‹ Les Pensées de Pascal, disposées suivant l'ordre du cahier autographeChapitre 274 sur 299 · M" Périer. Vie de Pascal · texte numérisé non relu

M" Périer. Vie de Pascal

997. M Périer. Vie de Pascal — BOS Suppl., 2<ï — EAU i, 36g. 998. M"" Périer. Vie de Pascal - BOS Suppl., 7 — FAU 1, 37i.

est par là, comme on devrait être toujours : dans la souffrance des maux, dans la privation de tous les biens, et de tous les plaisirs des sens, exempt de toutes les passions qui travaillent pendant tout le cours de la vie. sans ambition, sans avarice, dans l'attente continuelle de la mort. N'est-ce pas ainsi que les chrétiens devraient passer la vie ? Et n'est-ce pas un grand bonheur, quand on se trouve par nécessité dans l'état où l'on est obligé d'être, et qu'on n'a autre chose à taire, qu'à se soumettre humblement et paisiblement ? C'est pourquoi je ne demande autre chose que de prier Dieu qu'il me fasse cette grâce.

Environ vers la fin de septembre dernier il me vint voir : et à

cette visite, il s'ouvrit à moi d'une manière qui me fit pitié, en m' avouant qu'Ao milieu de ses occupations qui étaient grandes, et parmi toutes les choses qui pouvaient contribuer à lui faire aimer le monde, et auxquelles on avait raison de le croire fort attaché, il était de telle sorte sollicité de quitter tout cela, et par une aversion extrême qu'il avait des folies et des amusements du monde, et par le reproche continuel que lui faisait sa conscience, qu'il se trouvait détaché de toutes choses d'une telle manière qu'il ne l'avait jamais été de la sorte ni rien d'approchant : mais que d'ailleurs il était dans un si grand abandonnement du côté de Dieu, qu'il ne sentait aucun attrait de ce côté-là : qu'il s'y portait néanmoins de tout son pouvoir, mais qu"\\ sentait bien que c'était plus sa raison et son propre esprit qui l'excitait à ce qu'il connaissait le meilleur, que non pas le mouvement de celui de Dieu : et que, dans le détachement de toutes choses où il se trouvait, s'il avait les mêmes sentiments de Dieu qu'autrefois, il se croyait en état de pouvoir tout entreprendre : et qu"\\ fallait qu'il eût eu en ces temps-là d'horribles attaches pour résister aux grâces que Dieu lui faisait, et aux mouvements qu'il lui donnait.

M. Pascal parlait peu de sciences : cependant, quand l'occasion s'en présentait, il disait son sentiment sur les choses dont on lui parlait. Par exemple, sur la philosophie de A/. Descartes, il disait assez ce qu'il pensait : il était de son sentiment sur l'automate, et n'en était point, sur la matière subtile, dont il se moquait fort: mais il ne pouvait souffrir sa manière d'expliquer la formation de toutes choses : et il disait très souvent :

Je ne puis pardonner à Descartes : il aurait bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement ; après cela il n'a plus que faire de Dieu.

999. Jacqueline Pascal. Lettre du 2.5 Janvier i655. (Lettres, opuscules, etc., p. 356.)

lOOO* Marguerite Périer (M an. fonds franc. i5,28i, p. 177) —

BOS I. x, 41 — FAU 1, 36g — MOL 11, 148 (les 6 premiers motsi.

Récit de ce que j'ai ouï dire par M. Pascal, mon oncle, non pas à moi, mais à des personnes de ses amis, en ma présence. J'avais alors 16 ans et demi.

i° On me demande si je ne me repens pas d'avoir fait les Provinciales. — Je réponds, que. bien loin de m'en repentir, si j'avais à les faire présentement, je les ferais encore plus fortes.

2° On me demande pourquoi |'ai nommé les noms des auteurs où j'ai pris toutes les propositions abominables que j'y ai citées. — Je réponds que si j'étais dans une ville où il v eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il y en a une qui est empoisonnée, je serais obligé d'avertir tout le monde de n'aller point puiser de l'eau à cette fontaine : et. comme on pourrait croire que c'est une pure imagination de ma part, je serais obligé de nommer celui qui l'a empoisonnée, plutôt que d'exposer toute une ville à s'empoisonner.

3" On me demande pourquoi j'ai employé un style agréable, railleur et divertissant. — Je réponds que. si j'avais écrit d'un style dogmatique, il n'y aurait eu que les savants qui l'auraient lu, et ceux-là n'en avaient pas besoin, en sachant autant que moi là-dessus : ainsi, j'ai cru qu'il fallait écrire d'une manière propre à faire lire mes lettres par les femmes et les gens du monde, afin qu'ils connussent le danger de toutes ces maximes et de toutes ces propositions, qui se répandaient alors partout, et auxquelles on se laissait facilement persuader.

4° On me demande si j'ai lu moi-même tous les livres que je cite. — Je réponds que non : certainement, il aurait fallu que j'eusse passé ma vie à lire de très mauvais livres ; mais j'ai lu deux fois Escobar tout entier; et, pour les autres, je les ai fait lire par mes amis ; mais je n'en ai pas employé un seul passage sans l'avoir lu moi-même dans le livre cité, et sans avoir examiné la matière sur laquelle il est avancé, et sans avoir lu ce qui précède et ce qui suit, pour ne point hasarder de citer une objection pour une réponse, ce qui aurait été reprochable et injuste.

M. Pascal disait qu'U fallait donc expliquer quel était ce dogme qu'ils [MM. de Port-Royal] condamnaient [en signant le formulaire), pour ne point laisser un doute que ce fût le sens de Jansénius. qui contient la grâce efficace, qui fût condamné :

Et il disait : Je veux bien croire que les Papes n'ont point eu intention de condamner la grâce efficace, et même qu'ils l'ont déclaré ; mais, comme il n'y a point d'acte authentique qui atteste cela, et que le formulaire qui est un acte authentique condamne le sens de Jansénius sans expliquer quel est ce mauvais dogme qu'on lui attribue, le sens de Jansénius étant certainement le sens de la grâce efficace, on ne peut point

1001. - Marguerite Périer (Man. fonds franc, i5,28i, p. 260, et Man. de l'Oratoire) - BOS II, xvit, 78 — FAU 1, 36y.

1002. Marguerite Périer (Man. fonds franc. i5.2Sii (Lettres, opuscules, etc., page 462).

signer le formulaire, même pour ce qui regarde la foi. sans excepter formellement le sens de la grâce efficace, et celui de Jansénius

M. Pascal soutenait toujours qu'W ne fallait point laisser de doutes et rien d"équivoque dans ce qui regarde la foi. comme paraissait être la condamnation du sens de Jansénius ; et qu"ù fallait lever ce doute, surtout pour les personnes ignorantes dont le nombre est plus grand que celui des personnes savantes: et ^u'il fallait absolument excepter le sens de la grâce efficace par elle-même.

M. Arnauld disait « Si on fait cela, ils condamneront la grâce efficace ». M. Pascal répondait : Ils y regarderont à trois fois avant que de la condamner : et enfin, s'ils la condamnent, ce sera leur faute et non pas celle de ceux qui l'auront soutenue. Ainsi, il le faut faire

Quelques-uns de ces Messieurs s'assemblèrent un jour che^ M. Pascal pour examiner cela. Chacun expliqua son sentiment. M. Pascal représenta l'importance du sien et que L'amour que l'on devait avoir pour la vérité ne permettait pas de laisser ce doute dans une signature : que dire « N'ayant rien de si précieux que la foi. nous embrassons sincèrement et de cœur tout ce que les Papes en ont décidé ». c'est dire « Nous condamnons les propositions au sens de Jansénius ». puisque les Papes le prononcent ainsi dans le formulaire. Or, le sens de Jansénius étant le sens de la grâce efficace, c'était tacitement condamner la grâce efficace : et il soutint toujours très fortement qu"i\ fallait nécessairement mettre cette exception : que sans cela on ne pouvait signer en conscience, et que c'était abandonner la vérité

M. Pascal perdit la parole et la connaissance Lorsqu'il fut tout à fait

remis, M'"' Périer lui demanda ce qui lui avait causé cet accident. Il répondit : Quand j'ai vu toutes ces personnes-là, que je regardais comme étant ceux à qui Dieu avait fait connaître la vérité, et qui devaient en être les défenseurs, s'ébranler et succomber, je vous avoue que j'ai été si saisi de douleur que je n'ai pas pu la soutenir: et il a fallu succomber.

M. l'abbé Pascal, mort depuis quelques années, assurait avoir ouï dire au fameux M. Pascal, sur le sujet de la logique de Port-Royal :

Voilà une belle occupation pour M. Arnauld que de travailler à une logique ! Les besoins de l'Eglise demandent tout son travail.

L 'ne des choses sur lesquelles feu M. Pascal avait plus de rues, était l'instruction d'un prince, que l'on tâcherait d'élever de la manière la plus proportionnée à l'état où Dieu l'appelle, et la plus propre pour le rendre capable d'en remplir tous les devoirs, et d'en éviter tous les dangers. On lui a souvent ouï dire qu'U n'y avait rien à quoi il désirât plus de contribuer, s'il y était engagé et qu'il sacrifierait volontiers sa vie pour une chose si importante.

1003. i" recueil Guerrier, p. 325 — FAU i, 368.

1004. Nicole. Traité de l'Education d'un Prince (1670) — FAU 1, 339.

Feu M. Pascal, quand il voulait donner un exemple d'une rêverie qui pouvait être approuvée par entêtement, proposait d'ordinaire l'opinion de Descartes sur la matière et sur l'espace.

Les personnes sages fuient de se présenter en face, et de se faire envisager

en particulier, et ils tâchent plutôt de se cacher dans la presse, afin qu'on ne voie dans leurs discours, que la vérité qu'ils proposent. Feu M. Pascal, qui savait autant de véritable rhétorique, que personne en ait jamais su, portait cette règle jusques à prétendre qu'un honnête homme devait éviter de se nommer, et même de se servir des mots « je » et « moi » : et il avait accoutumé de dire sur ce sujet :

La piété chrétienne anéantit le moi humain, et la civilité humaine le cache, et le supprime.

Fac-similé de la signature de Pascal.

f AT ' i. 36g.

Nicole. Fssais de Morale. Lettre 83°". — FATJ i. 36g. Logique de Port-Royal, Part. III, chap. xix — BOS Supp.. 3

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