HAV vi. 63 — MOL 1. mi
Quand il est question de juger si on doit faire la guerre et tuer tant d'hommes, condamner tant d'Espagnols à la mort, c'est un homme seul qui en juge, et encore, intéressé : ce devrait être un tiers indifférent.
Inconstance. — Les choses ont diverses qualités, et rame diverses inclinations; car rien n'est simple de ce qui s'offre à l'âme, et l'âme ne s'offre jamais simple à aucun sujet. De là vient qu'on pleure et qu'on rit 1 d'une même chose.
[i] La tyrannie 1 consiste au désir de domination, universel et hors de son ordre.
Diverses chambres, de forts, de beaux, de bons esprits, de pieux, dont chacun règne chez soi, non ailleurs. Et quelquefois ils se rencontrent : et le fort et le beau se battent, sottement, à qui sera le maître l'un de l'autre : car leur maîtrise est de divers genre. Ils ne s'entendent pas. et leur 2 faute est de vouloir régner partout. Rien ne le peut, non pas même la force : elle ne fait rien au royaume des savants ; elle :: n'est maîtresse que des actions extérieures.
190. A 67 — B 16 — C 35 — BOS I, i\. 12 — FAU 1. 187 — HAY vi, 9 —
191. A 67 — B i5 — C 3 3 — POR xxix. 35 - BOS I. tx, 3g - FAU 1. 191 — HAV vi, 3f> — MOL 1, 121.
— ' FAU rit quelquefois.
— Cf Charron. De la sagesse, r. 38 (.MOI.).
1 92. - A 67 — B i5 et 16 — C 34 - POU xxix, 37 - BOS I. ix. 40 et 1 3
- FAU 1. [88 — HAV vi. 37 (| 1); et vi. 10 1% 21 — MOI. r. 102. Cette pensée est écrite sur deux feuilles différentes : l'une contient le % /, l'autre le %, 2. FAU et HAV en ont fait deux pensées distinctes. Mais après les mats actions extérieures, la première feuille porte : Ainsi ces discours, comme amorce du% 2. (le \ 2 lui-même est précédé du mol Tyrannie, et d'une croix, qui constituent évidemment un signe de renvoi. D'ailleurs le sens demande ce rapprochement.
— ' A1 La corruption de la nature humaine paraît au — B- l'Injustice
consiste. 2 Cette proposition : en surcharge en marge à droite. :1 Cette
proposition . en surcharge en marge a gauche.
r2] Ainsi ces discours sont faux et tyranniques 4. « Je suis beau,
donc on doit me craindre: je suis fort, donc on doit m'aimer; je suis »
La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu'on ne peut avoir que par une autre. On rend différents devoirs aux différents mérites : devoir d'amour à l'agrément: devoir de crainte à la force: devoir de créance à la science. On doit rendre ces devoirs-là ; on est injuste de les refuser, et injuste d'en demander d'autres. Et c'est de même être faux et tyrannique 5 de dire : « Il n'est pas fort, donc je ne l'estimerai pas; il n'est pas habile ,;, donc je ne le craindrai pas. »
193. - - [i] Sur1 quoi fondera-t-il l'économie du monde qu'il veut gouverner? Sera-ce sur le caprice de chaque particulier? Quelle confusion! Sera-ce- sur la justice? Il l'ignore.
4 A1 sont faux : Je suis (et tyranniques : en surcharge). — B2 et injustes. = 6 FAU et tyran. - fi A1 pas brave.
— Cf Montaigne, i, 22. ru, 19, et Epictète., Manuel (HAV).
193"194. - Les pensées ig3 et ig4 ont été écrites sur une même feuille double formant quatre pages. Pascal, semble-t-il, a d'abord écrit la pensée 1 g3 sur cette feuille ouverte, c'est-à-dire sur les pages 2 et 3, puis il a retourné la feuille pour écrire, sur le haut de la page 4, la fin de cette pensée ig3. — Sur la page 1 , il a écrit le commencement de la pensée ig4, qu'il a continuée dans l'espace laissé ride au bas de la page 4. La feuille a ensuite été coupée, et les deux parties en ont été collées séparément dans A : la page 2 se lit A 69 et la page 1 , A 70, tandis que la page 3 est A 365 et la page 4, A 366.
Le rapport entre ces deux pensées est évident : dans toutes deux, Pascal démontre l'impuissance de la raison humaine. Peut-être même faisaient-elles partie Inities deux d'une longue pensée dont nous n'avons que les fragments. En effet les mots « Transposer après les lois au titre suivant », qui se trouvent dans la pensée ig4. semblent bien faire allusion à la pensée 1 g3 : d'autre part, la pensée ig4 porte en
marge à plusieurs reprises l'indication > l3 ) qui parait n'être pas sans rapport
avec l'indication \ Q ) placée en tête de la pensée 600.
193. A 69 (§ i-3); et 365 recto (§ 5-g) : et 366 verso (§ 10-1 1) — B 16 —
C 35 — POR xxv, 5 et 6 — BOS 1, vi, 8 et 9 : et I, ix, 5 — FAI' n. 1 26 — HAV ni, s - MOL r, 9 1 .
— ' A1 D'abord quelques lignes effacées, puis Sur quoi la fondera-t-il ? Sera-ce
sur le caprice, etc. A1 Qu'il confesse franchement qu'il ne connait la vérité, [ni]
la justice: et comment se règlera-t-il sur l'éternelle justice, qu'il ignore?
[2] Certainement, s'il la connaissait, il n'aurait pas établi cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les mœurs de son pays ; l'éclat de la véritable équité aurait assujéti 3 tous les peuples, et les législateurs n'auraient pas pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des Perses et Allemands '. [3] On la verrait plantée par tous les Etats du monde et dans tous les temps, au lieu qu'on ne voit rien 5 de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien (; décide de la vérité; en peu d'années de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses époques. L'entrée de Saturne 7 au Lion nous marque l'origine d'un tel crime 8. Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà.
4 Ils confessent que la justice n'est pas dans ces coutumes, mais qu'elle réside dans les lois naturelles connues en tout pays. Certainement ils le ° soutiendraient opiniâtrement, si la témérité du hasard qui a semé les lois humaines [5] en avait rencontré 10 au moins une qui fût universelle ; mais la plaisanterie est telle, que le caprice des hommes s'est si bien diversifié, qu'il n'y en a point n. [6] Le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant qu'un homme ait droit de me tuer parce qu'il demeure au delà de l'eau, et que son prince a querelle contre le mien, quoique je n'en aie aucune avec lui ?
y II y a sans doute des lois naturelles; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu 12 : « Nihil amplius nostrum est: quod nostrum dicimus, artis est. » [Cicéron, de fin., v, 21, dans Montaigne, ii. 12 . « Ex senatus-consultis et plebiscitis crimina exercentur. » |Senk<v>.. Ep. xcv, ibid]. « Ut olim vitiis sic nunc legibus laboremus. » (Tache, ann., m, 25, ibid.
[8] De cette confusion arrive que l'un dit 13 que l'essence de la justice est l'autorité du législateur; l'autre, la commodité du souverain : l'autre, la coutume présente, et c'est le plus sur : rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi ; tout branle avec le temps. La coutume lait toute l'équité, par cette seule raison qu'elle est reçue : c'est le fondement
: V aurait communique ' A1, IIAV Allemands et des Indiens. "' l'Ai' presque
rien. ' A' et la vertu d'un méridien. 7 A1 Depuis que Saturne est entre'
s A1 tel droit. Plaisante justice que le trajet d'une rivière rend injuste ! u FAU, H W
la soutiendraient. '" A1 avait permis qup. u A1 point de générale. 12 A1 a tout
•examiné et gâté. '■'■ A' que l'un dit qu'il n'y en a aucune.
mystique de son autorité. Qui la u ramène à son principe l'anéantit. Rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes; qui leur obéit, parce qu'elles sont justes, obéit à la justice qu'il imagine, mais non pas à l'essence de la loi : elle est toute ramassée en soi ; elle est loi. et rien davantage. [9] Qui voudra en examiner le motif le trouvera si faible et si léger, que, s'il n'est accoutumé à contempler les prodiges de l'imagination humaine, il admirera qu'un siècle lui ait tant acquis de pompe et de révérence. L'art de fronder 15, bouleverser les Etats, est d'ébranler les coutumes établies, en sondant jusque dans leur source, pour marquer leur défaut d'autorité 16 et de justice. « Il 1? faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l'Etat, qu'une coutume injuste a abolies. » C'est un jeu sûr pour tout perdre ; rien ne sera juste à cette balance. Cependant le peuple prête aisément l'oreille à ces discours. [io~ Ils secouent le joug dès qu'ils le reconnaissent ; et les grands 18 en profitent à sa ruine, et à celle de ces curieux examinateurs des coutumes reçues 19. Mais 20, par un défaut contraire, les hommes croient quelquefois pouvoir faire avec justice tout ce qui n'est pas sans exemple. [11] C'est pourquoi le plus sage des législateurs disait que, pour le bien des hommes, il faut souvent les piper: et un autre, bon politique : « Cum veritatem, qua liberetur, ignoret, expedit quod fallatur. » [Varron, ap. S1 August., De Civ. Dei, iv, 3i, dans Montaigne, ii, 12.] Il ne faut pas qu'il sente la vérité de l'usurpation : elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement, si l'on ne veut qu'elle ne prenne bientôt fin.
1 94. / Mais peut-être que ce sujet passe la portée 1 de la
raison ? Examinons donc ses inventions, sur les choses de sa force. S'il y
11 MOI. ponctue autorité, (virgule) qui la ramène. - I5 FAU fronder [ctj bouleverser. : 1(1 A1, FAU défaut de justice (d'autorité : en surcharge). ,T II faut
abolies : en surcharge. ls A1 les princes. 1!l A1. HAV examinateurs du
fondement des coutumes reçues, et des lois fondamentales d'autrefois. = -° phrase supprimée par MOL.
— Cf Montaigne, ii. 12. ai, 1 3. 1. 22. — Voir aussi Retz (Sur les débuts de la Fronde).
194. A 70 (* i-3); et 366 (§ 4.5) (rayé) — B 22 -G 41 — FAT 11, i23 —
MOL 1, i73 (| i-3); et 1, 1 58 (| 4-5).
Supprimée par HAV. MOL en fait deux pensées différentes.
— A1 passe la force.
a quelque chose où son intérêt propre ait dû la faire appliquer de son plus sérieux, c'est à la recherche de son souverain bien. Voyons donc où ces âmes fortes et clairvoyantes l'ont placé, et si elles en sont d'accord.
[2] L'un dit que le souverain bien est en la vertu : l'autre le met en la volupté: l'un en la science de la nature: l'autre en la vérité2 : « Félix qui potuit rerum cognoscere causas. » [Virgile, Georg.. ii, 489 : l'autre en l'ignorance totale: l'autre en l'indolence ; d'autres3 à résister aux apparences : l'autre à n admirer rien : « Nil mirari, prope res una quœ possit facere et servare beatum. » [Horace, Ep. I, vi, 1, dans Montaigne, 11, 12]; et les vrais 4 pyrrhoniens en leur ataraxie, doute et suspension perpétuelle : et d'autres, plus sages, pensent trouver un peu mieux. Nous voilà bien payés !
[3] Si faut-il voir si cette belle philosophie n'a rien
Transposer acquis de certain par un travail si long et si tendu.
après peut-être qu'au moins l'âme se connaîtra soi-même ?
les lois > Ecoutons les régents du monde sur ce sujet. Qu'ont-ils
au titre 5 pensé de sa Substance ? [page] 3g5. — Ont-ils été plus
suivant. heureux à la loger? [page] 3g5. — Qu'ont-ils trouvé de
son origine? de sa durée? de son départ? [page] 3gg.
4 Est-ce donc que l'âme est encore G un sujet trop noble pour ses
faibles lumières? Abaissons-la donc à la matière. Voyons si elle sait de
quoi est fait le propre corps quelle anime et les autres "' qu'elle contemple,
et qu'elle remue à son gré. Qu'en ont-ils connu, ces grands dogmatistes
qui n'ignorent rien? [page] 3g3, « Harum senlentiarum » [Cic,
Tusc., 1, 2, dans Montaigne.]
\5\ Cela suffirait sans doute, si la raison était raisonnable s. Elle l'est bien asse^ pour avouer qu'elle n'a encore pu 9 trouver rien de ferme : mais elle ne désespère pas encore d'y arriver ; au contraire, elle est aussi ardente que jamais dans celle recherche, et s'assure l0 d'avoir en soi les forces ?iécessaires pour celle conquête. Il faut donc l'achever, cl. après avoir examiné les puissances dans leurs effets, reconnaissons-les en ellesmêmes ; voyons si elle a quelques forces et quelques prises capables de saisir la vérité.
' V vérité et connaissance des choses. ; l'Ai l'autre à. ' FAU et les pyrrhoniens-
:' FAI' article suivant. = a A1 est encore trop noble. ' V et tous ceux —
FAU autres qu'elle contrepèse. = s A1 raisonnable, mais elle avoue bien qu'elle. 8 FAU, MOL pu encore. '" FAU suppose d'avoir.
Le sentiment de la fausseté des plaisirs présents, et l'ignorance de la vanité des plaisirs absents causent l'inconstance.
La gloire. — L'admiration gâte tout dès l'enfance : « Oh ! que cela est bien dit ! oh ! r qu'il a bien fait ! qu'il est sage ! etc. - » Les enfants de Port-Royal, auxquels on 3 ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance.
Injustice. — Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes : car il n'obéit qu"à cause qu'il les croit justes. C'est pourquoi, il lui faut dire en même temps, qu'il y faut obéir parce qu'elles sont lois, comme il faut obéir aux supérieurs, non parce qu'ils sont justes, mais parce qu'ils sont supérieurs. Par là, voilà toute sédition prévenue, si on peut faire entendre cela et que ' [ce n'est] proprement que la définition de la justice.
Diversité. -- La théologie est une science, mais en même temps combien est-ce de sciences! Un homme est un suppôt; mais si on l'anatomise, sera-ce la tête, le cœur 1, l'estomac, les veines, chaque veine,
195. \ 69 — B 21 — C 40 — POR xxxi, [6 — BOS I. ix, 48 — FAU 1. 191 — HAV vi. 45 — MOL 1. 47.
196. A 69 — B 19 — C 38 — FAU 1, 204 — HAV xxv, 66 — MOL 1, 86.
— ' FAU dit ! qu'il a. - A1, etc. » (Le talon de soulier). ;l A1 auxquels nous...
197. — A 70 (d'une main étrangère) — B 20 — C 39 — BOS I, ix. 10 ■ — FAU 11, i3o — HAV vi, 40 bis — MOL i, 98.
— ' A et que proprement que — FAU, HAV, MOL et [ce] que [c'est] proprement que la définition de la justice. — Ne pourrait-on aussi conjecturer et que c'est proprement la définition de la justice ?
1 98. A 73 - B 19 — C 38 - FAU 1. 1 89 - HAV wv. 63 — .MOL 1. 48.
HAV réunit à cette pensée la pensée 2go.
— 1 A1 le bras.
chaque portion de veine, le sang, chaque humeur du sang? Une ville, une campagne, de loin, est une ville et une campagne; mais, à mesure qu'on s'approche, ce sont des maisons, des arbres, des tuiles, des feuilles,
des herbes, des fourmis, des jambes de fourmis à l'infini : tout cela
s'enveloppe sous le nom de campagne.
Si notre condition était véritablement heureuse, il ne faudrait pas nous divertir d'y penser.
Il est indubitable que, que l'âme soit mortelle ou immortelle, cela doit mettre une différence entière dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit leur l morale indépendamment de cela - : ils délibèrent de passer une heure.
Platon pour disposer au christianisme.
Contradiction. — Orgueil l, contre-pesant toutes les misères : ou il cache ses misères ; ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaître.
Injustice. — La juridiction ne se donne pas pour [le] juridiciant, mais pour le juridicié. Il est dangereux de dire au peuple. Mais le peuple a trop de