RICHES» RICHESSE
1 Ous Us Riches comptent l'or avant le mérite. Dans la mise coromupe*!? l'argent et des services , ils trouvent <t<)u>* jours que ceux-ci n'acquittent jamais l'autre, et pensent qu'on leur en doit, de reste , quand on a passé sa vie à les servir en mangeant leur pain.
Les pauvres gémissent sous le joug des Riches, et Us Riches sous le jougdes préjugés*
Richesse ne fait point Riche» dit le roman de la Rose. Les biens d'un homme ne sont point dans ses coffres , nais
dans l'usage de ce qu'il en tire ; car ° a ne s'approprie les choses* qu'on possède que par leur emploi j et les abus s*nt toujours plu* inépuisable^ que les richesses \ ce qui fiait' qu'orne Jouit pa* :
à proportionne sa dépense ^mais à P™- portion qu'on la sait mieux ordonner, r Un fou peut jetteT dfc* lingots dans la,:
mer et «dire qu'il en a joui ; mais quew .
comparaison entre cette .extravagante * jouissance, et celle qu'un homme sage eût su tirer d'une moindre somme ? , - ,
Il n'y a point de Richesse absolue.
Ce mot ne signifie qu'un rapport de surabondance entre les désirs et les facultés de l'homm* riche. Tel est rich« .
avec un arpent de terre , tel^ est gueu* au milieu de ses monceaux d'or. Le dé-. ' sordre et les fantaisies n'ont point de bornes , et font pliw de pauvres que let vrais besoins.
Ne
MEN.DIANS.
I Ourrir les Mendians t c'est con?
twbùer à multiplier les gueux et les vagabonds qui se plaisent à ce lâche métier , et se rendant à charge à Ja sociét
D e J. J. Rousseau, tof té , là privent encore' du travail qu'ils y pourroient faire. Voilà les maximes donc de complaisans raisonneurs aiment à flatter la dureté des riches.
On souffre et l'on entretient à grands frais des multitudes de profession inutiles , dont plusieurs ne servent qu'à corrompre et à gâter les mœurs. A ne regarder l'état de Mendiant que comme' nn métier , loin qu'on en ait rien de pareil à craindre , on n'y trouve que de quoi nourrir en nous le sentiment d'intérêt et d'humanité qui, devroit unir tout les hommes. Si Ton veut le considérer par le talent , pourquoi ne récompenserai-je pas l'éloquence de ce Mendiant qui me remue le cœur et me porte à le secourir , comme je paie un comédien qui me fait verser quelques larmçs stériles \ si l'on me fait aimer les bonnes actions <f autrui , l'autre me porte à en foire moi-même : tout ce qu'on sent à la tragédie s'oublie à l'instant qu'on en sort : mais la mémoire des'malheureux qu'on a soulagés donne un plaisir qui renaît sans cesse. Si le grand nombre des Mendians est onéreux à l'Etat , de combien d'autres professions qu'on en T courage, et qu'on tolère , n'en peut-oâ
ieS Les Pensées,, pas dire autant \ C'est au souverain dç, taire cnsortfc qu'il n'y ait point de Mendians ; mais pour les rebuter de leur profession , faut-il rendre les citoyen* inhumains et dénaturés ? Pour moi, sans savoir ce que les pauvres sont à l'Etat , je sais qu'ils sont tous mes frères , et que je ne puis « sans une inexcusable dureté , 4««* refuserfie foible secour* qu'ils me demandeut. La plupart sont des vagabonds , j'en conviens ; mais je connois trop les peines de la vie pour ignorer par combien de malheurs un honnête homme peut se trouver réduit £ leur sort j et comment puis- je être sûr que l'inconnu qui vient implorer au nom de Dieu mon assistance , et mendier un pauvre morceau de pain , n'est-ce pas ?
peut-être, cet honnête hommme prêt à périr de misère , et que mon refus va ré-t du ire au désespoir 1 Quand l'aumône qu'on leur donne ne seroit pour eux un Recours réel , t'est au moins un témoignage qu'on prend part à leur peine , un adoucissement à la dureté du refus , une sorte de salutation qu'on leur rend. Une petite monnoie ou un morceau de pain ne coûtent guère plus â donner et sont une ^réponse plus honnête qtfun Dfey, vous 04%
ôé j< J. Rousseau. iot iiste $ comme si les dons de Dieu n'étoient pas dans la main des hommes , et qu'il eût d'autres, greniers sur la terre que les magasins des riches \ Enfin * quoi qu'on puisse penser de ces tnfor^ tujiés , si l'on ne doit rien aux gueux qui mendient , au moins se doit- on à soir même de rendre honneur à l'humanité souffrante ou à son image , et de ne jpoint s'endurcir le cœur à l'aspect de set misères S v
Nourrir les Meridians , c'est , disent les détracteurs de l'aumône , former des pépinières de voleurs ; et tout au contraire , c'est empêcher qu ? ils rie le deviennent. Je conviens qu'il ne faut pas encourager les pauvres à se faire Mendians ; mais quand une fois ils le sont »
il faut les nourrir, de peur qu'ils ne se fassent voleurs. Rien n'engage tant à changer de profession , que de ne pouvoir vifre dans la sienne. Or, tous ceux qui ont une fois goûté de ce métier oiseux 9 prennent tellement le travail en aversion , qu'ils aiment mieux voler et se faire pendre , que de reprendre l'usage de leurs bras. Un liard est bientôt demandé et refusé : mais vingt liards auroient payé le souper d'un pauvre , que
io8 Les Penséesvingt refus peuvent impatienter» Q\û «st-te qui voudroit jamais refuser une si légère aumône, s'il songeoit qu'elle pût sauver deux hommes , l'un d'un crime et l'autre de la mort 1 J'ai lu quelque part' que les Mendrans sont une vermine qui s'attache aux riches. Il est naturel que les enfans s'attachent aux pères :
mais ces pères opulens et durs les méconnoissent et laissent aux pauvres le soin de les nourrir*