LE PAUVRE
Consolatrice des affligés, portez aux pieds de Dieu mes actions de grâces pour les forces qu'il m'a données en toutes mes misères. Le monde me plaint; mais pour moi je no trouve pas mon fardeau si pesant. J'ai souffert : quel homme ne souffre pas? Plus d'une porte où j'ai frappé est restée close : quel homme n'a demandé souvent, et n'a pas été repoussé? Je n'ai point damis, point de famille : quel homme n'est froissé dans son cœur lorsqu'il aime en dehors de Dieu?
Ceux qui me plaignent ne savent pas combien d'âmes généreuses m'ont assisté, combien de chrétiens ont accueilli leur pauvre frère, combien de mains pieuses ont pansé mes plaies, combien de manne céleste est tombée chaque jour dans ce qu'ils appellent le désert de ma vie.
Ils n'ont point vu les anges qui me sourient aux passages les plus sombres , ni les foyers pleins de repos où souvent d'aussi pauvres que moi m'ont donné de leur pain pour la moitié de leurs prières.
Ils ignorent surtout, ô sainte Vierge, qui méritez si bien le nom de mère , ils ignorent quelle radieuse espérance illumine mon cœur; car, assoupis dans leurs délices, ils n'ont point aussi souvent que moi le bonheur de rêver au paradis.
Pourquoi donc me plaignent-ils? Ne suis-je point votre enfant? ne puis-je point vous prier comme eux? Resteraije plus longtemps qu'eux sur la terre, et n'irai -je point dans le ciel avec eux?
Sainte Vierge, bénissez mes bienfiiteurs, conservezleur ces richesses dont le pauvre a sa part; mais surtout ayez pitié de ceux qui repoussent l'indigent , et adoucissez les souffrances de (|nironque manque de force et de résignât i(»n.
DK SLISSK 315
Mère céleste, soyez bénie h jamais !
LE inciiE.
Sainte Vierge, mes biens so sont ancnis, et mon cœur s'est rempli d'inquiétudes; j'ai tremblé pour mes vaisseaux quand j'ai vu la temp«Me agiter les mers; quand j'ai vu les révolutions tourmenter les peuples, j'ai moins frémi pour les peuples que pour mes intérêts. Plus d'une fois j'ai donné au soin des affaires mortelles le temps qu'auraient dû remplir mes devoirs envers Dieu; j'ai suivi avec l'âpre souci des joueurs la chance favorable ou contraire; je me suis réjoui sans mesure, je me suis attristé sans courage selon le gain ou la perte, et il m'a semblé que si la fortune m'était enlevée, je n'aurais pas de résignation. Sainte Vierge, ne souffrez pas que l'amour des richesses envahisse mon âme; priez plutôt Dieu de m'ôter tout ce que je possède; j'aime mieux perdre mes biens périssables que mon Ame immortelle, et cette graisse de la terre que Tespérance du salut... Dans tous les cas, préservez-moi de l'orgueil et de la dureté; que je sois l'économe du pauvre, l'humble main par qui Dieu répand ses bienfaits, l'actif instrument de sa providence; que je paraisse enfin devant vous comme l'intendant fidèle qui a eu longtemps la clef des trésors de son maître, et n'en a rien détourné.
LE FL4NCÉ.
Sainte Marie, Vierge des vierges, vous savez le nom de celle pour qui je vous prie chaque jour, et qui parfois aussi prononce le mien dans ses prières ; elle est douce et pure, la candeur de vos enfants bien -aimés rayonne sur son front : il me semble que mon père l'aimerait et que ma mère serait heureuse de l'appeler sa fille; cependant, sainte Vierge, je me défie de mon cœur. Peut-être ai-je trop regardé ses yeux timides, peut-être ai -je trop
316 PELERINAGES
admiré Téclat mortel de son printemps; demandez à Dieu de m' éclairer et de me conduire; que je fasse sa volonté, non la mienne ; qu'en ceci comme en tout je songe à le servir et non point à satisfaire mes vœux. Si celle-là que j'aime doit être chaste épouse et bonne mère , si elle doit comme l'arbre de bénédiction porter des fruits purs el d'une saveur agréable à Dieu, si elle doit trouver en moi l'appui bienveillant et fidèle que je souhaite à sa Aie, si nous devons nous sanctifier et vous plaire en nous aimant , que cette union s'accomplisse. Mais si je n'écoute qu'un désir terrestre et passager, ou si je puis, dans un autre état, mieux agréer à mon Maître et marcher plus sûrement à mon salut, que Dieu me rejette loin d'elle, et qu'il la rejette loin de moi. Je verrai sans murmure se rompre ces liens lentement formés, je me détournerai sans regret de ce but où tend mon Ame; car je ne veux qu'aimer Dieu, je ne veux qu'obéir à Dieu.