‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 42 sur 71 · IMAGINATION · texte numérisé non relu

IMAGINATION

AjE pouvoir immédiat des sens estfbifcle et borné : c'est par l'entreprise de

* l'Imagination qu'ils font leurs plus grands

• javages ; c'est elle qui prend soin d'irriter les désirs , en prêtant à leurs objets encore plus d'attraits que leur en âonna

< la nature ; c'est elle qui découvre à l'œil avec scandale ce qu'il ne voit pas seulement comme nud , mais comme devant être habillé. Il n'y a point de vêtement

- si modeste au travers duquel un regard enflammé par l'Imagination n'aille por»

ter les désirs. Une jeune Chinoise , avançant un bout de pied couvert , et chaussé , fera plus de ravage à Pékin que n'eût

.- • de 3. J. Rousseau. 14^/

&it la plus belle iille du monde dansant toute -nue au bas du Taygete.

Malheur à qui n'a plus rien à désirer 1 il perd y pour ainsi dire , tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient , que de ce qu'on espère , et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux, £0 effet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu pour obtenir , a reçu du Ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire »

qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible , qui le lui livre en . quelque sorte , et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus dou« ce , le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparoît devant l'objet même ; rien n'embeilit plus cet objet aux yeux du possesseur , on ne se figure* point ce qu'on voit x l'Imagination ne pare plus rien de ce qu'on possède , Pjl« lusioa cesse où commence la jouissance»

En toute chose l'habitude tue l'imagination , il n'y a que les objets nouveaux qui la reveillent. Dans ceux que Ton voit tous les jours , ce n'est plut l'Imagination qui agit , c'est la mémoire , et voilà la raison de l'axiome as sucûs non fit pauio , car ce A'est qu'au feu,

î44 Les Pensées

de^Mmagiriirïcfc que les* passioift s'al- , lumeatv^'knorrî l ■"**' r l "-'

L'odorat est U sens de l'Imagination» f DdrtSâfef^é^flerîsrirfrôriplireWrt, il doft' 'beaucoup agiter Te cerveau' y t'est potfr SeTa^u'il ranime un hrbment le te&p&raftienkYe? l'épuïie âlà lortgue. Il y tâàtti Pâiiiouî 'des' effets assez connus : le -deux Êàrttm'tPufr cabinet de toilette n'est $ét } lin pieàé aussi foiblë, qu'on pense > è¥ je né Sais s*if'faut féliciter ou plaindre l*homrire sage et peu sensible , que Podéûr des fleurs que sa maîtresse a sur le Sein ne fît jamais palpiter.

■Le soiWènir des objets qui nous ont frappés , les idées que nous avons acquises* y tkms suivent dans la retraite , la peuplent , r m^gré lt nous , d'images plus séduisantes que les objets mêmes ; , et xerldeàt te solitude aussi funeste i celui •tuf les y porte , qûVllë est utile à celui qut s'y maintient toujours seul.

Quoique f Tusagç ordinaire soit d'annoncer par degrés les tristes nouvelles , il y a des îmaoinatiohs fougueuses» qui , «ur tm mot , : p6rtent tout à l'extrême »

avec lesquelles ij vaut mieux suivre une route coritbife et les accabler d'abord »

potir'leur «nénagèr ensuite âes adoucissaient' ■ ' SIGNES.

M . * wmp-gtcq r ? " ' r * ■ ■ > i l i. r

• y -j»:i ,jMM N S S**.»svi .■»!'

UNÊf fcfi'ttreu*'*^ r&tîk ! 3gé est tfemjflpyer 1a ; raison tf en/ nue Vcpmm* *il* Ws^faôtiijnes t n'étoient d ^Tésprîr. Efr TtÉgfifeeant'Jà langue" dés"Sï£nes qol pV* 1enl £ riâàginationYl'çn VAerdirlépIds ^riêrgfyjtfe ; fo* langage*.' LÎm , Wës 1 si<5n de la parole est toujours TOiWre î fH et.l*oa parltf 'àd tttttr ^fâr le* Veux s kiéiTmiéux que j)ar les oreiUesV : ï^ D /]^^nV tout donnrer\ J aû* raisonnement V nou*s aVons réddit en mots nbs préceptes ,n6ua n'avons rien mis dans les actions. Lk , se OÏe /raison', n'est point active'; 1 e N* retjé^t'qu'efquefoi* /rarement elle excite , et jamais elle ne fait rifcn âé grand.

Toujours ïafsonncr est là manie'des-p^titji* esprit». Les'ames fortes, bntbieri un autre' langage; c'est par ce 1 langage qu'on jfemrâde et yy'on fait agir;/ .Dansées siècles moderiîeV, les horrU met n'ont plus de prisé les Uns sur les antres que par la force et pur Vin^éret ; * au lieu qire les anciens agis s'oie ne beà'u- ? coup ^>las par la persuasion, par teVat "fextionf de famé , parce qu'ils ne nigtf^ J.Pattii. N

gcoicnt pas la tangue des Signes. Tout es les conTciitions se p assoient avec solemnité pour les cendre plus inviolables. Dans le goiitetoemeTu , l'auguste j|gpawil d*^ puissance fyypfc ejf>iipo- ^t^ùt sujets. Ôes marques (le dignités, ^uône, unscçptrt ,une robe de pourjpre. V^e'çoufontie, un bandeau* étaient jpoureUx des choses sacries* Ces Signes jre^pectiis leur, rendement vénérable ^l'homme qu'ils en voyoîehX orne : sans «oldats,\$aos menaces* sitôt qu'il pailoit, il itwt ojWi. ' , .

Le Cierge Romain les a très-habilement conservés , et à son exemples quelques républiques , entr'autres , celle de .Venise* Aussi le gouvernement Vénitien > malgré ,1a chute de l'Etat » jouit-il encore ,' sous l'appareil de son antique majesté | de toute l'affection > de toute l^oratïon Au peuple $ 'et après le Pap,e orné de sa tiiiare,il n'y a peu>£tre ni Roi, m Potentat , ni homme au monde aussi respecté que le Doge de Venise , sans pouvoir' ? r sans autorité même , rendu sacté par '-sa. pompe, et paré sous sa couronne Ducale, d'une coëffe de femme* C ette cérémonie du Bucentajire* qui î$t faut rire les sots t f«£pit rofw4^£$|

de 3% ftRétfsfBJtV» , rV palace de Venise tout son sang perur'fle/ Aararieti dé «Ml tyrannique gottrerne-** ment. . . , »

; Ce que les anciens ont faft avec éloquence est prodigieux \ mats cette éloV tfuence ne eonttsroit pas seulement en' beaux discours bien arrangés , et jamais* file n*eur plus d'effet que quand l'orateur parloir le moins. Ce qu'on disoit 1er phis vivement ne s'exprimait pas pair des mots, mais par des Signes ; onneledTsoit pas , on le momroir. l/objet qu'on ex-' pose - aux yeux ébranle l'imagination , excite la curiosité , tient Pesprf* en attente de ce-qukra va dire , et souvent ctt objet seul a tout dit. Tratibule et Tarqum coupant des têtes de pavots »

Alexandre appliquant son sceau sûr la bouche et ton fe^ori , EKbgene mardiant devant Zenon , ne parfoient-tls pas mieux que s'ils avoi entrait de longs dis-»' cours \ Quet cfrcurt de paroles eût aussi bien rendu les mêmes idées ! Darius engagé dans la Scythie avec son armée , reçoit As 1a part du Roi des Scythes uni ofeeau « une çrenouiHe » une souris , et cinq flèches. L'ambassadeur remet son présent » et a*eo retourne sans rien dire.

Oe nos jouet cet boflune eàt passé- pour ^ Na

*4& /jL^s ^P« .**£&*' a

£ôg,,jCcttjB ujrible Apraiigue; fu$ eitte»^

qus de regagner son^pays comme i^f ut»-.

Subsritutz nne*Letrre à ces.Sjga*^7«pV 1 * «lie sera, menaçapLc T Bt : inpjns^e\le f e£-^ ftayeu; ce ne j&era qu'uneiansaraonade.

<ïont pariuï n'eût Tait que» rire, ^b ^ »... . Que d'attentions chez le,s;Rofnarn,s àla langue d^s Signes ! de» vêtçmen^4^ w % selon, J es âges * selon les ç^ridUiqnfj» de» toge^/deR t^ies , des prétextes, 4f?b u L" .

Itrs r des Lcidavcs -, des chaînes v fles,Uc~ leurs., des faisceaux, des haches». .des couronnes d'or , d'herbe^ à 4$ fc u *tt*$ »

des ovations, des rriomphe.s ^ tout c ^ iez eux étoit appareil , .rqpre^ep^atioa , cérémonie , et tout faisoit ijmpjression sur fes cœurs ^les : citoyens. 'U^mportoit i l'Etat que le peuple .s'asseinbtât.en tel lieu plutôt que tel autre , qu'il vît ou ne vît pas.îe Çapitole ; qu'il fût on ne fût pas tourné du côté du Sénat ; qu'il délibérât tel ou tel jour par préférence.

Les accusés changeoient d'habit , les candidats en changeoient ; les guerriers Me vantoient pas leurs exploits , ils montroient. leurs blessures. A la mort de César , j'imagine un de nos orateurs voulant émouvoir le peuple, épuiser tous

Jdb yGoogre

D E J. J. R O [$ S Ë A V. I4JL l«fi4ieux communs de l'art, pour faire une pathétique .description de se* Jjlaies , de son sang , de son cadavre :

Antoine , quoiqu'éloquent , ne dit point tout cela ; il, fait apporter le corps.- Quelle rhétorique!

Page 1