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Les pensées d'Eugène Smits

réunies sous cette couverture , teintée de ce bleu napolitain qu'aima le peintre , furent trouvées parmi les papiers et les croquis du Maître. Toutes vibrent doucement d'un lointain écho de l'âme candide et haute du grand artiste.

Aussi bien , une belle émotion s'empara des amis de Smits lorsque , une année après son départ pour l'autre rive , ils lurent ces phrases empreintes des rares qualités de son esprit , et surtout de sa bonté ineffable. Ces pensées ravivèrent leurs souvenirs et, un instant, firent réapparaître parmi eux le vieux peintre de 8j ans, doux et aristocratique.

Après l'émouvante lecture de quelques aphorismes et de quelques notations poétiques, — écrits selon la fortune des jours, et sur des feuillets de papier de rencontre, mais contenant des reflets de toutes les préoccupations et de tous les sentiments de Smits, — ses amis, s'enviant le bonheur de posséder ce délicat trésor de tendresse et de sin-

cérité , décidèrent de le faire reproduire. C'est pourquoi une copie , religieusement faite, en fut confiée à un imprimeur, qui en tira un nombre restreint d'exemplaires, destinés seulement aux amis et dévots du grand artiste, et qui ne furent pas livrés au public ♦

Si, quelque jour, malgré cette discrétion, un exemplaire de ce menu livre arrive sur la table d'un étranger , ignorant jusqu'au nom du peintre, celui-là trouvera pour s'instruire l'éloge admirable que fit du maître, son ami Ternand \hnopff, à l'Académie T\oyale de Belgique, et la biographie pleine de foi, de Paul Lambotte, dans L’Art flamand et hollandais. 7/ y lira comment 'Eugène Smits fut un homme enthousiaste el charitable, et comment il devint un merveilleux peintre, dont on peut voir plusieurs tableaux au Musée de Bruxelles , et comment, enfin , au moment de la mort, il n'avait perdu ni la foi, ni l'amour de son art, qui firent de lui un homme dans le sens le plus élevé du mot.

Cet étranger comprendra , dès lors} le culte que les amis de Smits vouent à sa mémoire , et il comprendra l'acte de piété de deux de ses amis qui présidèrent à la réalisation de cette brochure : un grand peintre , et une de ses admiratrices, qui fut la Providence de la vieillesse de Smits, qui adoucit les instants suprêmes de sa vie .

Ces instants survinrent le 4 décembre 1912, peu de jours après qu'il eût écrit à cette fidèle amie, qui lui offrait chaque printemps autant de roses blanches quil avait d'ans, ces phrases où la résignation s'allie au secret espoir : les quatre dernières roses s'effeuillent sur ma table, et je voudrais accompagner la dernière ...

4 décembre 1913.

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