‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 36 sur 79 · LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS

Qu'on parcoure l'univers, ou qu'on fasse seulement quelques centaines de kilomètres, on trouvera qu'il y a bien des Anglais dans le monde, et Ton se demandera pourquoi ils sortent de leur pays. On les rencontre partout; on croirait partout voir les mêmes, empaquetés du même manteau, parlant le même baragouin, remplissant les registres d'auberge des mêmes plaintes sur la cuisine, le vin et le coucher, enfin montrant la même hâte d'arriver et de partir. Il y en avait une volée sur le bateau à vapeur. L'un d'eux, s'approchant de moi, se plaignit que nous ne marchions pas. Or d'admii'ables paysiiges

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fuyaient de chaque côté comme le vent. J'appris de cet Anglais qu'il avait en quelques mois parcouru l'Europe, une partie de l'Afrique et la moitié de l'Asie. Je lui demandai si c'était une gageure qui le faisait courir ainsi : il me répondit qu'il voyageait pour son plaisir et son instruction , mais que le plaisir était assez mince , \u le mauvais état des routes, le désagrément des passeports, l'ennui des quarantaines et l'ignorance culinaire du monde entier. Quant à l'insiruction , voici le résumé à peu près exact de ce qu'il répondit , pendant une conversation de deux heures, à mes questions sur Tétat politique, intellectuel, commercial et moral des pays qu'il avait visités : « Les Espagnols ont été abrutis par les moines ; à Rome, je me suis bien diverti le jour de Pâmies en restant debout et couvert sur la place Saint -Pierre, tandis que le pape bénissait tout le peuple agenouillé; il y a d'assez beaux cafés à Florence; on vend de trèsmauvais cigares à Naples ; dans les rues de Palerme on voit des mendiants en chemise; les chiens de Constantinople ne sont pas aussi nombreux qu'on le dit; j'ai mangé au Caire des petits pâtés excellents qu'on nomme des foutirs, mais il n'y a que cela de bon ; Damas est un drôle de pays; j'ai bu du vin de Champagne sur le Liban; les Russes parlent très-bien français ; les fiacres de Berlin ne vont pas vite ; à Vienne j'ai fait blanchir un pantalon d'été, et on l'a empesé, ce qui est fort gênant; à Munich, la bière ne vaut rien; les diligences françaises sont attelées de très- vilains chevaux; les Français ne savent pas construire des routes; ce qui m'a charmé le plus à Paris, c'est le bal Musard, etc. etc. » Il me nomma aussi notre meillein' écrivain, notre plus grand homme d'I^ltat, et me glissa, pour conclure, «jue l**s l'rançais sont aimables, m.iis un peu trop superficiels.

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Je le priai de me dii'e si ses voyages étaient terminés et ce qu'il comptait faire. « Je vais, me répondit-il, proflter de huit à dix mois qui me restent pour étudier l'Amérique, et ensuite je compte entrer au parlement. »

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