‹ Les pensées de Mme de WarensChapitre 14 sur 37 · AMÉDËE DOPPET, DE CHAMBÉRY · texte numérisé non relu

AMÉDËE DOPPET, DE CHAMBÉRY

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MADAME DE WARENS Amédée Doppet, de Chambéry

Ces Pensées ne sont probablement pas de Madame de Warens ; insérées à la suite des Mémoires, elles ont été, comme eux, mises en œuvre par Amédée Doppet qui, cependant, dans une lettre, datée de Chambéry, de 1785, prétendait avoir retrouvé le bréviaire de Mme de Warens. En publiant ces Pensées, Amédée Doppet les avait corrigées et augmentées ; depuis, Arsène Houssaye en a fait de même, dans son livre les Char -mettes. Le texte, qui précède, est le seul conforme à l'édition publiée par Doppet, en 1785. S'il est difficile de reconnaître ce petit monument de Ma-

dame de Warens, sous le badigeon de son premier éditeur, ces Pensées n'en présentent pas moins un très curieux ensemble des idées reçues, à Chambéry, au xvme siècle, parmi la bourgeoisie éclairée, en admettant, même, qu'elles soient complètement du crû de Doppet. « Il lui tomba, dit Arsène Houssaye, au sortir du collège, les papiers de Madame de "Warens ; cette bonne fortune lui fit croire qu'il allait devenir célèbre comme Rousseau. » Il n'en est rien. Les Mémoires de Madame de Warens prouvent, à première lecture, que Doppet ne savait aucun détail de la vie de la baronne, à part ce que les Confessions venaient d'en révéler. Il est reconnu que les dépositaires du manuscrit de Rousseau n'osèrent d'abord publier qu'une partie des Confessions, les six premiers livres, intitulés : les Confessions de J. -J. Rousseau , suivies des rêveries du promeneur solitaire, Genève, 1781-1782, 2 volumes in -8°. Le V" livre (1 732- 1736) donne le récit de la période d'épreuves et d'inconsistance, qui dura jusqu'à l'arrivée du philosophe à Paris. C'est précisément dans ce livre qu'il a illustré les

Charmettes, habitées avec Madame de Warens. Or, les faux Mémoires de Doppet sont datés de 1785 ; éditée à Berne, et non à Chambéry comme l'indique le volume, par Hugot de Basseville, cette supercherie littéraire semble avoir été mise au jour pour profiter de la vogue qui accueillit les Confessions, à l'apparition des six premiers livres. Dénué de toute vérité historique, le factum de Doppet, comme beaucoup d'autres publiés depuis, a la prétention de charger la mémoire de Jean-Jacques. La vérité, de nos jours, a repris tous ses droits. Pour rendre l'imposture plus complète, un frère de Doppet, Claude-Antoine, commit les Mémoires de Claude Anet, insérés dans le même volume, pour servir de suite à ceux de Madame de Warens. Arsène Houî dit qu'ils suivirent ces derniers chez l'épicier. Le volume in-8°, de 1785, qui les contient tous deux, est à la vérité devenu très rare. Le seul exemplaire, dans le commerce, que j'ai pu en obtenir, en 1884, m'a été fourni par le libraire Ottomar Beyer, de Prague. Quant à l'ouvrage

Vintzenried, ou Mémoires du chevalier de Courtille ; Lausanne, ij86, in-12, parle même Amédée Doppet, il m'a été complètement impossible d'en consulter un exemplaire. Je m'en console, ayant retrouvé, en partie, la correspondance du perruquier bernois ; les documents, inédits pour la plupart, publiés à la page 159 de ce livre, présenteront les agissements du sire sous leur véritable jour, jusqu'en janvier 1754. Ecrivain fécond, Amédée Doppet fut un grand Français, un esprit actif, un militaire courageux. Au début de la Révolution, son ouvrage : Etat moral, physique et politique de la Maison de Savoie, avec une esquisse de portraits de la Maison régnante, Paris, 1 791 , in-8°, motiva la condamnation à mort de l'auteur, qui assista d'une fenêtre de galetas, à Chambéry, à sa pendaison en effigie. Dès le 23 octobre 1792, nous le voyons présider l'Assemblée nationale des Allobroges. Sa conduite, au siège de Lyon, comme général en chef, fut excellente. Il faut donc lui pardonner sa pitoyable publication des Mémoires de Madame de Warens. S'il fut injuste à

l'égard de Rousseau, la postérité le fut aussi pour lui. Personne, à Chambéry, ne connaît Doppet ; nul monument ne rappelle son souvenir. Seule une rue, peu fréquentée, porte son nom. Comme Athènes, Chambéry frappe de l'ostracisme de l'oubli ses plus glorieux enfants.

Ouvrons le livre de Jules Philippe, Les Gloires de la Savoie, chapitre IV, XIV, pages 64 à 66, édité à Paris, chez Clarey, en 1863 ; il nous fera connaître Doppet :

« Quelque temps après que la Révolution française eut commencé à ébranler le monde, les Alpes devinrent un des remparts de la jeune République ; la vieille Allobrogie retourna à la Gaule, et toutes deux marchèrent unies dans la victoire comme dans les revers. Le sang savoyard arrosa tous les champs de bataille de la République et de l'Empire, et partout nos robustes montagnards se montrèrent jaloux de conserver la réputation de bravoure que leurs ancêtres s'étaient acquise.

« Le premier capitaine que fournit la Savoie dans cette époque mémorable fut le

général DOPPET, né à Chambéry en 1753.

Après s'être engagé dans un régiment de cavalerie française, Doppet, dégoûté du service militaire, alla à Turin où il fit son cours de médecine. Etabli ensuite à Paris, il prit une part active à la grande question soulevée par Mesmer et qui agitait alors les savants, celle du magnétisme animal. La Révolution éclata, et Doppet, qui avait fixé sa résidence à Grenoble, embrassa avec ardeur les principes démocratiques ; il partit pour Paris avec Aubert-du-Bayet, et bientôt il devint un des membres les plus actifs du club des Jacobins qu'il présida plusieurs fois.

t Doppet travailla plus que tout autre à préparer la réunion de la Savoie à la France, et lorsque l'Assemblée nationale décréta la formation de la Lésion franche des Allobroges, il fut nommé lieutenant-colonel de cette troupe que Bonaparte eut plus d'une fois sous les yeux et qu'il qualifia souvent du titre d'excellente. Protégé par son parti politique alors à la tête du gouvernement, et grâce à sa bravoure éprouvée, notre jeune

D'après le tableau de P. Biteui, Lebi-au sculp.

Fac-cimile réduit de 1/108 environ.

compatriote franchit avec rapidité les degrés de la hiérarchie militaire, et il assista au siège de Toulon en qualité de général de brigade. Puis il passa au commandement de l'armée des Alpes et fut chargé de faire le siège de Lyon comme général en chef.

« On connaît le sort de cette malheureuse ville, dit un biographe de Doppet ; mais ce que l'on ignore, c'est que Doppet, ardent sans-culotte, loin de prendre part aux atrocités commises par les Couthon, les Collot-dTïerbois et autres, contre les Lyonnais, sauva la vie à plusieurs de ces derniers au péril même de la sienne.

« Doppet se vit ensuite investi du commandement en chef de l'armée des Alpes, et successivement de celle de Toulon et de celle des Pyrénées-Orientales ; enfin, la chute des Jacobins le surprit dans les deux Cerdagnes, où il était allé remplacer le général Dagobert et où il avait obtenu quelque succès. Il tomba avec son parti ; ardent républicain, il ne voulut pas pactiser avec ceux qu'il regardait comme des réactionnaires ; il se retira de la scène politique

et mourut à Aix en 1800. Doppet brilla plus par sa bravoure que par ses talents militaires, mais il n'en doit pas moins être compté au nombre des hommes remarquables qu'enfanta la Révolution, au nombre de tous ces jeunes généraux, la plupart improvisés, qui montrèrent, au premier jour de bataille, autant de sangfroid, de courage et d'expérience que des chefs vieillis dans les camps.

a Doppet a publié une assez grande quantité d'ouvrages scientifiques et politiques. Ses Mémoires politiques et militaires, qu'il fit imprimer en 1797, ont été reproduits dans la Collection des Mémoires de la Révolution française, en 1824. ))

Un autre Savoyard, Michaud, dans sa 'Biographie universelle, ancienne et moderne, tome onzième, Paris, 1852, retrace ainsi la vie du biographe de Mme de Warens:

(( Doppet (François- Amédée), né à Chambcri, en mars 1753, s'enrôla fort jeune dans un corps de cavalerie, d'où il passa dans les Gardes françaises. Après trois ans de service, il reprit ses études et se fit recc-

voir docteur en médecine à l'Université de

Turin. N'ayant pas réussi à la Cour, où il avait cherché à se faufiler, il voyagea en Suisse, visita Paris et publia des livres de médecine, des romans et des poésies, qui n'eurent et ne méritaient aucun succès. II écrivit contre le magnétisme, essaya de se faire connaître par des idées singulières, et montra dans tous ses ouvrages beaucoup de tendance vers les principes républicains. Doppet, au commencement de la Révolution française, s'établit à Grenoble, et les démocrates de cette ville firent imprimer, à leurs frais, plusieurs de ses discours où, dans un style qui a quelquefois des mouvements heureux, il déclamait en faveur des opinions dominantes. Conduit à Paris par Aubert Dubayet, il s'y affilia aux diverses sociétés populaires qui avaient alors une si grande influence sur l'esprit public, et travailla aux ^Annales patriotiques de Carra et Mercier, depuis le commencement de l'année 1792.

jusqu'à la journée du 10 août. Il fut un des acteurs de cette insurrection, à la suite de laquelle il sauva la vie à plusieurs Suisses.

Le club des Etrangers et la légion des Allobroges lui durent leur formation. Un décret de l'Assemblée législative le nomma lieutenant-colonel de cette légion, dont le dépôt était à Grenoble. Lorsqu'après l'invasion de la Savoie (1792), les Savoisiens formèrent une assemblée nationale, Doppet y fut nommé par la ville de Chambéri; il provoqua la réunion à la France, et fut un des quatre députés qu'on envoya à la Convention pour cet objet. Pendant la guerre du fédéralisme, il servit comme général de brigade dans l'armée du Midi , commandée par Carteaux. Nommé général en chef de l'armée des Alpes, il dirigea le siège de Lyon, et entra dans cette malheureuse ville le 9 octobre 1793. On doit lui rendre la justice que, malgré l'exagération de ses principes, il fit tous ses efforts pour empêcher le pillage et l'effusion du sang. On lui donna alors le commandement de l'armée chargée de reprendre Toulon. Il en commença le siège et passa bientôt après à l'armée des Pyrénées-Orientales. Il repoussa d'abord les Espagnols à la petite affaire de St-Luc, et s'empara de leur

camp de Villelongue. mais une maladie fort grave l'arrêta. Ce fut alors qu'on envoya le général Dugommier pour commander à sa place. Doppet ayant recouvré la santé, les représentants du peuple, Soubrani et Miîhaud, le mirent à la tête des troupes qui étaient dans les deux Cerdagnes, et qui n'avaient point de chef depuis la mort de Dagobert. Il entra alors en Catalogne, défendit Belver en battant les Espagnols, mit Mont-Louis en état de résister, et dans l'espace de sept jours prit Dory, Tores, Ribbes. Campredon, St-Jean-des-Abadessas et Ripoll, après plusieurs combats dont le succès lui fut vivement disputé. Mais ayant ensuite éprouvé des revers, il en accusa les généraux Delàtre et Daoust, dans une lettre adressée à la Convention et signée h sans-culotte Doppet. Sa mauvaise santé le força bientôt de quitter le commandement, le 28 septembre 1 794. La chute des Jacobins le laissa longtemps sans emploi ; mais en 1796 il fut nommé au commandement de Metz, qu'il conserva peu de temps. Rappelé sur la scène par l'effervescence qui suivit la célèbre journée du

18 fructidor, il fut nommé au conseil des Cinq- Cents par l'assemblée électorale du Mont- Blanc en l'an 6 ; mais la loi du 22 floréal annula nominativement cette élection . Depuis lors il a été comme oublié, et il est mort à Aix en Savoie, vers l'an 1800. S'il n'a pas montré des talents militaires, on ne peut sans injustice lui contester de la bravoure, et si sa conduite révolutionnaire n'est pas à Pabri de reproches, on doit reconnaître qu'il ne fut point méchant, mais que la faiblesse de sa tête ne lui permit pas de maîtriser son enthousiasme, qui allait jusqu'au délire. « Ses ouvrages sont: in La Mesmériade, poème burlesque, Paris 1784; 2° Traite théorique et pratique du magnétisme animal, Turin, 1784, 1 vol. in-80. Cet ouvrage a été traduit en allemand. Breslau, 1 vol. in-8°, et ne méritait pas cet honneur ; 30 Oraison funèbre de Mesmer et son testament, Genève. 1785,^-8°; 40 Les Mémoires de madame de M'arens, Genève et Paris, 1785, in-8\ Hugot de Basseville a été l'éditeur de cet ouvrage. Les Mémoires de Claude xAndy qui suivirent ceux de madame de Warens, ne sont pas du général Doppet,

mais d'un de ses frères. 50 Le Médecin philosophe, 1786. C'est une déclamation contre les vendeurs et distributeurs de remèdes secrets. 6° Le Médecin d'amour, Paphos et Paris, 1787, in-8° ; ouvrage médico-romancier, pour nous servir des expressions de l'auteur. 70 Les Numéros parisiens, Lausanne, 1787, 2 vol. in- 18. C'est un avis aux étrangers qui visitent Paris. 8° Mémoires du chevalier de Courtille, Lausanne, 1787, in- 12. Courtille est un personnage qui a longtemps vécu en Savoie, et dont Rousseau parle dans ses Confessions. 90 Célestina ou la Philosoptne des <Jllpcs, Lausanne, 1787, in- 12. C'est sans doute une nouvelle édition de ce roman que Barbier indique sous la date de 1789, à Paris, in- 12. io° Aphrodisiaque externe, ou tiaité du fouet et de ses effets sur h physique de Yamoiu, ouvrage médico-philosophique , etc., sans indication de lieu (Genève), 1788, in-18. Quelques exemplaires ont pour titre : Traité du fouet, ou aphrodisiaque externe, à Paris, chez les marchands de nouveautés. Ce n'est point, ainsi que l'ont cru quelques biographes, une traduction du traité de Meiboinius, de Usu fia-

grorum in re venaca : Doppet, dans son discours préliminaire, déclare qu'il a consulté ce savant médecin, mais sans le suivre. 1 13 ^Des moyens de rappeler à la vie les personnes qui ont foules les apparences de la mort, Chambéri, in-8°. 12° Manière d'administrer les bains de vapeurs et les fumigations, Turin, 1788, in- 12, avec figures. L'Académie de Turin accorda son approbation à cet ouvrage. 130 Médecine occulte ou Traité de magie naturelle et médicinale, 1788, in-8°. 140 Zclamire ou les Liaisons bicarrés. 150 Plusieurs brochures sur la Révolution, telles que Y ^Adresse au prince du Piémont ; les Inflexions historiques et pratiques sur les élections ; la Réponse de la légion franche Alldbroge aux années de la république ; Où serat-il ? L'Echo des Alpes, journal démocratique, in-40, imprimé à Carouge, commencé vers la fin de 1797, et qui n'a duré que quelques mois. 1 6° Etat moral, civil et politique de la maison de Savoie, Paris, 1791, in-8°. Cet ouvrage, qui eut une 2' édition Tannée suivante, a été traduit en allemand par Brunn, 1793, in-8°. A travers ses exagérations de tout genre, il contient quelques faits curieux.

170 Le Commissionnaire de la ligne ou le Messager d' Outre-Rhin, Paris, 1792, in-8°. C'est la confession d'un chevalier d'industrie, émigré, qui rentre en France. Il raconte plusieurs anecdotes relatives à l'émigration. 18° 'Destruction de la Vendée Lyonnaise, ou Rapports des événements y arrivés jusqu'à la reddition de Ville affranchie, 1793, in-8\ 19° Eclaircissement sut la fuite et l'arrestation des fuyards de Lyon, Villefranche, 1793. 20° Mémoires politiques et militaires du général Doppet, Carouge, 1797, in-8°. C'est le meilleur ouvrage de l'auteur. Il contient des faits curieux dont un historien pourra profiter ; mais le style en est très mauvais. 21° Essai sur les calomnies dont on peut être accablé en révolution, et sur la manière avec laquelle doit y répondre un citoyen, Carouge, in-8°. »

Cet article est signé Bourgeat.

Jules Philippe fait mourir Doppet à Aix en Savoie, en 180c ; Bourgeat écrit vers l'an 1800. André Folliet aggrave encore cette erreur, dans son livre, publié en 1887, chez Baudoin et Cie, à Paris : Les Volontaires de la Savoie, 1 792-1 799, la légion allobroge et les ba-

taillons du Mont-Blanc. Il dit, à la ire partie, chapitre VIII, dans ses notices biographiques, en parlant d'Amédée Doppet : « Général de brigade le 21 août, et général de division (e 20 septembre 1793, il commanda en chef au siège de Toulon, au siège de Lyon, aux Pyrénées-Orientales et Occidentales. // tomba ensuite dans une obscurité telle, que l'on ignore la date exacte de sa mort. » Or, Doppet ne déposa l'épée qu'en 1796 et fit paraître son meilleur ouvrage, qui ne fut pas le dernier, en 1797. Il ne mourut pas à Aix, ni en 1800. Son épitapbe, au cimetière de Chambéry, porte ces mots :

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