XIII
Des grandeurs.
Je voudrois être en place, parce qu'il est aisé de faire le bien.
Je ne refuserois pas les grandeurs si elles m'étoient offertes, mais je saurois les perdre sans les regretter.
Les grandeurs n'accompagnent pas toujours le mérite, c'est là le mal. La fortune est aveugle. Le plus vertueux est celui qui laisse tourner la roue sans inquiétude.
L'homme qui vit dans les grandeurs est rarement jugé sans prévention ; vu de tout le monde, il a plus d'ennemis qu'un autre ; mais qu'il continue à faire le bien, c'est une douceur de faire des ingrats.
§ xiv.
Des richesses.
N'être riche que pour insulter à la misère, est sans contredit le comble de la cruauté. Heureux celui qui sait user des faveurs de la fortune pour soulager ceux qu'oublie cette mère aveugle.
Les richesses sont le mobile de toutes les actions. La vertu ne se vend pas, il est vrai ; mais la bonne réputation s'achette. Un homme riche a bientôt des honneurs ; son coffrefort parle pour lui, et ne fut-il dans le fond qu'un sot, la dépense qu'il fait, a plus d'éloquence que la raison.
Tout le monde veut de l'argent, et personne n'a tort. L'usage seul peut ridiculiser celui dont les efforts et les sueurs accumulent de grosses rentes.
Le prodigue est coupable, l'avare ne l'est pas moins : la sagesse consiste à n'être ni l'un ni l'autre.
O riches que vous êtes fortunés! vous pouvés tous les jours faire des heureux ; le
débri de vos tables peut étouffer les gémissemens du pauvre ; l'or qui vous couvre peut se tourner en bienfaits.
§xv.
De l'aumône.
Le sage doit savoir s'imposer des privations pour faire la charité : celui qui donne l'aumône paye sa dette à la nature.
On ne doit pas autoriser la mendicité, le paresseux abuseroit bientôt de la compassion, qui sait même si le fourbe n'en feroit pas un état, pour bien vivre aux dépens des autres ?
Celui qui ne peut pas travailler, a des droits a la commisération publique. On doit des bienfaits à ces malheureux qui n'ont pas le courage de venir publiquement exposer leur infortune.
Il y a des pays où l'on mendie par pénitence ; je n'entends pas trop cela : car alors ce n'est pas celui qui demande la charité qui souffre, c'est au contraire le pauvre ouvrier qui est forcé de travailler tout le jour, pour fournir du pain au pénitent à large besasse.
Mais, comme on dit fort bien, il y a tant de chemins qui mènent à Rome.
Il ne suffit pas de faire l'aumône ; le ton qu'on y met, n'est pas moins une vertu ; le malheureux est déjà assez humilié de tendre la main, sans l'insulter encore par le bienfait.
O mortels ! vous serez toujours humains, si vous savez ne pas oublier que vous êtes des hommes.
§ xvi.
De la médecine.
Chaque être tend à sa conservation: voilà l'origine de l'art médical.
On tourne en ridicule les médecins, lorsqu'on est en état de santé ; est-on malade ? on les consulte comme des oracles, on les invoque comme des divinités.
Les remèdes sont presque aussi à craindre que les maladies : la médecine ne s'en tient pas toujours à ne faire point de bien,
La partie de la médecine qui apprend à se conserver en état de santé n'est pas à dédai
gner ; Ybigicnc devroit entrer dans l'éducation. Savoir vivre, intéresse tous les hommes.