‹ Les pensées d'Eugène SmitsChapitre 2 sur 5 · DIEU EST UN MYSTÈRE POUR NOUS · texte numérisé non relu

DIEU EST UN MYSTÈRE POUR NOUS

incompréhensible, est-ce une raison pour le nier ? Donnez-lui le nom que vous voudrez, tout prouve son existence.

Ü) J'ai parfois le souvenir très net d'un monde plus beau et de séjours hideux : l’imagination n'est peut-être que le souvenir.

® Si j'ai tant pitié des bêtes... c'est que... l'imagination n'est peut-être que le souvenir.

Éije crois à une organisation formidable, aussi formidable que l'univers lui-même, organisation plus belle que celle des abeilles, plus belle que celle des fourmis et celle des castors.

^ Je crois que tout ce qui arrive doit arriver. Je crois à une organisation aussi formidable que l'univers luimême.

® Je plains ceux qui font souffrir plus que ceux qui souffrent, c'est peut-être la fin ou le commencement de

la fin pour ceux-ci, pour les premiers je pense qu'ils auront leur tour.

6Ü L'homme, créature essentiellement bornée, ne pourrait avoir l’idée de biens qui n'existent pas*

ÉÜ) Non, tant d’aspirations vers une vie meilleure, tant d’amour, tant de nobles efforts ne peuvent être perdus.

&U On discutera longtemps encore sur la divinité du Christ, cela me semble peu important, la façon dont il est divin, pourvu que l'on suive ses préceptes.

ÜJ La recherche de l’absolu fait dévier bien des gens de la route de la raison? — On voudrait trouver certaines règles fixes et immuables pour se dispenser de réfléchir. Tel en politique condamne la révolution en général, sans songer que le pouvoir même qu’il veut défendre a la révolution pour origine. — Les peuples comme les individus, à certains moments, veulent la paix à tout prix, c’est que le repos leur est nécessaire; — lorsque

leurs forces sont réparées, ils s'agitent et veulent de nouveau marcher vers le progrès. — Parfois ils ont l'air de faire fausse route, mais qui oserait dire qu’ils n’avancent pas insensiblement vers la perfection possible.

Le malheur, c'est que le monde se divise ordinairement en deux grandes catégories, les gens qui veulent marcher trop vite et les autres qui ne veulent pas marcher du tout. — De là en politique, les transitions violentes et les révolutions sanglantes.

18 Le salut de l’humanité est dans la recherche de la vérité; combien peu d’hommes la cherchent sincèrement. 18 Rien ne se perd, un grain de sable est éternel, s’il disparaît c’est pour se transformer, non pour s’anéantir, et l’on voudrait que l’âme, l’amour, les aspirations les plus élevées soient anéanties à jamais. Le monde n’aurait pas sa raison d’être, nous avons le sentiment de la justice, qui n’existe sur la terre, du progrès qui ici-bas sera toujours limité, ces choses existent donc ailleurs...

fi Quelles belles choses nous verrons un jour !

® Laissez ici toute espérance, alors que l’Espérance est une vertu théologale !

fl Je meurs en croyant à un Dieu créateur, unique ; j’ai de lui une idée tellement grandiose qu’il me semble que c’est une impiété que de dire comment il est. D’aucuns admettent qu’il créa l’homme à son image, se le représentent déjà vieux, avec une belle barbe blanche, appuyant ses orteils classiques sur un nuage. 11 est souverainement bon, étant tout-puissant, la méchanceté est l’attribut de la faiblesse ; pourquoi alors y a-t-il tant de malheureux? Parce qu’on ne voit la vie qu’à un moment.

fi Avec lui je comprends tout, sans lui je ne comprends rien, nous avons l’idée de la justice, elle est bannie de la terre, du progrès. J’ai confiance dans l’avenir de l’humanité, mais ce progrès sera toujours limité, le surhomme est ailleurs...

J’ai vécu et je vivrai encore, je crois fermement en progressant. Je crois avoir vécu dans des abîmes sans lumière, mangé par des êtres abjects, alors que j’en mangeais moi-même, commeMaurice deWaleffe en a vu dans l’aquarium de Monte-Carlo; plus tard, insecte, j’ai été écrasé par le pied d’un promeneur ; cheval, assommé par le manche du fouet d’une brute; oiseau, foudroyé d’un coup de fusil dans la saison des amours... fi O mort, quand tu viendras je veux trinquer avec toi. Pauvre mort! plus malheureuse que ceux que tu viens trouver. Médecin funèbre! consolateur que l’on subit, objet d’effroi pour tous! Tu n’as jamais connu ni enfance ni jeunesse, et le premier visage que tu vis se détourna du tien. Tes yeux sont éteints et ta bouche décharnée, mais tu ne trompes pas ; ton baiser est froid, qu’importe! je veux t’aimer puisque tout le monde te hait...

§3 L’immortalité de l’âme, je suis de cela aussi certain

qu'on peut l'être d'une chose qu'on ne peut démontrer mathématiquement.

Ü9 Je ne coupe plus une branche sans un sentiment pénible, tellement je suis convaincu que tout vit. ill ne suffit pas d'aimer l'humanité, il faut aimer les bêtes, les fleurs, les oiseaux, les plantes, tout ce qui vit. fÜ J 'ai remarqué que presque tous les très braves gens s'éteignent doucement sans douleur. Peut-être ont-ils payé leur tribut dans des existences antérieures... et ont-ils conquis leur grade.

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