‹ Les Pensées de PascalChapitre 4 sur 22 · Première partie. — Que la nature est corrompue · texte numérisé non relu

Première partie. — Que la nature est corrompue

parla nature même.

Seconde partie. — Qu'il y a un réparateur. Par l'Ecriture.

Une élude approfondie de l'homme amènera infailliblement Pascal à Dieu. Dans cette « peinture de l'homme » , il n'oubliera « rien de tout ce qui le pouvait faire connaître et au dedans et au dehors de lui-même, et jusqu'aux plus secrets mouvements de son cœur ». — Comment l'homme demeurera-t-il dans l'indifférence, « s'il a tant soit peu de raison »? — Comment ne souhaitera-t-il pas de « connaître aussi d'où il vient, et ce qu'il doit devenir », quand il saura « tout ce que Pascal lui fait sentir de sa grandeur et de sa bassesse, de ses avantages

ot de sos faiblesses, du pou de lumière qui lui reste el des ténèbres qui l'environnent presque de toutes parts, el enfin

de toutes les contrariétés étonnantes qui se trouvent dans -.1 nature » ? — Cependant, ni les sectes philosophiques, où il y a 1 tant de défauts, tant do faiblesses, tant de contradictions et tant de faussetés », ni les religions si remplies « de

vanités, de folies, d'erreurs .d'égarements et d'extravagances », ne pourront le satisfaire. Le christianisme seul, préparé par les destinées extraordinaires du peuple juif, parles Ecritures, par les prophéties, par les miracles, fondé par le Christ, par les apôtres, les martyrs et les saints, peut affranchir l'homme de l'erreur, du doute et de la corruption.

Cette démonstration d'une grande audace, Pascal semble L'entreprendre avec la méthode de Descartes, et l'esprit de Montaigne : Descartes renaît dans YEsprit géométrique et dant Y Ait de persuader ; Montaigne apparaît vivant dans l'Entre tir 11 avec M. de Saci. — De Descartes, il prend la liberté d'examen et la logique savante du mathématicien, tout en désavouant « comme orgueilleuse et impuissante à la fois, et aussi incapable de donner ou la vérité ou la sagesse qu'elle est téméraire pour les promettre », une philosophie qui a la prétention de s'élever à côté de la foi et indépendante d'elle. — a Ce n'est pas un philosophe qui cherche sa voie, ou qui se travaille pour découvrir la vérité ; c'est un croyant qui la sait, et qui tâche seulement de résoudre les didicultés qui 1 obscurcissent. » De Montaigne, il apprend à connaître l'imbécillité incurable de la nature humaine et l'impuissance de l'homme a parvenir à la vérité. 0 Montaigne est en lui, le remplit, le tourmente et 1 anime. » Il aime « le ministre d'une si grande vengeance ». Mais, comme l'a dit Prévosl-Faradol, c est un Montaigne plus touché des arguments de Montaigne que Montaigne lui-même, plus ardent, logicien plus serré, plus opiniâtre. — Pascal est pyrrhonien *

I. L>' se. piieismede Pascal n'a pas moyens do connaître. » — M. Brune-

paru aussi évidi ut ni aussi absolu à Hère a son tour ne semble pas dis-

quelques critiques contemporains, posé à « appliquer les noms de scep-

■ Ii as Ii balaaceoù Pascal avait en- tique ou du pyrrhonien à l'homme

lents de sa conviction qui a cru avec la sincérité, l'ardeur

lit M. Vutot, le pessi- et la violence de Pascal ». — Et

un pins manifeste que le pyr- M. Frank : « C'est un scepticisme

rhonisme, avait peso d'un bien plus qui pioccde d'un dogmatisme et qui

grand poids que 1 insuffisance de nos tend a un dogmatisme. »

dans toute la sincérité de son âme; il l'est formellement, absolument, audacieusement. Le pyrrhonisme est le vrai. — « Pascal, dit M. Havet, admet tous les principes du scepticisme, il en admet toutes les conséquences; les principes, c'est-à-dire que l'homme ne peut rien connaître avec certitude, soit parce que les choses elles-mêmes n'ont aucune essence constante, soit parce qu'il n'a aucune prise sur elles, et que toutes ses facultés sont trompeuses ; — les conséquences, c'est-à-dire que tout l'ordre moral n'a aucun fondement solide, qu'il n'y a point de science, mais des opinions; point de morale, mais des mœurs; point de droit naturel, mais des coutumes;... qu'il est impossible de prouver Dieu,... que la religion n'est pas certaine. » — Si Montaigne rit ou reste indifférent au spectacle de tant de misère, Pascal en souffre, en gémit, en reste épouvanté : « Qui le considérera de la sorte s'effrayera de soi-même. » Au milieu de tant de misères, l'homme cherche à oublier et à se divertir ! « Les hommes, n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de ne point y penser. »

Montaigne n'est que sceptique : Pascal aboutit à un pessimisme amer, et du milieu des Pensées apparaît une grande pitié et une immense douleur. « Cependant, d'où nous viendra la lumière si nous plongeons dans les ténèbres de toutes parts ? Qui nous dira la vérité si notre raison est menteuse ? Humiliez-vous, raison impuissante; taisez-vous, nature imbécile, et entendez de votre maître votre condition véritable que vous ignorez . Ecoutez Dieu ! » Voilà la solution du grand problème ! Il faut croire, et la croyance est faite d'amour et de volonté : « C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison; » attendez la grâce : « tout ce qu'il y a d'infirme appartenant à la nature, tout ce qu'il y a de puissant appartenant à la grâce. » — La foi de Pascal fait lintrépidité de son pyrrhonisme : il « n'est pas pyrrhonien jusqu'à la foi exclusivement; il l'est en vertu même de la foi, par elle et en elle ». L'homme se trouve dès lors réhabilité, réhaussé : « S'il s'élève, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je l'élève. » Ainsi disparaissent ou s'expliquent les contradictions : « imbécile ver de terre », mais « juge de toutes choses » ; « cloaque d'incertitude et d'erreur », et en même temps « dépositaire du vrai » ; « rebut de l'univers », il en est également « la gloire ». Ainsi se concilient les principes stoïciens (Épictète) d'une superbe diabo-

tique, qui se perdent dans la prés ption, — et les prit cipes

pyrrhoniens | Montaigne) qui s'abattent dans la lâcheté ; « la nature confond les pyrrhoniens, et la raison confond les dogni itiques. »

Et pourtant, ce Dieu qui seul peut accomplir cette merveilleuse transformation de l'homme, ne se révèle qu'à ses élus; il faut attendre que ce Dieu caché se montre et nous appelle qui saura jamais sur qui Dieu laissera tomber le rayon vivifiant de sa grâce? « Dieu a voulu que la religion eût assez de clarté pour éclairer les élus, prédestinés de toute éternité > à la lumière, mais aussi qu'elle eût assez d'obscurité pour aveugler les réprouvés, prédestinés aux ténèbres et à la perdition. »

Voilà l'erreur du jansénisme : ce fut l'erreur de Pascal; de là, tout ce qu'il y a de troublant dans les Pensées ; mais de là aussi leur implacable logique et la savante unité du dessein. D'ailleurs, ce Dieu terrible s'est découvert à Pascal. Il s'est manifesté à lui de bonne heure par cette foi vive qu'il ne perdit jamais. Au plus fort de ses angoisses, Dieu lui a dit : « Tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais déjà trouvé. » Il a entendu sa voix liy dire : « Je pensais à toi dans mon agonie, j'ai versé telles gouttes de mon sang pour toi. » — Si Pascal a donc eu des heures de doute, s'il a été du nombre de ceux qui « cherchent en gémissant », un ineffable amour des choses divines l'a soutenu, il a connu des heures de ravissement, de bonheur, et il a trouvé des accents d'une poésie suHime et d'une éloquence incomparable.

fragments que nous donnons ici doivent confirmer et éclairer les principaux traits de la haute doctrine de Pascal. '■s choisirons surtout parmi les pensées que Pascal a consacrées à 1 étude de l'homme et qui, dans son dessein, devaient servir de fondement à son Apologie du christianisme.

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