUSSE

joug de l'hérésie et de la misère, forme un contraste douloureux avec la terre qui les porte, et dont on peut dire ce que Byron a dit de l'Asie : Tout y est divin , excepté Tesprit de Thomme.

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