‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 32 sur 71 · LUXE · texte numérisé non relu

LUXE

JLjE luxe corrompt tout , et le riche qui en jouit , et le misérable qui le con*.

voite.

- Ce n'est pas la force de l'or qui asservit les pauvres aux riches, mais c'est qu'ils veulent s'enriehir à leur four , , sans cela ils se roi eut nécessairement le$ maîtres.

P e J. J. R o v s seau. i»r

La vanité et l'oisiveté, qui ont enp.ndré nos sciences, ont aussi engendré fc Luxe. Le goût du Luxe accompagne toujours celui des lettres, et le goût det lettres accompagne souvent celui du Luxe (i).

Le Luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres^ mais s'jjt n'y avoit point de Luxe , il n ? y au r oit ppjnt de pauvres. ,

Le Luxe nourrit cent pauvres danr nos Villes , et en fait périr cent mille dans nos campagnes. L'argent, qui circule entre les mains des Riches et des Artistes pour fournir à leur superfluité , **t perdu pour la subsistance du labou-»

**ttr, et celui-ci n'a point d'habit, précisément parce qu'il faut du galon aux autres. Le gaspillage dts matières qui servent â la nourriture des hommes *' suffit seul pour rendre le Luxe odieux à l'humanité. Il faut du jus dans nos cuisines ; voilà pourquoi tant de malades

(i) A mesure que le Luxe corrompt lef «tours ? dit un Auteur moderne , les sciences les adoucissent, semblables aux Prière* dans Homère, qui parcourent toujours 1* t^rre ù la suite de l'Injustice peur'adouci* le* fureurs de cette cruelle Divinité.

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manquent de bouillon. Il faut des Ur queurs sur nos tables ; voilà pourquoi U,

{>aysan ne boit que de l'eau. Il faut de a poudre à nos perruques ; voilà po*r- «juoi tant de pauvres n'ont pas de pain.

A ne consulter que l'impression la plus naturelle , U sembleroit que, pour dédai* gner l'écfat et le Luxe, on a moins be-, soin de modération que de goûu La symétrie et la régularité plaisent à tous les.

yeux. L'image du bien-être et de la félicité touche le cœur humain qui en est avide; mais un vain appareil qui ne se rapporté ni à l'ordre ni au bonheur , et.

n^a pour objet que de frapper les yeux , quelle idée favorable à celui qui 1 étale, peut-il exciter dans l'esprit du spectateur ? L'idée du goût \ Le goût ne paroît-il pas cent fois mieux dans les choses simples que dans celles qui sont offusquées de richesses ? L'idée de la commodité \ Y a-t-il rien de plus incommode que le faste ? L'idée de la grandeur?

C'est précisément le contraste. Quand Je vois qu'on a voulu faire un grand palais , je me demande aussi-tôt pourquoi ce palais n'est pas plus grand ? Pourquoi celui qui a cinquante domestiques n'en a-t-il pas cent 1 Cette belle vaisselle

d* J* J. Rouss&Atr, i©*f argent , pourquoi n'est-elle pas d'or ?.

Cet homme qui dore son carrosse , pourquoi ne doxe-iiil pas ses lambris 1 Si les lambris sont dorés , pourquoi son toit ne Pest-il pas,?- Celui qui voulut bâtir une haute romyfaisoit bien de la vouloir .

porter jusqu'au Ciel , autrement il eût beau t Pélever , le point où il se fur arrêté n'eût servi qu'à donner de plus loin la preuve de son impuissance.^. O homme petit et vain »' montre-moi ton pouvoir , je te montrerait» miser Cé

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