AVIS DE L'ÉDITEUR
Le succès extraordinaire — nous ne dirons pas inattendu — qu'a rencontré la première édition des Pèlerins russes a Jérusalem publiée par nous il y a deux ans, nous engage h faire une seconde édition de ce livre, pour répondre aux incessantes demandes qui nous sont adressées de tous les pays (l'Europe où l'auteur s'est créé les plus unanimes et les plus tlatteuses sympathies.
Nous disons que le succès de cette publication ne nous a point surpris et que nous l'attendions. En effet, l'ouvrage de Mme Bagréeff-Speransky présentait un intérêt si spécial et commandait l'attention k tant de titres que la bienveillante curiosité du public européen lui était acquise par avance.
L'auteur avait compris sa tâche, elle avait mesuré l'importance de son œuvre. Elle avait compris qu'on n'attendait pas d'elle seulement une description plus ou moins exacte ou pittoresque des lieux cent fois décrits où se passèrent les scènes émouvantes du grand drame du christianisme. Sa
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mission allait plus loin. Elle avait à révéler à TEurope ce peuple russe si méconnu au dehors, et si calomnié parce (ju'il est méconnu; elle avait à raconter son origine, ses destinées, sa civilisation, son caractère et ses mœurs; elle avait à nous montrer dans les détails intimes de sa vie privée cette vaste population slave, dont le passé est si glorieux, dont Tavenir est si grand. — Cette population qui a dans ses mœurs, son langage, sa piété quelque chose d'antique et de patriarcal , et dont la corruption occidentale n'a pas profané encore les naïves et saintes traditions.
Voilà ce que M™» Bagréeff-Speransky a fait, et elle Ta fait avec un talent que les détracteurs même de la cause qu'elle défendait ont reconnu et proclamé.
Le célèbre et savant orientaliste, M. Fallmerayer dans le long article qu'il a consacré à l'appréciation des Pèlerins russes dans la Gazette d'Ausbourg, s'exprime ainsi :
« Nous nous garderons bien de nous poser en apologistes de cette noble moscovite qui, dans ce livre hors ligne dont fille a gratifié notre littérature, nous a révélé des vastes et profondes connaissances; mais nous devons dire que ce qui nous a particulièrement frappé dans cet ouvrage, c'est sa profonde connaissance du cœur humain, sa « tristesse évangélique, )) comme dirait La Bruyère, ainsi que le talent brillant (ju'elle déploie dans la description des mœurs, dans l'analyse des sensations et des passions, et dans la peinture des scènes de la nature. Il nous faut signaler encore l'urbanité aristocratique, l'alticisme, l'ironie de bon ton qui percent à chafjue page de cet excellent livre; et en rendant ici cet hommage à l'auteur, nous ne faisons pas un simple acte de flatteuse galanterie, mais un acte de justice et de reconnaissance, pour les émotions douces et passionnées dont on no peut se défendre à la lecture des Pèlerins russes, comme à l'aspect d'une belle statue de marbre antique. »
Nous n'en finirions point si nous voulions enregistrer ici les louanges et lés encouragements qui, de toutes parts, ont récompensé l'œuvre de M"« Bagréeif- Speransky. Les sociétés