‹ Les pensées de Mme de WarensChapitre 2 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

IV

De l'homme.

L'homme reçoit une éducation bien différente de celle qu'on donne à la femme : l'un apprend à commander, on élevé l'autre à obéir. Tout iroit à merveille, si chaque sexe remplissoit sa tâche.

On ne cache aucune science à l'homme ; on lui montre tout ce qu'il désire savoir, parce que les grandes places sont faites pour lui ; il arrive cependant que la nature venge plus d'une fois l'autre sexe; l'homme apprend tout et finit quelquefois par ne rien savoir, il est alors trop heureux d'arracher sa moitié a son rouet, pour lui aider a conduire ses affaires.

Il y a des pays ou l'on renferme les femmes ; il y en a d'autres où elles font quelquefois renfermer les hommes; mais il y en a point où l'homme soit réellement libre. Les grâces sont au-dessus de la force.

De la femme.

L'envie déplaire aux femmes inventa tous les arts agréables. Le courage lui dut plus d'une fois son triomphe.

O femmes ! si l'empire de vos charmes étoit toujours soutenu par la vertu, vous feriez le bonheur de l'Univers.

Une personne du sexe ne doit pas dédai-

PFNSEES DIVERSES

gner de s'instruire : les charmes passent, l'esprit reste. De vraies connoissances rendent une femme plus intéressante. Mais il y a des limites à garder, car les prétentions à l'esprit, rendent une femme insupportable. Il n'y a rien de plus ridicule qu'une mère qui oublie les soins de son ménage, par la sotte manie defeuilletter des brochures. Une ignorante est préférable à celle qu'une blâmable prétention jette dans l'enthousiasme philosophique ; la fausse savante, dédaignant de plaire par les charmes de la belle nature, n'est plus d'aucun sexe; elle déplait à l'un, et ennuie l'autre.

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