‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 5 sur 71 · ATHÉISME, FANATISME · texte numérisé non relu

ATHÉISME, FANATISME

JL» E spectacle de la nature , si vivant , si animé^pour ceux qui reconnaissent un Dieu f est mort aux yeux de l'Athée ; et dans cette grande harmonie des Êtres où tout parle de Dieu d'une voix si douce 9 il n'apperçoit qu'un silence éternel.

Bayle a très-bien prouvé que le Fana* tisme est plus pernicieux que l'Athéisme , et cela est incontestable : mais ce qu'il n'a- eu garde de dire , et qui n'est pas moins vrai , c'est que le Fanatisme ,quoique sanguinaire et cruel , eît pourtant une passion grande et forte qui élève le cœur de l'homme , qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un essort prodigieux , et qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus ; au lieu que l'irréligion * et en général l'esprit raisonneur et philosophie que arrache à la vie , efféminé , avilit le* âmes, concentre toutes Us passions dans

de J. X Rousseau. ti la bassesse de l'intérêt particulier , dans l'abjection du Moi humain, et sape ainsi à petit bruit les vrais fondemens de toute société : car ce que les intérêts particuliers ont de commun en si peu de chose , qu'il ne balancera jamais ce qu'ils ont d'opposé. Si l'Athéisme ne fait pas verser le sang des hommes , c'est moins par amour pour la paix que par indifférence pour le bien ; comme que tout aille peu importe au prétendu Sage 9

Eourvu qu'il reste en repos dans son cainet. Ses principes ne font pas tuer les hommes ; mais ils les empêchent de naître , en détruisant les moeurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce , en réduisant toutes leurs affections à un secret égoïsme , aussi funeste à la population qu'à la vertu. L'indifférence phi* losophique ressemble à la tranquillité de l'Etat sous le despotisme : c'est la tranquillité de la mort ; elle est plus des* tructive que la guerre même.

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