CHAPITRE HUITIÈME
La décapitation était prononcée contre les nobles. — Jean Desmares, conseiller an Parlement de Paris, est exécuté aux Halles. — Bannissement d'une sorcière à Saint-Quentin. — Ordonnance concernant les mendiants. — Hannequin du Bos, traître au roi, est condamné à être décapité. — Pouvoir donné au prévôt de Paris de faire rechercher et arrêter les meurtriers, voleurs, faux monnayeurs, répandus par tout le royaume. — Ordonnance concernant les prostituées. — Quartiers spéciaux à elles affectés à Paris, à Amiens, à Péronnc. — Leur costume obligé. — Règlement relatif aux malades atteints du mal de Xaples.
- (Années 1383-1690.)
La décapitation était réservée aux nobles condamnés au dernier supplice. Un magistrat eut aussi ce suprême privilège de la noblesse.
Jehan Desmares ou Desmarels, conseiller au Parlement de Paris, soupçonné d'avoir été un des principaux auteurs de la sédition survenue à Paris en 1383, fut, par ordre du roi Charles VI, condamné, à Fàge de soixante -dix ans, à être décapité, ce qui eut lieu ill
L'accusation lui reprochait d'avoir été d'avis de fortifier la ville de Paris, pour la défendre "contre l'armée du Roi, et aussi de s'être élevé trop vivement dans
C1) Bibliothèque impériale (manuscrits S. F. 4749, Parlement de Paris).
les remontrances sur la majorité du roi Charles VI, fixée à quatorze ans.
L'exécuteur Dupré enterra le corps dans un lieu particulier, d'oii les ossements furent transférés, vingt-quatre ans plus tard, dans l'église de Sainte- Catherine du Val des Ecoliers, à Paris, en vertu d'un arrêt du Parlement, obtenu par Hector Desmares, fils du condamné, à la date du 11 mars 1405.
Les sorcières, les mendiants, exploitaient la crédulité et la charité publiques.
Le 21 novembre 1385, arrêt du Parlement de Paris qui prononce confirmation de la sentence de bannissement portée par les maïeurs et éehevius de Saint-Quentin contre une nommée Jehanne, prévenue de sortilège ' .
Une ordonnance du 20 février 1388 porte : « Que » nulz mendians ne soient si ozés ne hardis d'entrer » (Joresnavaut dedans les rues de Paris.
» Item, que nul ne s'entremette de faire questes » et porter requestes pour lesdits mendians, se il n'a » congié du prévost de Paris 2|. »
Le 21 février 1388, malgré la demande en restitution formée par le chapitre de Saint-Quentin en Vermandois 3 , le prévôt de Paris condamne Henné -
(0 La Picardie d'après les manuscrits. Dupray de la Maliérie, éditeur; Paris, 18(55.
' Litre rouge viel du Chastellet (Archives de l'Empire). (J) Registre criminel du Châtelet de Paris,
quin du Bos, « soy -disant bastard de Gommegnies, 5) à estre exécuté comme traître au Roi, c'est assavoir » trayné, décapité ou pillory es haies , et après, le 5? corps mené au gibet et illec pendu. »
Le 20 mai 1389, Charles VI, par lettres patentes données à Paris, investit le prévôt de Paris des pouvoirs nécessaires pour faire arrêter tous murdriers ' ', voleurs, faux monnoyeurs et autres criminels répandus dans le royaume l2), en quelque juridiction qu'ils fussent trouvés, et leur enjoignait d'instruire leurs procès et les livrer aux exécuteurs de la justice, partout où il le jugerait convenable.
Alors Paris et les provinces étaient livrés aux désordres, aux déprédations, aux pillages commis par des bandes de soldats, sans discipline, sans drapeau; par des hordes de mendiants, par des prostituées, compagnes nécessaires et obligées des gens sans aveu 3 .
Depuis longtemps, en France, la prostitution a été regardée comme un danger (/,), et, à ce titre, elle
(*) Livre rouge vicl du Chastellct (Archives de l'Empire, V, 2). — Delamare, Traité de la police , t. I, p. 122.
(*) Depuis le mois de décembre 1859, la direction générale de la sûreté de l'Empire , auparavant concentrée au ministère de l'intérieur, a été remise entre les mains de M. le préfet de police.
(') u Un des premiers actes de Hugues Aubriot, nommé prévôt de Paris, fut d'aller visiter tous les bordeaux de la ville. » (Leroux de Liucy).
(*) L'Eglise n'avait pas alors d'indignation pour le voisinage
63 LIVRK PREMIER.
a toujours été soumise!, en Pranee, à un régime exceptionnel, cl de nos jours encore complètement arbitraire ' ; en Angleterre (et sans plus d'inconvénients que chez nous, paraît-il), elle est exercée en complète liberté.
Les ordonnances de nos rois sur cette matière sont anciennes et détaillées : dès 1259, par l'ordonnance du roi saint Louis, les prostituées, à Paris, eurent divers quartiers assignés à leur métier, savoir : dans la Cité, la rue de Glâtigny; dans l'Université, les rues de Mascon, de la Bouderie'2', du Clos-Breuneau ; dans la ville, les rues Froidmanteau, Robert
des maisons de déhanche. Il fut dit au quinzième siècle que la paroisse Saint-Merry avait intérêt que les bordeaux restassent dans les maisons l'avoisinant , car ainsi ses rentes en valaient mieux. (Archives de l'Empire, section judiciaire.)
1 .M.Vivien, l'austère et regrettable ministre, l'ancien président du conseil d'Eiat, me racontait, en 18i6, qu'après la révolution de 1830, emprunté d'abord au barreau par le parquet d'Amiens, puis bientôt par l'administration, on lui avait présenté à signer, connue préfet de police , des ordres de détention à Saint-Lazare, pour deux mois, contre des fdles soumises, inculpées de contravention. Sur son refus de signer, sans autre examen et explication, de pareils mandats, on lui répondit que les choses ne s'étaient jamais passées autrement depuis les prévôts de Paris, dont il devenait le si honorable continuateur ; et sur la justification à lui faite, d'après les archives remontant au treizième siècle-; M. Vivien se décida enfin à décerner les mandats de détention, lui si dévoué toute sa vie aux idées de liberté. Bibliothèque impériale (manuscrits Delamare, SI).
de Paris, Baillehoé', de Tion, Chapon et de Champfleury ' . Les règlements se succèdent, nombreux et sévères, mais toujours impuissants.
Le 3 février 1368, lettres du roi Charles « défenv dan t. qu'on tienne doresnavant bordeau en la rue » du Chapon, près le cimetière Saint-Nicolas des » Champs'2. » Le 8 janvier 1415, ordonnance du prévôt de Paris « défendant à toutes femmes de vie » dissolue 3 de tenir bordeaux ailleurs que dans les :' rues marquées par saint Louis, savoir : rue Mas- » con, en la Bouderie, en Froidmantel, en Glatigny, » en la court Robert, en Baillehoë, en Tiroin, rue » Chapon et en Champfleury, sous peine d'être bru- » lées d'un fer chauld, tournées au pilori et mises s hors de la ville.
v Défense à elles aussi faite de porter or, argent, » boutonnières d'or et d'argent sur leurs robes. »
C'était, en 1427, un usage commun en France, «que quand une femme avoit battu son mari, il » devoit chevaucher l'asne par la ville'4'. » En janvier 1427, un nommé Arnault étant accusé d'avoir reçu un soufflet de sa femme, il fut ordonné que le
1 Vuir, dans Notre-Dame de Paris, la curieuse et si vraie description de Paris à vol d'oiseau.
* Livre rouge viril du Chastellet.
(*) Livre roiuje vieil du Chastellet de Paris (Archives de l'Empire).
Bibliothèque impériale (manuscrits S. F.. 2, 798).
voisin d'Arnault « chevaucherait l'asne » , au lieu de celui-ci absent.
Nos ancêtres entendaient que la castigatio rfomeslica fut toujours et seulement exercée par des mains viriles.
Dans l'Espagne, en Catalogne et en Navarre notamment, des désordres grossiers étaient grossièrement punis; l'impudeur y vengeait l'honneur conjugal outragé : la femme adultère était, de la tête aux pieds, enduite de pâte, et dans celte pâte on implantait une grande quantité de plumes. Oiseau d'une espèce nouvelle, on promenait ainsi la coupable dans les rues, sans autre voile et sans s'informer si son ramage se rapportait à son plumage.
Les provinces n'avaient pas échappé, paraît-il, à la contagion de l'exemple :
Le 9 décembre 1484, il est décidé « que les tilles » de vie malvaise et dissolute porteront, pour en- » saigne '', en la ville d'Amiens, une aiguillette » rouge de quartier et demi de long sur le brach » dextre, au-dessus du queute, sans qu'elles puissent » avoir mantelles ou failles, pour couvrir ladite en- » saigne, ny porter aussi chaynlurcs d'or ne d'ar- « gent, sur peine de confiscation et de bannisse- » ment. »
A la suite de la débauche viennent les maladies;
(') Registre aux délibérations de la ville d'Amiens.
elles préoccupèrent le législateur : on bannissait, on renfermait, on fustigeait ceux qui étaient atteints d'un mal dont on ne pouvait les guérir; les médecins, d'ailleurs, étaient très-jaloux de leurs privilèges :
.^Décembre 1352. Lettres patentes du roi Jean(I), portant « défenses à tontes personnes aullres que les v médecins de la Faculté de Paris, d'exercer la méde- « cine dans la ville et les faulxbourgs de Paris. »
Les chirurgiens exerçant dans Paris devaient, au préalable , avoir été examinés par les chirurgiens jurés du Chàtelet (2).
Les juifs étaient les dépositaires de la médecine arabe; il importait donc de les accueillir, au lieu de les décourager. Dès 1314, leur justice, refusée à Févèque, avait été adjugée au prévôt de Paris.
Le 11 mai 1391 , « l'Université et le doyen de la « Faculté de médecine de Paris font défense à Macé » Revel, juif, de pratiquer en cette ville la méde- » cine 3 . «
Macé répond : « qu'il est bon médecin et bien m expert, et sont aux juifs toutes œuvres et pratiques n mécaniques lucratives permises, et par espccial, » le Roy a octroyé à l'appelant qu'il puisse pratiquer,
C4) Bibliothèque impériale (manuscrits), coll. Delamare. — Le Chàtelet de Paris. Didier, éditeur.
Ordonnance du rci Philippe III (131 1).
liibliolhèque impériale (manusc.8608), suppl. franc., 5097.
» el mandé au prevost de Paris qu'il le fisl jouir et 5) user de l'octroi du Roy. »
Ce n'élait pas trop des efforts réunis de la science pour prévenir ou soigner des maladies qui se répandaient avec une violence inconnue :
G mars 1496. « Comme depuis deu\ ans le mal a de Xaples a cours en France ■■'■'', et au printemps 55 doit devenir plus contagieux, sera faict cry, de par 55 le Roi, que les forains attaqués de ladite maladie » sortiront de Paris, dans les vingt-quatre heures, 55 hommes el femmes, soubz peine de la hart. 55
En 1510 et 1511 , « Jehan Auxcau , sergent de la 55 mairie de Dijon " , afferme trente livres la maison 55 où se tiennent les filles communes, et il lui est fait 55 remise du prix du loyer, à cause du mal de Naples 55 qui a régné et eu cours, pourquoi plusieurs n'ont 55 fréquenté en ladite maison. 55 A Péronne, le 28 janvier 1518-1519, « il est faict commandement à -> toutes les filles publiques de se retirer dans le lieu » public à usage d'estuves pour elles édifié :i), et ne 5) soient si osées ne hardies coucher, ne tenir resi- ^5 dence hors ledit lieu, si ce n'est de jour, pour
'.') Registres du Parlement de Paris. — Cette décision est précieuse en ce qu'elle assigne avec certitude la date de 1494 à l'invasion eu France du mal de Xaples, que d'autres i'out remouter à une époque antérieure (commencement du quatorzième siècle). Comptes de la ville de Dijon, cités par Alexis Monteil. 11 Registre aux délibérations de la ville de Paonne.
-boire, manger honnestement et sans bruict ' , » scandale ou confusion. Défendons aux hostelaires, » taverniers, cervoisiers de Péronne, vendant vins » et victuailles, de retirer lesdites filles, sur peine de v bannissement, si ce n'est par maladie et autre cas » pitoyable. »
La même ordonnance est, sous les mêmes peines, renouvelée le 11 février 1519,
En 1530, le Parlement ordonna aux gouverneurs de l'Hôlel-Dieu de Paris de pourvoir l'hôpital Saint-Nicolas ( destiné aux pauvres véroles ) des draps ,2 , linges nécessaires, de sorte que plainte ne vienne.
En 1679 : « Ceux qui se trouveront à l'hospital, v attaquez du mal vénérien, ou qu'on y enverra, n'y » seront reçus qu'à la charge d'être sujets à correc- » tion, avant toutes choses'3', et fouettez, ce qui sera « certifié par leurs billets d'envoy. Bien entendu , à » l'égard de ceux-là qui auront gagné ce mal, par » leurs désordre et débauche, et non de ceux qui » l'auront contracté, — comme une femme par son » mari et une nourrice par l'enfant. »
1 Code ou nouveau règlement sur la prostitution dans la ville de Paris. Londres, 1775, in- 12.
M Bibliothèque impériale (manuscrits 8608).
Archives de l'Assistance publique de Paris, citées par M. le directeur Armand Husson (de l'Institut), dans sa remarquable étude sur l'importante administration qu'il dirige si bien.