‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 26 sur 71 · PEUPLE · texte numérisé non relu

PEUPLE

jLL n'y a qu'un pas du savoir à ignorance » et l'alternative de l'un à l'autre est fréquente chez les nations ; mais on n'a jamais vu de peuple une fois coiiotnpu revenir à la vertu, H *

*8 L*s Pensées

Tout peuple qui a des mœurs , et qni»

par conséquent , respecte les lois , et ne yeut point raffiner sur les anciens usar ges , doit se garantir avec soin des scien- .ces, et sur-tout des savans dont le* maximes sententieuseS et dogmatiques lui apprendroient bientôt à mépriser ses usages et ses lois ; ce qu'une Nation ne peut jamais faire sans se corrompre.

Le moindre changement dans les coutumes , fût-il même avantageux à certains égards , tourne toujours au préjudice des mœurs * car les coutumes sont Ja morale du peuple , et dès qu'il cesse de les respecter , il n'a plus de règle que ses passions ,' ni de x frein que les lois , qui peuvent quelquefois contenir les mèr chans , rJiais jamais les rendre bons.

Généralement on apperçoit plus de vigueur d'ame dans les hommes , dont les jeunes ans ont été préservés d'une corruption prématurée , que dans ceux dont le désordre a commencé avec le pouvoir de s'y livrer, et c'est sai?s doute une des raisons pourquoi les Peuples qui ont des mœurs surpassent ordinairement en bon sens et en courage les Peuples qui n'en pnt pas. Ceux-ci brillent uniquement par je np sais quelles petites qualités déliées ,

qtfih appellent esprit, sagacité , finesse^ mais ces grandes et nobles fonctions de sagesse et de raison qui distinguent et honorent Phomme par de belles actions»

par des soins véritablement utiles, ne se.

Trouvent guère que dans les premiers.

C'est le seul moyen de connoître les véritables moeuw d'un Peuple , que d'é?

tudier sa vie* privée dans les états les plus nombreux ; car s'arrêter aux gens • qui représentent toujours , ce n'est voir que des comédiens.

Toutes les Capitales se ressemblent; tous les Peuples s'y mêlent , toutes les mœurs s*y confondent, ce n'est pas 14 qu'il four aller étudier les Nattons ; Paris, et Londres ne sont à mes yeux que la même Ville. Leurs babitans ont quelques préjuges différens, mais ils n'en ont pas moins les uns que' les autres , et tour tes leurs maximes pratiques sont les mômes. On sait quelles espèces d'hommes doivent se rassembler dans les Cours»

On sait quelles mœurs l'entassement du Peuple et Wnégalité des fortunes doivent par-tout produire. Sitôt qu'on m* parle d'une Ville composée de deux cents mille âmes , je sais d'avance comment °n y vit. Ce que je saurais de plus suc

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les lieux , ae vaut pas la f>eine d'aUer, Papprendr,e. C'est dans les Provinces reculées, où il y a moins de mouvemens, de commerce, où les étrangers voyagent moins , dont les habitans se déplacent moins , changent moins de fortune et d'état, qu'il faut aller étudier le génie et les mœurs d'une Nation. Voyez en passant la Capitale , mais allez observer au loin le pays. Les Erançais^ne sont pas à Paris , ils .sont en Touraine ; les Anglais sont plus Anglais en Merchie qu'à Londres r et les Espagnols plus Espagnols en GaJice qu'à Madrid. C'est à ces grandes distances qu'un Peuple se caractérise, et se,, montre tel qu'il est sans mélange., c'est-là que les bons et le?

mauvais effets du gouvernement se fonç mieux sentir , comme au bout d'un plus grand rayon la mesure des arcs est plus exacte.

C'est le Peuple qui compose le. genre humain ; ce qui n'est pas le Peuple est si peu dexhose.que ce n'est pas la peine , de compter* L'homme est le même dans tous les états: si cela est , les ésats les plus nombreux méritent le plus de rest pect. Devant celui qui pense , il voit les distinctions civiles disparoître , toutes

de J. J, Rousseau, of/

tes mêmes passions , les mêmes senti- **tns dans le goujat et dans l'homme illustre ; il n'y discerne que leur langage et qu'un coloris plus ou moins apprêté :

M quelque différence essentielle les distingue , elle est au préjudice des plus dissimulés. Le Peuple se montre tel qu'il est, et n'est pas aimable, mais il faut bien que les gens du monde se dédain gnent ; s'ils se montroienr tels cJu'iU font , ils feroient horreur.

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