‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 71 sur 71 · PENSÉES MORALES · texte numérisé non relu

PENSÉES MORALES

v/N ne peut réfléchir sur les mœurs , qu'où ne se plaise à se rappeler l'image de la simplicité des premiers tems. C'est un beau rivage paré des seules mains de la nature , vers lequel on tourne incessamment les yeux , et dont ou se sent éloigner à regret.

La seule leçon de morale qi\i convienne à l'enfance , et la plus importante a tout âge , est de ne jamais faire du mal à personne. Le précepte même de faire du bien , s'il n'est subordonné â celui-là, est dangereux, faux, contradictoire. Qui est-ce qui ne fait pas du bien ? Tout le monde en fait , le méchant comme les autres : il fait un heureux aux dépens de cent misérables, et de-là viennent toutes nos calamités. Les plus sublimes vertus sont négatives ; elles sont aussi les plus difficiles , parce qu'elles sont sans ostentation , et audessus même de ce plaisir si doux au cœur de l'homme , d'en renvoyer un autre content de nous. O quel bien fait nécessairement à ses semblables celui d'en- IL Partie. M

tu . Les Pensées tre eux , s'il en est un , qui ne leur fait jamais du mal , de quelle intrépidité d'âme , de quelle vigueur de caractère il a besoin pour cela ! Ce n'est pas en rai- .sonnant sur cette maxime, c'est entachant de la pratiquer , qu'on sent combien il es* grand et pénible d'y réussir.

Le précepte de ne jamais nuire à autrui emporte celui de tenir i la société humaine le moins qu'il est possible ; car dans l'état social le bien de l'un fait nécessairement le mal de l'autre. Ce rapport est dans l'essence de la chose et ri en ne sauroit le changer ; qu'on cherche sur ce principe lequel est le meilleur de l'homme social ou du solitaire. Un auteur illustre dit qu'il n'y a que le méchant qui soit seul ; moi je dis qu'il n'y a que le bon qui soit seul ; si cette proposition est moins sententieuse, elle est plus vraie et moins raisonnée que la précédente. Si le mécham étoit seul , quel mal feroit-il ?

•C'est dans la société qu'il dresse ses machines pour nuire aux autres.

• Il faut étudier la société par les hommes , et les hommes far la société : ceux qui voudront traiter séparé ment la politique et la morale , n'entendront jamais ut» à aucune au deux. En s'attachent

DE J. J. R O ÛSSEAlr. 135 d'abord aux relations primitives , on voit comment les hommes en doivent être affectés , et quelles passions en doivent naître* On voit que c'est réciproquement par le progrès des passions qut ces relations se multiplient et se resserrent. C'est moins la force des bras que la modération des cœurs . qui rend les hommes indépendans et libres. Quiconque désire peu de chose , tient à peu de gens ; mais confondant toujours nos vains désirs avec nos besoins physiques * ceux qui ont fait de ces derniers les fonde mens de la société humaine , ont toujours pris les effets pour les causes »

et n'ont fait que s'égarer dans tous leurs raisonnemens.

C'est l'abus de nos facultés qui nout rend malheureux et médians. Nos chagrins * nos soucis , nos peines nous viennent de nous. Le mal moral est incontestablement notre ouvrage * et le mal physique ne seroit rien sans nos vices qui nous l'ont rendu sensible*

Homme , ne cherche plus l'auteur du mal , cet auteur c'est toi-même. Il n'existe point d'autre mal que celui que tu fais et que ru souffres , et l'un et l'autre vient de toi. Le mal général an

Mi

ïj* Les Pensées premier devoir : soyez-le pour tous les* états , peur tous les âges, pourtfout ce qui n'est point étranger à l'homme; Quelle sagesse y a-t-il pour vous hors* de l'humanité V

L'oecasion de faire des heureux est jJîus rare qu'on ne pense ; la punition de l'avoir mariquée , est de ne la plus retrouver,

Malheuf à qui ne sait pas sacrifier un jour de plaisir aux devoirs de l'humanité;

Ce n'est pas d'argent seulement qu'ont besoin les infortunés , et il n'y a que les paresseux de bien faire qui ne sachent faire du bien que la bourse à la main.

Quiconque veut être homme en effet $ doit savoir redescendre. L'humanité coule comme une eau pure et salutaire , et va fertiliser les lieux bas ; elle cherche Toujours le niveau , elle laisse à uc ces rdchéts arides qui menacent la campagne et ne donnent qu'une ombre inutile , ou des éclats pour écraser leurs voisins.

Si c*est la raison <)ùi fart l'homme , c'est le sentiment qui le conduit.

Les grandeurs du rtionde corrompent l'ame, l'indigence l'avilit.

Si la - tristesse atmtàtir Parme , une

fon& aifliciion l'endurcit.

de J. J. RorjssrAù. if*

On perd tout le tems qu'on peut mieux employer.

C'est un second crime de tenir un.

ferment criminel*

Un état permanent est-il fait pout l'homme ? Non : quand on a tout acquis , il faut perdre , ne fût-ce que lé plaisir de la possession , qui s'ute par elle.

Les chagrins et les peines peuvent être comptés pout des avantages , en ce qu'ils empêchent le coeur de s'endurcir aux malheurs d'aurruf. On ne sait pas* quelle douceur c'est de s'attendrir sur ses propres maux et sur ceux des autres.

La sensibilité perte toujours dans l'arae un certain contentement de soi-même indépendant de la fortune et des évéhemens.

Le pays des chimères est en ce mondé le seul digne d'être habité ; et tel est le néant des choses humaines , que hors l'Etre existant par lui-même , il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas*

La i*u*e morale est si chargée de devoirs sévères', que si on la surcharge encore de formes indifférentes , c'est juês'qtJé tcujtfttts aux dépens de l'essentiel. On dit que c'est le cas de la plu-

Mo Les Pensées part des moines , qui , soumis à mille règles inutiles , ne savent ce que c'est qu'honneur et vertu.

Nul ne peut être heureux s'il ne jouit de sa propre estime.

Si la véritable jouissance de l'ame est dans la contemplation du beau , cornment le méchant peut-il l'aimer dans autrui sans être forcé de se haïr lui-même \

Il n'y a d'asyle sûr que celui on l'on peut échapper à la honte et au repentir.

Les mauvaises maximes sont pires que les mauvaises actions. Les passions déréglées inspirent les mauvaises actions :

mais les mauvaises maximes corrompent la raison même , et ne laissent plus de ressource pour revenir au bien.

L'amour-propre est un instrument utile , mais dangereux ; souvent il blesse la main qui s'en sert , et fait rarement du bien sans mal.

L'abus du savoir produit l'incrédulité.

Tout savant dédaigne le sentiment valgaire ; chacun en veut avoir un à soi.

L'orgueilleuse .philosophie mené a l'esprit fort, comme l'aveugle dévotion au fanatisme.

L'intérêt particulier, nous trompe ; il nty a.que l'espoir du just A e qui ue^trompe ^oint.

DE J. J. ROUSS E-A p. 141

Te] est le sort de l'humanité , la raison nous montre le but» et. Us passions nous en écartent.

Tout est source du mal au-delà du nécessaire physique.' La nature ne nous donne que trop de besoins 5 c'est au moins une très-haute imprudence de les multiplier sans nécessité , et mettre ainsi son ame dans une plus grande dépense.

Le premier pas vers le vice est de mettre du -myscere aux actions innocentes , et quiconque aime à se cacher > a tôt ou tard raison de se cacner. Un seul précepte de morale peut tenir lieu de tous les autres ; c'es: celui-ci : » Ne fais , ni ' » ne dis jamais rien que tu ne veuilles .

» que tout le monde voie et enten- » de ; a et pour moi j'ai toujours regardé co.nme le plus estimable des hom* mes ce Romain qui vouloir que sa mai- , son (ùt construite de manière qu'on vît , tout ce qui s'y faisoit.

C'esj le dernier degré de l'opprobre de perdre avec l'innocence le sentiment qui la faisoit aimer/

Il y a des objets si odieux , qu'il n'est pas môme permis à l'homme d'honneur de les voir. L'indignation de la vertu ne peut supporter le spectacle du vice.

T4t Les Pf «si es

Le sage observe le désordre public qu'il ne peut arrêter \ il observe et montre sur son visage attristé la douleur qu'il lui cause ; mais , quant aux désordres particuliers , il s'y oppose ou détourne les yeux , de peur qu'ils ne s'autorisent de sa présence.

Les illusions de l'orgueil sont la source de nos plus grands maux ; mais ta contemplation de la misère humaine rend le sage toujours modéré. 11 tient à la place , il ne s'agite point pour en sortir j il n'use point inutilement ses forces pour Jouir de ce qu'il ne peut conserver , et les employant toutes à bien posséder ce qu'il a , il est en effet plus puissant et plus riche de tout ce qu'il désire de moins que nous. Etre mortel et périssable , irai- je nie former 6ea nœuds éternels sur cette terre , où tout change , cù tout passe t et dont je disparoîtrai demain ?

Travailler est un devoir indispensable à l'homme social. Riche ou pauvre , puis* sant ou foible , tout citoyen oisif est un fripon.

L'homme et le citoyen , quel qu'il toit , ifa d'autre bien à mettre dans la société que lui-même ♦ tous ses autres biens y sont malgré lui ; et quand us

de J. J. Rousseau, mi

homme est riche , ou il ne jouir pas de sa richesse , ou le public en jouir aussi.

Dans le premier cas , il vole aux autres ce donc il se prive ; et dans le second , il ne leur donne rien. Ainsi la dette sociale lai reste route entière , tant qu'il ne paie que de son bien.

La patience est amere , mais son fruit est doux.

Il faut xmt ame saine pour sentir les charmes de la retraite.

Une ame saine peut donner du goût i des occupations communes , comme la santé du corps fait trouver bons les aiimens les plus simples.

Quand le cœur s'ouvre aux passions , il s'ouvre à l'ennui de la vie.

L'esprit s'étrecit à mesure que l'âme se corrompt.

Quand l'imagination est une fois sale , tout devient pour elle un sujet de scandale. Quand on n'a plus rien de bon que l'extérieur , on redouble tous ses soins pour le conserver.

Ce sont nos passions qui nous irritent contre celles des autres ; c'est notre intérêt qui 4<>us fait haïr les méchans ; s'ils ne nous faisoient aucun mal , nous 1 aurions pour eux plus de pitié que de haine*

i44 Les Pensées

Le mat que nous font les médians , nous fait oublier celui qu'ils se font à euxmêmes. Nous leur pardonnerions plus aisément leurs vices , si nous pouvions * connoître combien leur propre cœur les en punit. Nous sentons l'offense , et nous ne voyons pas le châtiment ; les avantages sont apparens, la peine est intérieure. Celui qui croit jouir du fruit de ses vices , n'est pas moins tourmenté que s'il n'eût point réussi ; l'objet est chan- ' gé , l'inquiétude est la même ; ils 9nr 'beau montrer leur fortune et cacher leur cœur, leur conduite le montre en dépit d'eux ; mais pour la voir , il n'en faut pas avoir un semblable.

Les passions que nous partageons nous séduisent; celles qui choquent nos intérêts nous révoltent , et par une inconséquence qui nous vient d'elles , nous blâmons dans les autres ce que nous voudrions imiter. L'aversion et l'illusion sont inévitables , quand on est forcé de souffrir de la part d'autrui le mal qu'on ftroit si l'on étoit à sa place.

PENSÉES

DIS J. J. RofissEAtJ, U1

..fi

; -yt$sgis Diverses. ...:

Eï plaisirs' exclusifs tfoatc la mort du

plaisir. *' * J J ^ . .

* 'S'abstenir pounouic, c'est Wpicuréisme de la raisoni ' -*<••*. . .' ' £ Jamais les cœurs sensibles n'aimèrent iei plaisirs brttyahs , vain et stérile bonrheur des- gens qui ne sentent rien « et qui croient qu'étourdir la vie* c'est «A jouir. * !

-" 1,4 variété des désir* vient de'-ctttriM tonnoissances , et les premiers plaisir* iftPon cwinoît sont long-tems lés séufi îju'oifrtchercne. ' ' ' ^i suprême jctàissamce est dans le conteWmëW ] dèsbl3nfcme. * ' '. -lie* vrais atriusemens sont ceuxqu'oft partage avec le peuple ; ceux qu'on Veut ftvoir'àsô'Pséittvorihele^aplus.

Le plaisir qu'on veut avoir aux yetfk Mes* autres , e*r perdu pour tout le moa r <ie ; on ne Va ni JtouVeu* J ni pour'soî. 1 ' ;

Le ridicule que l'opinion redoute* s#r <tbtrte' chose , est toujours- à côté-d'Vîlle pour la tyranniser, et "pour la punir; Oh f^est jamais ridicule que par des forme*

(déterminées ; celui qui sait varier set sfnratrons et s e s p l a isi rs , efface aujourd'hui l'impression d'hier, , U est comme nul dans' resprit des hommes j niais jl jquit, k car ; il es^ jtou; ^nûer à cjiaqué heure et a chaque chose.

- iChangeonf^4 e , *?At avçc les années , ne déplaçons pas plus les âges que le$ saisons - % il fout ê#é soi. dans tau* les iems , et ne point Juj ter, contre lanafUf fe: ces vains e.fforts, usent la vie , et pous empêchent d'enfer.

On voit rarement les . penseurs se plaire bearçqQu^au, j^jï, qui, suspend cette jiatycude : on la, çomne sur des arides; combinaisons j ?$$*$ V## des biens, et peut être le seul qu'ait produit le gp$t des #MW** » «W ^MPfirffv; un 5 peu cette passion sordide: on aidera miqtyçs'exety fàt à prouves, l'utilité du jeu que^des'y

On n'e^rcurUux q^'à proportion qu'on; ^est instruit, '

. ITignûraucc n'est Un obstacle ni a# bien ni au rpal 4 eJU^est seulement Té taf naturel de l'homme»

L'ignorance n> jamais fait dejnal* ^erreur sçule est £in,e>te , et on ne s*é- &&* point , paççe qufcqjje tait pas si parce qtfon croit savoir., .

,. . , pt 3. P J. Kovïsthv. i^

Naturellement l'homme ne pense gue* *e. Penser est un art qu'il apprend comme tous lés autres et même plus dif&ci<> . lement.

L'esprit non plus quele corps ne porté que ce qu'il peut porter. Quand l'entendement s'approprie les choses avant de les déposer dans la mémoire , ce qu'il en tïre ensuite est à lui. Au lieu qu'è* surchargeant la mémoire^ son insu /on s'expose à n'en jamais rien retirer qui lui Soit propre.

L'abus des livres ttfe la science £ croyant savoir ce qu'on a lu , on se croit dispensé de l'apprendre.

Les livres n'apprennent qu'à parler de ice qu'on ne sait pas.

* Rien ne conserve mieux l'habitude de réfléchir que d'être plus content de soi crue de sa fortune.

Un sot peut réfléchir quelquefois, malt ce n'est jamais qû 9 après la sottise.

Il n'y a qu'un géomètre et un sot qui puissent parler sans figure. l

C'est peu de chose d'apprendre les langues pour elles-mêmes ; leur usage 41'est pas si important qu'on croit ; mais l'étude des langues mené à celle de la grammaire générale. Il faut apprendre*

*4? . L?» jp^NrSjêES

Je, latin pour- savoir Je français ; .H-fort # étudier et comparer l'un et l'autre ,. pour entendre les réglés Jie l'art et de parler, Il n'y a point de vrai progrès de rai-?

son ^iaqs l'espèce -humaine , parce que fout ce qu'on, gagne d'un côré , on le P«rd de l'autre ; .que tous les. esprits parlent toujours du même point 9 et que le jsms qu'on emploie â savoir ce que û^auj- Jres.ont pensé» étaiu perdu pour appren-

{Ire à penser à spi^jnême , on a plus de umieres acquises et moins de vigueur d'esprit. Nos esprits, .spnt comme no* iras exercés à touj fairç avec des outils, et rien par eujc- jnêmes. \ t * . \ C'est unexhoie .bien commode que là critique ; car ou l'on attaque avec uç mot, il- faut des pages, pour se défendre»

Il y a peu de phrases qu'on ne puisse rendre absurdes en lés isolant. Cette manœuvre a toujours été le talent des critiques subalternes ou envieux.

• Il y a une gentjllcsse, de style , qui' f n'étant point naturelle , ne vient d'ellemême à personne , et marque la prétention de celui qui s'en sert.

Tout observateur qui se pîque d'esprit est suspect. Sans y songer , il peur sacrifier la vérité des choses à l'éclat des

de J. J. Rousseau. m* pensées , et faire jouer sa phrase aux dépens de la justice*

Il y a xun certain unisson d'ames qui s'apperçoit au premier instant , et qui produit bientôt la familiarité. -

Le penser mâle des araes fortes leur donne un idiome particulier ; 'et les âmes communes n'ont pas la - grammaire de cette langue.

La véritable politesse consiste à marquer de la bienveillance aux hommes.

Le plus lent à promettre' e*t toujours lé plus fidèle à tenir.

C'est un excellent moyen de bien voir les conséquences des choses , que de sentir vivement tous les risques qu'elles nous font courir.

f ' Quelquefois le mystère a su tendre son voile au sein de la turbulente joie er du fracas des festins.

Plus le corps est foible , plus il corn* mande; plus il est fort» plus il obéir»

Toutes les passions sensuelles logent dans des corps efféminés ; ils s'en irritent d'autant plus , qu'ils peuvent moins le satisfaire.

La gourmandise est le vice des mœurs qui n'ont point d'étoffe.

L'iugratitude serott plus rare , si les

Ni

150- Les Pensées bienfaits à usure étoient moins com* inuns. On aime ce qui nous fait du bien j c'est un sentiment si naturel : l'ingratitude n'est pas dans le cœur de l'horaïne , mais l'intérêt y est : il y a moins «l'obligés ingrats , que de bienfaiteur»

intéressés. Si vous me vendez vos dons , |e marchanderai sur le prix; mais si voue feignez de donner , pour vendre à votre mort, vous usez de fraude. C'est d'être gratuits qui les reed inestimables.

Le cœur ne reçoit des lois que de lui* même; en Voulant l'enchaîner on le dégage , on l'enchaîne en le laissant libre.

-, On peut résister à tout , hors à la bienveillance , et il n'y a pas de moyen plus sûr d'acquérir l'affection des autres»

que de leur donner la science.

Que ceux qui nous exhortent à faire ce qu'ils disent , et non ce qu'ils font , disent une grande absurdité : qui ne fait pas ce qu'il dit, ne le dit jamais bien»

car le langage du cœur qui touche et persuade , y manque. /

Les cœurs qu'échauffe un feu céleste / trouvent dans . leurs propres sentimens une sorte de jouissance pure et délicieuse «dépendante de la fortune ou du reste de l'univers.

de J. J. Rousseau. i$*

Il n'est pas dans le cœur humain de pe mettre à la place des gens qui sont plus heureux que nous , mais seulement de ceux qui sont pU» à plaindre.

On ne plaint jamais dans autrui $ue des maux dont on ne se croit pas exempt soi-même. -■

Les consolations indiscrètes ne font qu'aigrir les violentes afflictions.

C'est sur-tout la continuité des maux qui rend leur poids insupportable, et l'ame résiste bien plus aisément aux yi« yes douleurs qu'à la tristesse prolongée.

' Un cœur malade ne peut guère écouter la raison que par forgane du sentiment.

Quand l'amour est insinué trop avant dans la substance de l'ame , il est bien difficile de l'en chasser , il en renforce et pénètre tous les traits comme une éaii forte et corrosive.

Le jargon fleuri de la galanterie tit beaucoup plus éloigné du sentiment que le ton le plus simple qu'on puisse prendre.

Louer quelqu'un en Face , à moins que ce ne soit sa maîtresse , qu'est-ce faire autre chose , sinon le taxer de vanité ?*

Tout est plein de ces poltrons adroits qui cherchent , comme on dit , à tâtejf

jji Les PiKsiss Jcur homme , c'est-à-dire , à découvrir quelqu'un qui sôit encore plus poltron qu'eux , et aux dépens duquel ils puissent se faire valoir.

L'opinion reine au monde n'est point soumise au pouvoir éks Rois , ils sont eux-mêmes ses premiers esclaves.

Pour ne rien donner à l'opinion , il ne faut rien donner à l'autorité , et la plupart de nos erreurs nous viennent bien moins de nous qtie des autres.

Rien ne rend plus insensible à la raillerie que d'être au-dessus de l'opinion.

On ne s'ennuie jamais de son état * quand on n'en connoîr point de plus agréable. De tous les hommes du monde , les sauvages sont les moins curieux r tout leur est indifférent : ils ne jouissent pas des choses , mais d'eux , ils passent 4 leur vie à ne rien faire , et ne s'ennuient jamais.

L'homme du monde est tout entier dans son masque. N'étant presque jamais en loi-rnême » il est toujours errait* ger et mal à son aise , quand il est forcé d'y rentrer. Ce qu*il est n'est rien , ce qu'il paroît est tout pour lui.

L'honnête homme du monde n*est point celui qui fait de bonnes actions »

mais cehii qui dit' de belles choies»

de J. J. Roussi Ahr. *** . C'est dans les appartenons cteésjqu'un écolier va prendre les f a*rs du «ronde ; mais le sage en apprend ks mystères dans la chaumière du pauvre. » > : ■■,-- Unt des choses qui rendent les prédications le plus inutiles ; est qu'on le?

fait indifféremment. à tôurJe morfde sans discernement et sans chobc* Commed peut-on penser qae'le mê^rn* sermon convienne à tant dtauditéurs si diverse* ment disposés , si différais d'esprits, d'humeurs , d'âges , #e sexes, d'états et d'opinions ? Il n'y en a peut-être pat tîeux auxquels ce qu'on dit à tous puisse être convenà&le ; et toutes irosaffeç* tiorts ont si peu de constance ♦ qu'il n'y to peut-être pas deux motnefls dans la vit de chaque homme , où le même discourt fit 'sur lui la même itnpra&km.

Les récompenses sont prodiguées ag bel esprit , et la vertu reste -sans hbnjfi'euV.t II y a mille' prix pour les beaux discours , aucun pour les belles- actions.

Les anciens politiques partaient sans cesse des mœurs et des vertus ;«- les nfo très ne parlent que de commerce et ■d'argent. i

La liberté n'est dans; aucune forme* de

**4 .iLts PÉ'NSir^ gouvernement *. die est dans le ccBtftcfe l'homme . libre , il la porte par-tout $ avec lui l'homme vil porte par-tout la servitude* .

- Etre pauvre sans être libre , c'est le pire état où l'homme puisse tomber.

> Le démon de la propriété infecte tout et qu'il touche.

i II n'y -a point d'association plus coffleaune* que celle du&stc et de la lésine»

, Par- tout où Fon substitue l'utile à l'agréable , . l'agréable y gagne presque toujours.

* Quiconque jouit de la santé et ne manque pas du nécessaire , s'il arrache de «on cœur les biens de l'opinion est allez riche . : c'est Ymirta rnediocritas d'Horace*

Jamais hotma* sans défauts eut-il 4e grandes venus.

Dans le Nord * les homme* consomment beaucoup sur un sol ingrat ; dans le midi * ils consomment peu sur un sol fertile. Deilè naît une indifférence qui rend les uns laborieux et les autres conr templatifs. La société nous offre en même lieu l'image de ces différer** ces entre les pauvres et les riches*

Dfc X J. R'oijsSETA*. tj»

tes premiers habitent le sol ingrat , et les autres le pays fertile;

Je n'ai jamais vu dénomme ayant dm la fierté dans l'ame , en montrer dans soi* maintien. Cette affectation est bien plan propre aux âmes vile* et vaine*.

* Le meilleur mariage expose à des hasards ? et comme une eau père et calme commence à se trouble» «au» approches de Forage , un coeur timide et chaste De voit point sans quelque alarme 1*> prochain changement de sort état.

Une Jtoiuie mère s'amuse pour amuser •es enfens y comme la colombe amollie dans son estomac le grain dont elle veut nourrisses petits.

l! Ile y a de la peine et non du goût & troubkr l'ordre de la nature* v i luiarran icher.èei productions involontaires qu'elle $k»nne à regret dans sa malédiction , et qui , n'ayant , ni qualité , ni saveur , ne peuvent ni nourrir l'estomac , ni flatter le palais. Rien n'est plus insipide que les primeurs ; ce n'est qu'à gtands frais qu'un tel riche de Paris , avec ses fourneaux jet ses serres chaudes , vient à bout de Ravoir sur sa table que de- mauvais légumes et de mauvais fruits^Sij'avois'des -cerises quand il gêk ^ et des nulonsara*

Mi au <a*ite<U l'toer , àvecquelpUï?

sir les goûrerois-îje , quand mon palaU «V besoin lé^r* humecté- ni rafraîchi !

Dam; Us a<dtur« de Ja canicule le lourd marron ;i*e> sefiota'ii fort agréable lie préféreroi$?$e -sortant de la poêle ^ a la 4$rd»«.iUe » à la fraise. , et aux fruit* dé- «aîtérans qui noe sont offerts sûr la tetce sans tant desojn* l Couvrir sa cheminée au mois, de, janvier de végétations* foicées »• <t* fleurs pâles, et sans odeurs 9 c'est moto&.paœr l'hiver que déparer le printeme; c'estns'ôter lé plaisir daller xlans le bois, chercher la première violette , épier le, premier, bourgeon* et s'écrier dans un saisissement de joie, : Montels i vous «'êtes pas abandonnés.» la nature v& encore, |. , t

..Combien: d'iUmttes portes ont- d& Suisses ou portiers qui nfentejident qiie par. gestes , et dont les oreilles sont dans leurs mains* . <

JLa comédie: doit représenter au natrf.

*el les mœurs du peuple pour lequel elle *st faite , afia qu'jl s'y corrige de ses vices et de s&$ défauts , comme on 61% «levant un miroir les taches Je son visagèl , Le *pectajcle du.monde t disoit Pydwgore » ressemble à celui dés jtuc

olympiques*

de /. J. Rousse aï. 157 olympiques. Les uns y tiennent boutique, *t ne songent qu'à leur profit; les autres y panent de, leur personne »

cherchent la gloire ; d'autres se contenu tent de voir les jeux, et ceux-là ne sont pas les pires.

Les Orientaux, bien kjue v très- voluptueux 1 sont tous logés et meublés simplement. Ils regardent la vie comme un voyage , et leur maison comme un cabaret. Cette raison prend peu sur nous autres riches , qui nous arrangeons pou» vivre toujours.

JLa richesse endurcit le cceur aussibien que le corps ; elle accoutume au sang 9 â la cruauté. On a fait Diane ennemie de l'amour , et l'allégorie est trèsjuste ; les langueurs de l'amour ne nais* sent que dans un doux repos : un violent exercice étouffe les senrimens tendres.

Dans les bois > dans les lieux champêtres 9 l'amant , le chasseur sont si diver»

sement aftectis , que sur les mêmes objets ils portent des images toutes différcrites. Les ombrages frais, Us bocages , Ies-4ouxasyles du premier , ne sont pour l'autre que de* viandis, des forts , de* remises , où l'on n'entend que rossignols, ejucjranvtger» l'autre se figwe Jes cofs ); U. Partit.

t les cris des xfciens ; l'un (rimtgfre "> iue dryades et nymphes , l'autre pt* ' queurs , meutes et chevaux, '

L'abus de la toilette n'est pas ce qu'on )eose, il vient bien pto d'ennui qui* de ' /anîté. Une femme qui passe six heures \ sa toilette , n'ignore point qu'elle ne ort pas mieux mise que celle qui n'y passe qu'une demi-heure; mais c'est au- .

tant de pris sur l'assommante longueur '•»' < datems, et il vaut mieur s'amuser de '■* sot 'que de s'ennuyer de tout. * • '

La langue française est * dit- on , Ja I plus chaste des langues; Je la croîs 9*101, la «»lus obscène : car il me semble que 4a chasteté d'une langue ne consiste pas à ' éviter avec soin les tours déshonnéres 9 « mais a ne les pas avoir. En effet , pour letj éviter * il faut qju l on y pense); -et il i n'VtS point de langue où il soit plus difficile de parler purement en. tout senti que la française. Le lecteur toujours plud habile a trouvée de sens obscène^ , *que J'auteujr à les écarter, se scandalise et s'effarouche de tout. Comment ce qui ..

passe par des oreilles . impures nc'coa-' .

trac terbit-il pas leur souillure ! Au con* T ï traire i un peuple de bonnes mœurs a de* « 5 1 Serines propres pour touttt choses ; et i>

H& 3. Jr |L<}US%EAU. l$/

; cft termes sont toujours honnêtes > parce qu'ils sont toujours employés boa- .nêtement. ! , :

Consultez le goût des Çemmes dans les ; choses physiques, et qui tiennent; au ju* : gemem des sens ^ celui des, hommes daqs ,îes choses morales, et qui ^pendent plus de renundeme^t* Quand les femmes, seront ce qu'elles doivent être , elles se .borneront aux choses de leur compétence-, jugeront toujours bien ; mais depuis qu'elles se sont établies les arbitres .de la littérature, depuis quelles se sont mises à juger les ; livres^ et en faire â .toute force» eïjej ne se connaissent plu* â rien. Les auteurs qui consultent les sauvantes sur leurs ouvrages » spnt toujomi iûrs d'être mal conseillés ; les gàlans qui les consultent sur leurs parures > sont tou»

jours ricjiculement mis.

. La^ meilleure manière d'apprendre i, bien juger , est celle qui tend le plus à simpli^er 09s expériences > et à pouvoir mêmc N fipus. ^n passer sans tomber dans Terreur., p'où iî suit qu'après avoiç long.

Jem* ^érifjé les' rapports des sens Tua par Paurre , il faut encore apprendre à vérifier les rapports de chaque sens par lui-même, sans avoir besoin.de recourir

s do Lés Pensées ' à un auttc Jens ; alors chaque sensatïé* deviendra pour nous une idée, et cette idée fera toujours conforme i la vérité»

. On croit que la physionomie n'est qu'un simple développement des traita déjà marqués par la nature. Pour moi rje penserois qu'outre ce développements "les traitt du visage d'un; homme viennent insensiblement à se former < et "prendre de la physionomie par l'impression fréquente et habituelle de certaines actions de rame. Ces affections se martntemysur le visage % rien n'est plus certain -, et quand elles tournent en habittf- ^es f elles, y doivent laisser des impret* irions durables. Voilà comment je commis que la physionomie annonce le caracte- W, et qu'on peut quelquefois juger dfe l'un par 1 autre , sacs aller chercher des explications mystérieuses , qui supposent àes connoissances que noua n'avons pas. i - J J Pou* vivre dans le monde , il faut sa* voir traiter avec les homniès; il faut cou* noître les instrumcns qui donnent prise sur eux, il faut calculer l'action et réas> lion de l'intérêt particulier dans la *o* ciété civile , et prévoir si juste les évétiemcns , qu'on soit rarement tttVBfi

r Dfc J. J. Rousseau, idr

lans ses- entreprises , ou qu'on ait du moins toujours pris les meilleurs moyens t)our réussir.

L'attrait de l'habitude vient de la paresse naturelle â l'homme, et cette paresse augmente en s'y livrant : on fait pli» aisément ce. qu'on a déjà fait , la 'route étant frayée devient plus facile à suivre. Aussi peut-on remarquer que)

, l'empire de l'habitude est très-grand sur les vieillards et sur les gens indolens * très-petit sur la jeunesse et sur les gens vifs. Ce régime n'est bon qu'aux âmes fbibles , et les affaiblit davantage de jour en jour. La seule habitude utile aux eufans est de s'asservir sans peine a la nécessité des chose* r •* la seule habitude utile aux hommes , est de s'asservir sans peine â la raison* Toute autre habitude est un vice*

L'existence des êtres finis est si pan* vre et si bornée 9 que quand nous ne voyons que ce qui est» nous ne sommet jamais émus. Ce sont les chimères qui ornent les objets réeh ; et si l'imagination n'ajoute un charme à ce qui nous

trappe , le stérile plaisir qu'on y prend

te borne à l'organe , et lafye toujours le

cetur froid*

' Epitaphè de J. J. 'Rousseau dé J Genevi tt 1 âgé de y o ans. Décédé k j /ux7/et 1 7 88i I

^ Ci-£Ît Rousseau , dont la 'philosophie * . I * N'eût fait de l'univers qu'une vaste prairie , . Oti les humains , dans un état nouveau , , !

Auroient tranquillement brouté Phcrhe fleurie ;

Tandis que lui, par triodes tie',' Se réservoir le 'soin 4e ce nombreux troupeat

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