L'AUBERGE
L'auberge où nous allâmes nous reposer se nomme, si je ne me trompe, la Croix-Blanche. Je la recommande à ceux qui feront le pèlerinage de Sachslen. Elle est située près de l'église, sur la hauteur. C'est une de ces maisons pittoresques dont j'ai parlé. Les panneaux extérieurs sont noirs comme si on les avait vernis, et on y a tracé de fines arabesques qui semblent des broderies de velours. Nous trouvâmes, dans la salle principale, une pauvre fille de seize ans fort embarrassée d'une famille anglaise qui voulait manger de la viande, et à qui elle essayait de faire comprendre que cela ne se pouvait pas un vendredi. Mais les Anglais tenaient bon. « Viande ! disaient-ils. — Œufs ! répliquait-elle , cherchant à se conformer à leur étrange allemand. — Non, viande ! — Si, œufs ! »
Enfin, n'en pouvant venir à bout, elle appela sa mère et lui exposa la difficulté. « Comment ! ils veulent de la viande I s'écria la bonne femme bien étonnée. — Oui, viande ! firent tous les Anglais en chœur. — Songez donc que c'est vendredi, jour maigre ! — Viande ! — Eh bien, allez en chercher ailleurs, vous n'en aurez point ici. » Et comme le premier chemin à prendre pour aller ailleui's était celui de la porte, elle le leur indiqua d'un geste clair. Les Anglais, surpris, se consultèrent un moment. Ils avaient bon appétit. Cependant ils ne voulurent pas se rendre; et, préférant le martyre de la faim à celui de la superstition, ils remontèrent en voiture assez désappointés... pour aller faire maigre ailleurs, car je suis bien sur que dans tout Sachslen on ne trouverait pas une côtelette le vendredi. Honneur au courage malheureux !
-2ax PÈLERINAGES
Pour Dous, qui n'avions point fait de demande saugrenue, on nous servit avec bonne grâce une des plus splendides omelettes dont j'ai mémoire; et quand on nous vif dire notre béné'licité, la bonne grâce devint de la cuidialité.