ISABELLE
Eh! monsieur, peut-on voir souffrir des malheureux?
DAXDIN.
Bon! cela fait toujours passer une heure ou deux(').
Plus tard, Voltaire, dans son vif ressentiment contre les Parlements, trouve, comme Rabelais, son ancêtre, des accents pour applaudir à leur cliule.
0) Racine, les /'laideurs, acte III, scène iv.
Il écrit à madame de Choiseul : « Je mourrai aussi 5> fidèle à la foi que je vous ai jurée qu'à ma juste » haiue contre des hommes qui m'ont persécuté tant 35 qu'ils ont pu, et qui me persécuteraient encore 3) s'ils étaient les maîtres ! >>
Au lieu de supprimer la question, on tentait de la perfectionner, en faisant souffrir sans tuer !
En 1757, à l'époque du procès fait à Damiens (1), on communiqua à AIAI. Boyer et Foubert, médecins du Parlement, et à MAI. Senac, de la Alartinière , premier médecin, et premier chirurgien du Roi, l'ensemble des procédés de torture usités par toute la France.
Après long et mur examen, on rejeta les procédés d'Avignon (la veglia) et ceux de Dieppe (les grésillons et les flûtes), comme trop dangereux pour la lie.
MM. Boyer et Foubert indiquèrent même un moyen de rendre les brodequins plus efficaces; c'était de laisser un intervalle assez long entre l'application des brodequins et l'enfoncement des coins.
Ce nouveau procédé réussit, dit le précis du procès que nous venons de citer.
L'ouvrage de l'érudit AI. Gosseliu nous donne le récit de la question subie à Rouen (2), le 4 avril 1710, par Guillaume Rigault, condamne à mort pour vol :
« Attaché par les poulces, a crié : A l'aide! je
(') Pièces du procès de Robert Damiens. 1757, in-4°.
(SJ Les Petits Sorciers au dix-septième siècle. Rouen, 1865.
» n'ai rien à vous dire davantage, j'ai dit la vérité; » mon Dieu ! Miséricorde! je suis mort !
» Icelui tombé en faiblesse, est visité par les chi- » rurgiens; ensuite, revenu, a dit : Je n'en sais » davantage. »
Les poids appliqués, a crié : « Miséricorde ! je n'en » puis plus, je n'ai rien à vous dire !
» Après quoi on lui a mis les doigts dans les flûtes, » seulement de la main gauche , d'autant qu'il a la » main droite incommodée à ne pouvoir y être appli- » quée, lors de quoi a crié : Miséricorde! »
Dans le musée de Douai, on conserve encore, dans l'armoire n° 20 (pièces 177, 179, 180) un collier de fer, hérissé à l'intérieur de pointes aiguës; deux appareils composés de plaques de fer, de vis de rappel destinées à comprimer les doigts dans une étreinte douloureuse.
Devant la cour du Parlement, séant à Rouen, en 1788, « Marie Tison était accusée d'avoir coupé » la gorge à son marin; elle est mise à la ques- » lion. Elle est déshabillée et visitée par les méde- » cins et chirurgiens de la cour, qui lui ont trouvé » le pouls dans la plus parfaite tranquillité; lui » ayant fait mettre les pouces dans les grésillons, »a crié : Mon Dieu, que je souffre! mon Dieu, » qu'est-ce que je dois dire, puisque je ne sais rien?
I1) Les Petits Sorciers au dix-septième siècle et la torttir< , par E. (îossclin, archiviste de Rouon. Durand, libraire; 1865.