‹ Les pensées de Mme de WarensChapitre 12 sur 37 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

"De V immortalité de lame.

a Oui Platon, tu dis vrai, notre ame est immortelle ;

u C'est un Dieu, qui lui parle, un Dieu qui vit en elle.

u Eh ! d'où viendroit sans lui ce grand pressentiment,

" Ce dégoût des faux biens, cette horreur du néant?

" Vers des siècles sans fin je sens que tu m'entraînes ;

" Du monde et de mes sens je vais briser les chaînes ;

tt Et m'ouvrir loin d'un corps dans la fange arrêté

" Les portes de la vie et de l'éternité. „

L'homme qui ne voit rien au-delà de lui, doit être bien à plaindre. Quel est son espoir dans l'infortune ?

J'aime à promener d'avance mon ame dans l'espace de l'éternité ; cette idée consolante flatte mon cœur ; et quelles que soient mes adversités, mon ame vole au loin vers le bonheur qui l'attend.

Celui qui ne voit dans notre ame qu'un résultat d'organisation qui n'est plus rien dès que le corps a perdu le mouvement, deshonore l'humanité. Ce sistême impie ne laisse à l'infortuné que le désespoir pour ressource, il autoriseroit le vicieux à murmurer contre

les loix, et l'idée du néant feroit le malheur de la société.

Tout ce qui existe dans la nature nous annonce un être au-dessus de nous ; jugeons par les biens qu'il nous fait, de ceux que nous prépare sa bonté.

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