CAMPAGNE
JLiE travail de (a campagne est agréable à considérer , et n'a rien d'assez pénible en lui-même pour émouvoir à compassion. L'objet de L'utilité publique et privée le rend intéressant : et puis , c'est la première vocation de l'homme ; 11 rappelle à l'esprit une idée agréable , au cœur tous les charmes de l'âge d'or. L'i»
magination rie reste point froide à l'aspect du labourage et des moissons. La simplicité de la vie pastorale et champêtre a toujours quelque chose qui touche» Qu'un regarde les prés couverts de
de J. J* Rousseau. * gens qui fanent et chantent , et des troupeaux épars dans l'éloignement, insensiblement on se sent attendri sans savoir pourquoi. Ainsi quelquefois encore la voix de la nature amollit nos cœurs farouches , et quoiqu'on l'entende avec un regret inutile, elle est si douce» qu'on ne l'entend jamais sans plaisir.
Les gens de ville ne savent pas aimer la campagne ; ils ne savent pas même y être : à peine quand ils y sont , saventils ce qu*on y fait. Ils en dédaignent les. * travaux , les plaisirs , ils les ignorent ; ils sont chez eux comme en pays étranger ; faut-il s'étonner s'ils s'y déplaisent ! <
O tems de l'amour et de l'innocence , où les femmes étoient tendres et modestes , où Us hommes étoient simples et vivoient contens ! O Rachel ! fille charmante et si constamment aimée , heureux celui qui , pour t'obtenir , ne regretta pas quatorze ans d'esclavage !
O douce élevé de Noëmi , heureux le bon vieillard dont tu réchauffais les pieds ' et le cœur ! Non , jamais la beauté ne règne avec plus d'empire qu'au milieu des soins champêtres. C'est-là que les grâces sont sur leur trône , que la sim.
t* Lis Pinsiis
pKcité les pare , que la gaieté les anime f et qu'il faut les adorer malgré soi.
C'est une impression générale qu'éprouvent tous les hommes , quoiqu'ils ne l'observent pas tous , que sur les hautes montagnes où l'air est pur et subtil , on se sent plus de facilité dans la respiration , plus de légèreté dans le corps , plus de sérénité dans l'esprit ; les plaisirs y sont moins ardens , les passions plus modérées. Les méditations
* y prennent , je ne sais quel caractère .grand et sublime , proportionné aux objets qui nous frappent , je ne sais quelle volupté ttanquille qui n'a rien d'acre et de sensuel. II semble qu'en s'élevanr audessus du séjour des hommes, on y laisse tous les ,sentimens bas et terrestres ; qu'à mesure qu'on approche des régions cthérées , l'ame contracte quelque chose de leur inaltérable pureté. On y est grave sans mélancolie , paisible sans indolence , content d'être et de penser ; tous les désirs trop vifs s'émoussent 5 ils per* 'dent cette pointe aiguë qui les rend douloureux ; ils ne laissent au fond du cœur
( qu'une émotion légère et douce , f t c'est ainsi qu'un heureux climat fait servir à la félicité de l'homme les passions qui
de L J. Rousse À u. xt «ont ailleurs son tourment. Je doute qu'aucune agitation violence , aucune maladie de vapeur , pût tenir contre un pareil séjour prolongé ; et je suis surpris que des bains de l'air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de le morale*