‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 4 sur 71 · ÉVANGILE · texte numérisé non relu

ÉVANGILE

C . divin Livre , le seul nécessaire 4 Un Chrétien > et le plus utile de tous à

Quiconque même iie le seroit pas , n*a besoin que d'être médité pour porter

• daris l*ame l'amour de son Auteur , et la Volonté d'accomplir ses préceptes. Ja* mais la vertu n'a parlé un si doux langage , jamais la plus profonde sagesse ne S'est exprimée avec tant d'énergie et de Simplicité. On n'en quitte point lalecture sans se sentir meilleur qu'auparavant.

La majesté des Ecritures m*étonne »

la sainteté' de l'Evangile 9 parle à mort cœur. Voyez les Livres des Philosophes avec toute leur pompé : qu'ils sont petits près de celui-là ! Se peut-il qu'un Livre » à la fois si sublime et si sage , soit l'ouvrage des hommes ? Se peut- il que celui dont il fait l'histoire ne soie qu'un homme lui-même / Est-ce là le ton d'un Enthousiaste ou d'un Ambitieux Sectaire ? Quelle douceur , quelle pureté

- daas ses mœurs ! quelle grâce touchante dans ses instructions ! quelle élévation dans ses maximes , quelle profonde sagesse dans ses discours >! quelle présence ' d'esprit , quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ? quel empire sur ses passions ! où est l'homme , où est le sage qui sait agir , souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation! Quand

%o Les Pensées

Platon peint son juste 'imaginaire couvert de tout l'opprobre du crime , et digne de tous les prix de la vertu , il peint trait pour trait Jesus-Christ : la ressemblance est si frappante y que tous les Pères l'ont sentie , et qu'il n'est pas possible de s'y tromper. Quels préjugés , quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le Fils de Sophronisque au Fils de Marie ! quelle distance de l'un à l'autre ! mourant sans douleur , sans ignominie , il soutint aisément jusqu'au bout son personnage , et si cette facile mort n'eût honoré sa vie , on douteroit si Socrate , avec tout son esprit , fût autre chose qu'un Sophiste. Il inventa, dit-on , la Morale. D'autres avant lui l'avoient mise en pratique ; il ne fait que dire ce qu'ils avoiens fait , il ne fit que mettre en leçons «leurs exemples* Aristide avoit été juste avant queSocrate eût dit ce que c'étoit que justice ; Léonidas étoit mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer la Patrie ; Sparte étoit sobre avant que Socrate eût loué la sobriété : avant qu'il eût loué la vertu , la Grèce abondoit en hommes vertueux. Mais où Jésus avoit il pris chez les siens cette Morale élevée

de XL Rousseau. it

et pure , dont lui seul a donné les leçons et l'exemple ? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre, et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate philosophant tranquillement avec ses amis , est la plus douce qu'on puisse désirer ; celle de Jésus expirant dans les tourmens , injurié , raillé , maudit de tout un peuple , est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée , bénit celui qui la lui présente et qui pleure ; Jésus au milieu d'un supplice affreux prie pour ses bourreaux acharnés.

Oui , si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage , la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. Dirons- nous que l'histoire de l'Evangile est inventée à plaisir \ Ce n'est pas ainsi qu'on invente ; et les faits de Socrate , dont personne ne doute , sont mieux attestés que ceux de Jesus- Christ. Au fond , c'est reculer la difficulté sans la détruire : il seroit plus inconcevable que plusieurs hommes d'ac* cord eussent fabriqué ce Livre , qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet.

Jamais des auteurs Juifs n'eussent trouvé ni ce ton , ni cette morale ; et l'Evangile

il Les Pensées

a des caractères de vérité si grands , si (ïappans , si parfaitement inimitables, que l'Inventeur en seroit plus étonnant que les Héros»

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