‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 49 sur 79 · CHAPELLE DE GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

CHAPELLE DE GUILLAUME TELL

Je m'étais bien pioniis en commonçant cette narration (l'épargner au lecteur (iuillaurne Tell, les glaciers et les chasseurs de chamois. Cependant nous voici dans le fameux chemin creux de Kussnacht^ où Gessler fut tué. Sur une éminence au bord du lac de Zug, qui est encore un de ces diamants tombés du ciel dans les montagnes, s'élève une modeste chapelle dont le fronton, peint à fresque, représente le vengeur, son arbalète à la main, et le tyran mortellement blessé, près de rendre Tàme. Au bas du tableau, une légende en vers allemands adresse aux concitoyens du héros des conseils qu'ils oublient : « Ici Tell abattit l'orgueil de Gessler. De là est sortie la « liberté suisse. Combien de temps durera cette liberté? « Encore longtemps si nous étions les anciens. »

Ce qu'il faut admirer chez les Suisses, c'est l'intelligent et profond amour qu'ils portent à toutes les gloires de leur patrie. La mémoire des héros et des hauts faits se transmet d'âge en âge par des cérémonies, par des monuments, par des poèmes populaires, qui n'en laissent rien ignorei-. Ils défendent et conservent avec raison ces augustes souvenirs comme leur plus noble patrimoine. En 1 7 GO, je ne sais quel savant de Berne entreprit de prouver que Guillaume Tell n'avait pas existé. C'était bien là une idée de savant qui, dans le brutal désir d'étaler une érudition souvent menteuse, attaque et va détruire, sur la foi d'une étymologie ou d'un conte, ce qu'il y a de plus noble et de plus vrai. Les Waldstetten , ne pouvant attraper l'éru- (lit, condamnèrent au feu son livre, qui disparut peu

à peu. Mais les chapelle? de * Guillaume Tell restèrent debout, et son souvenir inspira plus tard deux chefsd'œuvre à deux hommes de génie. Il faut prendre Schiller après avoir parcouru cette contrée héroïque des Waldstetten ; mais, après avoir lu le drame de Schiller, il faut entendre relui de Rossini. Alors il semble que le langage sublime du poète a cependant trahi sa pensée, et que le musicien a exprimé ce que la parole ne dira jamais. Certains sentiments naissent dans Tâme avec des ailes que la parole est forcée de leur arracher, et que la musique rend : Parla la ragione, ma l'amor canta, disent les Italiens.

Au sortir de la chapelle de Kussnacht, où nous avions inscrit nos noms après ceux de plusieurs milliei*s de visiteurs de tous les pays, notre ami le réformé, pour nous faire pièce, nous demanda si Guillaume Tell, coupable de meurtre, n'était pas damné. Mon compagnon, bon Suisse et bon chrétien , n'hésita pas à lui répondre : « S'il n'a point fait pénitence, dit-il, il est hors de doute qu'il sera puni suivant la justice de Dieu. Mais Guillaume était catholique dans un temps où personne ne l'était à demi ; il est mort en sauvant la vie d'un enfant qui se noyait ; j'espère le revoir en paradis... Et vous, protestant? — Moi, reprit le pauvre jeune homme, j'ignore où sont allés les autres, et je ne sais pas où j irai. »

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