‹ Les Pensées de PascalChapitre 3 sur 22 · NOTICE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

NOTICE LITTERAIRE

1. L'écrivain. — Ce grand homme fut aussi un très grand écrivain. — « Géométrie et passion, voilà tout l'esprit de Pascal, voilà aussi toute son éloquence, » dit M. Havet. Yauvenargues avait déjà dit que Pascal a était l'homme de la terre qui savait mettre la vérité dans un plus beau jour et raisonner avec plus de force ». Bossuet aurait voulu être l'auteur des Provinciales, et « Despréaux, écrivait Mme de Sévigné, soutint les anciens, à la réserve d'un seul moderne (Pascal), qui surpassait, à son goût, et les vieux etles nouveaux ». Elle dit d'ailleurs pour son compte : « Je mets Pascal de moitié à tout ce*qui est beau. »

« La naissance de la langue classique, dit Voltaire, remonte à Pascal » : il est le vrai créateur de la prose française. Avant lui et pendant longtemps, la langue fut incertaine et changeante, ou « coulée dans un moule uniforme », comme celle de Malherbe et de Balzac, ou « traînante », comme celle de Montaigne et de Ronsard. Descartes lui-même, en matière de langue, avait laissé quelque chose à faire à Pascal. Dans la langue de Pascal tout se rencontre, la clarté et la force, la souplesse et la variété, la vigueur et le relief.

Les qualités maîtresses de son style sont le naturel et la franchise. « Il intéresse et remue, dit M. Villemain, parce qu'il n'est point déclamateur et qu'il est toujours vrai. » — Mais « il y a de tous les styles dans le style de Pascal, écrit M. Nisard, parce qu'il y a de tous les hommes dans l'écrivain. » Il y a « des passages qu'on dirait de Bossuet, pour la magnilicence solide et l'audace toujours sensée; ou de Bourdaloue, pour la suite d'un discours sévère à la fois et passionné; ou de La Bruyère, pour l'éclat des couleurs et la vivacité des contrastes ; ou de Voltaire, pour la facilité et l'enjouement ». — Cependant, sa marque distinctive, c'est la vi-

gucnr du trait « qui frappe comme une arme ou luit comme : i : — c'est encore le <lou d'une mord inte ironie,

rpente dans le tis<n du discours sans l'interrompr afia une vivacité d'émotion sans égale,

une clii'-'ur de démonstration, une sorte de « géométrie enflammée ». disait M. Cousin, qui est l'éloquence elle-même.

Les Provinciales, qui sont des discours enchaînés et soutenus par une logique irrésistible, nous olfrent un Pascal orienté, conscient de sa doctrine, maître de sa pensée, sachant ce qu'il veut, où il te;id, maniant un instrument terrible, qu'il semble avoir découvert le premier, une langue nerveuse, une parole acérée, un tour dramatique, un souffle inconnu jusqu'à lui. C'est le premier chef-d'œuvre de la prose du xvne siècle.

Les Pensées, feuillets épars, écrits d'une main fiévreuse et défaillante, ébauche informe et incomplète d'une œuvre colossale, ne laissent pas moins deviner l'habileté de l'ouvrier et la puissance créatrice de l'artiste. Le premier jet en avait été si vigoureux que le mouvement et la vie circulent encore à travers ces fragments. Il en est dans le nombre qui portent la marque d'un travail opiniâtre. Sa méthode parait avoir été de saisir et de fixer d'abord la pensée, soudaine et fruste, telle qu'elle se présentait à son esprit, pour la reprendre dans le silence de la réflexion et la mettre en pleine lumière, en lui donnant toute sa beauté. Mais c'est dans les fragments inachevés que son naturel apparaît le mieux : son caractère vif, entier, s'y montre en traits lumineux.

Pascal imite ainsi et exprime à sa façon un idéal préconçu. Il a de l'art d'écrire une notion parfaite, et il en sait tous les préceptes.

— « C'était sur ces préceptes qu'il jugeait de ses propres écrits et de ceux des autres, en sorte que, lorsqu'il voulait user d'une rigoureuse critique, il faisait toucher au doigt une si grande quantité de défauts dans les écrits qui étaient les plus vantés pour l'élégance, que ceux mêmes qui en avaient été les admirateurs étaient les premiers à rétracter le jugement favorable qu'ils en avaient porté. Mais cette même critiqua qu'il exerçait rarement sur les écrits des autres, il en faisait toujours usage à l'égard des siens, et souvent il ne faisait point difficulté de recommencer dix fois à composer de nouveau un écrit que ses amis trouvaient parfait, tant son esprit était fécond à produire toujours de nouvelles pensées,

dont les dernières surpassaient toujours les premières. » (Nicole.) — Pascal devance ici La Fontaine, Molière, Fénelon, Voltaire, Buffon. « Il veut qu'on exprime rigoureusement, dit M. Havet, la vérité telle qu'elle est, de manière « qu'il n'y ait « rien de trop, ni rien de manque » ; point de fausses beautés, rien pour la convention et pour l'art, rien qui marque qu'on voie l'homme et non pas l'auteur; il ne craindra pas de répéter le mot qui convient, plutôt que d'en employer un moins juste; tout ce qui serait luxe est retranché: s'il y a une élégance pour Pascal, ce n'est guère que dans le sens où les mathématiciens emploient ce mot. Cette élégance exacte est laborieuse en morale, car la vérité est « une pointe subtile » où on a grand'peine à bien toucher. Aussi les procédés qu'il affectionne sont les distinctions et les oppositions, qui sont comme les « instruments de précision de l'esprit ».

Les Pensées témoignent abondamment de cette admirable rhétorique, dont tout le monde peut prendre sa part, pourvu qu'on se propose, en l'étudiant, de rester soi-même et non pas d'être Pascal. « Appliquer son esprit, dit encore M. Havet, à discerner le vrai et à l'aimer ; ne rien dire qu'on ne le conçoive bien et qu'on ne s'y intéresse ; ne priser une expression qu'autant qu'elle est lumineuse et sentie ; travailler à éclaircir ses idées, et s'y échauffer jusqu'à ce qu'on s'assure qu'elles paraîtront suffisamment claires aux autres, et qu'ils seront touchés de ce dont on est touché soi-même ; se soutenir dans ce travail pénible par le zèle, par l'amour du bien qu'on peut faire et de la cause qu'on peut servir: voilà ce que nous pouvons tous apprendre de Pascal. »

Les fragments groupés ci-après résument d'ailleurs la pensée de Pascal sur l'éloquence et le style.

EXTRAITS

Il faut de l'agréable et du réel ; mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai.

L'éloquence continue ennuie.

Les princes et rois jouent quelquefois. Ils ne sont pas toujours sur leurs trônes ; ils s'y ennuient : la grandeur a besoin d'être quittée pour être sentie.

La continuité dégoûte en tout. Le froid est agréable pour se chauffer.

PBN8BE6 13

* L'éloquence est une peintura de la pensée; et ainsi ceux qui après avoir j >< • i n t ajoutent encore font un tableau au lieu d'un portrait.

" L'éloquence esl un art de dire les choses de telle lai. T que ceux à qui l'on parle puissent les entendre us peine et avec plaisir; 2° qu'ils s'y sentent intéres- 5, en sort- que l'amour-propre les porte plus volon- : s à y faire réflexion. Elle consiste donc dans une correspondance qu'on tâche d'établir entre l'esprit et le cœur de ceux à qui l'on parle d'un côté, et de l'autre les pen- - el les expressions dont on se sert; cl qui suppose qu'on aura bien étudié le cœur de l'homme pour en savoir tous les ressorts et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu'on veut y assortir. Il faut se met tre à la place de ceux qui doivent nous entendre, et faire îsai sur son propre cœur du tour qu'on donne à son discours, pour voir si l'un est fait pour l'autre et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre Il faut se renfermer, le plus qu'il est possible, dans le simple : ne pas faire grand ce qui est petit, ni petit ce qui est grand. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle, il faut qu'elle soit propre au sujet, qu'il n'y ait rien de trop ni rien de manque.

* Il faut, en tout dialogue et discours, qu'on puisse dire à ceux qui s'en offensent : « De quoi vous plaignez vous? »

* Il y en a qui parlent bien, et qui n'écrivent pas bien C'est que le lieu, l'assistance, les échauffe et tire de leur esprit plus qu ils n'y trouvent sans cette chaleur.

* Ceux qui font les antithèses en forçant les mots sont >mme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie.

* Leur règle n'est pas de parler juste, mais de faire des

;stes.

. 1. « Cette définition de 1 éloquence Mais elle ne se trouve ni dans le malinement de l'auteur nuscrit ni dans les copies. Iio^sut - Provinciales et porte avec elle, l'a publiée le premier, sans en indien quelque i authenticité, qncr la source. » (Faccère.)

* Il ne faut point détourner l'esprit ailleurs, sinon pour le délasser, mais dans le temps où cela est à propos ; le délasser qf.and il le faut, et non autrement ; car qui délasse hors de propos, il lasse. Et qui lasse hors de propos délasse; car on quitte tout là : tant la malice de la concupiscence se plaît à faire tout le contraire de ce qu'on veut obtenir de nous sans nous donner du plaisir, qui est la monnaie pour laquelle nous donnons tout ce qu'on veut !

* Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi ; car on s'attendait de voir un auteur, et on trouve un homme. Au lieu que ceux qui ont le goût bon, et qui en voyant un livre croient trouver un homme, sont tout surpris de trouver un auteur : Plus poetice quam humane locutus es. Ceux-là honorent bien la nature, qui lui apprennent qu'elle peut parler de tout, et même de théologie.

* Si la foudre tombait sur les lieux bas, etc., les poètes et ceux qui ne savent raisonner que sur les choses de cette nature manqueraient de preuves.

* Masquer la nature et la déguiser : plus de roi, de pape, d'évêques, mais auguste monarque, etc. Point de Paris : capitale du royaume.

* Il y a des lieux où il faut appeler Paris, Paris; et d'autres où il le faut appeler capitale du royaume. 0

* Quand dans un discours se trouvent des mots répétés, et qu'essayant de les corriger, on les trouve si propres qu'on gâterait le discours, il faut les laisser : c'en est la marque, et c'est là la part de l'envie, qui est aveugle et qui ne sait pas que cette répétition n'est pas faute en cet endroit; car il n'y a point de règle générale.

* Un même sens change selon les paroles qui l'expriment. Les sens reçoivent des paroles leur dignité, au lieu de la leur donner. Il faut chercher des exemples...

* La dernière chose qu'on trouve en faisant un ouvrage est de savoir celle qu'il faut mettre la première.

* Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement; car ils veulent d'abord oénétrer d'une vue et ne sont point ac-

coutumes à chercher les principes. El les autres, au contraire, qui sont accoutumés à raisonner par principes, ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des pi'incipes et ne pouvant voir d'une vue.

* En sachant la passion dominante de chacun, on est sûr de lui plaire; et néanmoins chacun a ses fantaisies contraires à son propre bien dans l'idée même qu'il a du bien, et c'est une bizarrerie qui met hors de gamme.

* Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y fût, en sorte qu'on est porté à aimer celui qui nous la fait sentir. Car il ne nous a pas fait montre de son bien, mais du nôtre, et ainsi ce bienfait nous le rend aimable, outre que cette communauté d'intelligence que nous avons avec lui incline nécessairement le cœur à l'aimer.

* Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois.

* Les défauts de Montaigne sont grands. Mots lascifs ; cela ne vaut rien, malgré M,le de Gournay. Crédule : ^'ens sans yeux ; ignorant : quadrature du cercle, monde v/us grand. Ses sentiments sur l'homicide volontaire, sur ia mort : il inspire une nonchalance du salut sans crainte ■et sans repentir. Son livre n'étant pas fait pour porter à la piété, il n'y était pas obligé ; mais on est toujours obligé de n'en point détourner. On peut excuser ses sentiments tout païens sur la mort; car il faut renoncera toute piété, si on ne veut au moins mourir chrétiennement : or il ne pense qu'à mourir lâchement et mollement par tout son livre.

* Ce que Montaigne a de bon ne peut être acquis que

'■•meut. Ce qu'il y a de mauvais (j'entends hor mœurs] eût pu être corrigé en un moment, si on L'eût' averti qu'il faisait trop d histoires et qu'il parlait trop >i

* L< rsqu'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe L'esprit dis boni-

mes, comme, par exemple, la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. Car la maladie principale de l'homme est la curiosité inquiète des choses qu il ne peut savoir; et il ne lui est pas si mauvais d'être dans l'erreur que dans cette curiosité inutile.

* L'homme aime la malignité; mais ce n'est pas contre les malheureux, mais contre les heureux superbes : on se trompe autrement.

* Car la concupiscence est la source de tous nos mouvements et l'humanité...

— Il faut plaire à ceux qui ont les sentiments humains et tendres.

■*- Celle l des deux borgnes ne vaut rien, parce qu'elle ne les console pas, et ne fait que donner une pointe à la gloire de l'auteur. Tout ce qui n'est que pour l'auteur ne vaut rien. Ambitiosa recidet ornamenta2.

* Toutes les fausses beautés que nous blâmons en Cicéron ont des admirateurs, et en grand nombre.

* Les mots diversement rangés font un divers sens ; et les sens diversement rangés font différents effets.

* Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau : la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume, c'est une même balle dont on joue l'un et l'autre; mais l'un la place mieux.

J'aimerais autant qu'on me dit que je me suis servi des mots anciens; et comme si les mêmes pensées ne formaient pas un autre corps de discours par une disposition différente, aussi bien que les mêmes mots forment d'autres pensées par leur différente disposition.

* Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : « Mon livre, mon commentaire, mon histoire, etc. » Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue et toujours un chez moi à la bouche. Ils feraient mieux de dire : « Notre livre, notre commentaire, notre histoire, etc., »

1 Une des épigrarumes de Martial. - 2. Horace, Art poétique.

vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui que du l.-ur.

* Les langues sont des chiffres où non les lettres sont changées «mi lettres, mais les mots en mots; de sorte qu'une langue inconnue est décliilfrable.

* Il y a un certain modèle d'agrément et de beauté qui consiste en un certain rapport entre notre nature faible ou forte, telle qu'elle est, et la chose qui nous plaît.

Tout ce qui est formé sur ce modèle nous agrée, soit maison, chanson, discours, vers, prose, femmes, oiseaux, rivières, arbres, chambres, habits, etc.

Tout ce qui n'est point fait sur ce modèle déplaît à ceux qui ont le bon goût.

Et comme il y a un rapport parfait entre une chanson et une maison qui sont laites sur le bon modèle, parce qu'elles ressemblent à ce modèle unique, quoique chacune selon son genre, il y a de même un rapport parfait entre les choses faites sur le mauvais modèle. Ce n'est pas que le mauvais modèle soit unique, car il y en a une infinité. Mais charpie mauvais sonnet, par exemple, sur quelque faux modèle qu'il soit fait, ressemble parfaitement à une femme vêtue sur ce modèle.

Rien ne fait mieux entendre combien un faux sonnet est ridicule que d'en considérer la nature et le modèle, et de s'imaginer ensuite une femme ou une maison faite sur ce modèle-là.

* Comme on dit beauté poétique, on devrait aussi dire beauté géométrique et beauté médicinale. Cependant on ne le dit point; et la raison en est qu'on sait bien quel est l'objet de la géométrie et qu'il consiste en preuves, et quel est l'objet de la médecine et qu'il consiste en la guérison; mais on ne sait pas en quoi consiste l'agrément qui > st l'objet de la poésie. On ne sait ce que c'est que ce modèle naturel qu'il faut imiter; et, à faute de cette connaissance, on a inventé de certains termes bizarres,

/l'or, merveille de nos jours, fatal, etc. ; et on appelle ce jargon beauté poétique.

* Mais qui s'imaginera une femme sur ce modèle-là quï consiste à dire de petites choses avec de grands mots, verra une jolie demoiselle toute pleine de miroirs et de chaînes dont il rira, parce qu'on sait mieux en quoi consiste l'agrément d'une femme que l'agrément des vers. Mais ceux qui ne s'y connaîtraient pas l'admireraient en cet équipage ; et il y a bien des villages où on la prendrait pour la reine : et c'est pourquoi nous appelons les sonnets faits sur ce modèle-là, les reines de village1.

* Je n'ai jamais jugé d'une même chose exactement de même. Je ne puis juger de mon ouvrage en le faisant : il faut que je fasse comme les peintres et que je m'en éloigne, mais non pas trop. De combien donc ? Devinez.

* Ceux qui jugent d'un ouvrage sans règle sont, à l'égard des autres, comme ceux qui ont une montre à l'égard des autres. L'un dit: « Il y a deux heures ; » l'autre dit: « Il n'y a que trois quarts d'heure. » Je regarde ma montre je dis à l'un : « Vous vous ennuyez; » et à l'autre : « Le temps ne vous dure guère, car il y a une heure et demie. » Et je me moque de ceux qui disent que le temps me dure à moi, et que j'en juge par ma fantaisie: ils ne savent pas que je juge par ma montre.

* On ne passe point dans le monde pour se connaître en vers, si l'on n'a mis l'enseigne de poète, de mathématicien, etc. Mais les gens universels ne veulent point d'enseigne, et ne mettent guère de différence entre le métier de poète et celui de brodeur.

Les gens universels ne sont appelés ni poètes ni géomètres, etc.; mais ils sont tout cela et jugent de tous ceux-là. On ne les devine point. Ils parleront de ce qu'on parlait quand ils sont entrés. On ne s'aperçoit point en eux d'une qualité plutôt que d'une autre, hors de la nécessité de la mettre en usage ; mais alors on s'en sou-

1. « Cette pensée sur la beauté pocti- se moque pas ici de la véritable poé-

qiie a été souvent attaquée, et notam- sic, ruais de la petite versification

meut par Dacier, dans La préf; de des faiseurs de madrigaux de son

sa traduction des œuvres d'Horace, temps. «{Note de M. Fau ibre.) On n"a pas pris garde que Pascal ne

vient; > ar il es! également «le ce caractère qu'on ne dis< point d'eus qu'ils parlent bien, lorsqu'il n'est pas question du langage, et qu'on «lise d'eux qu'ils parlent bien, quand il en est question.

si donc une fausse louange qu'on donne à un homme quand on «lit de lui, lorsqu'il entre, qu'il est fort habile en poésie; et 6*est une mauvaise marque, quand on n'a pas recours à un homme, quand il s'agit de juger de quelques vers. x

* Il faut qu'on n'en puisse dire ni : « Il est mathématicien, » ni « prédicateur, » ni «éloquent, » mais : « Il est honnête homme. » Cette qualité universelle me plaît seule. Quand, en voyant un homme, on se souvient de son livre, c'est mauvais signe : je voudrais qu'on ne s'aperçût d'aucune qualité que par la rencontre et l'occasion d'en user. Ne. quid n'unis , de peur qu'une qualité ne l'emporte et ne fasse baptiser. Qu'on ne songe point qu'il parle bien, sinon quand il s'agit de bien parler ; mais qu'on y songe alors.

2. Le philosophe. — « Comme l'on savait le dessein qu'avait eu Pascal de travailler sur la religion, l'on eut un très grand soin, après sa mort, de recueillir tous les écrits qu'il avait faits sur cette matière. On les trouva tous ensemble enfilés en diverses liasses, mais sans aucun ordre et sans aucune suite,.- et tout cela si imparfait, si mal écrit, qu'on a eu toutes les peines du monde à le déchiffrer. »

Ou s'essaya cependant à y mettre quelque ordre, et Nicole, aidé de Brienne et du duc de Roannez, procéda à un premier classement. Des Pensées, ils prirent les plus claires, les plus achevées, et en firent l'édition de 1669, tout en déclarant qu'ils n'avaient voulu « rien ajouter ni changer ». On sut plus tard que, effrayés des hardiesses de Pascal, ils avaient cru devoir lifier le texte primitif, touchant au fond des idées autant <|u à la forme : « Altérations de mots, altérations de tours, altérai ions de phrases, suppressions, substitutions, additions, i arbitraire et absurde tantôt d'un paragraphe, tantôt d'un chapitre entier, à l'aide de phrases et de paragraphes étrangers les uns aux autres... a

C'est ce que sut découvrir M. Cousin en 1842, apprenant nu public étonné que le Pascal qu'on possédait n'était pas le vrai, que le P. des Molets, Condorcet et Bossut avaient ignoré le texte authentique de ces fragments, qui se trouvaient pourtant à la Bibliothèque nationale. Cette reproduction intégrale de l'œuvre, préparée par M. Cousin, M. P. Faugère, M. Havet, ont eu le mérite de l'accomplir : c'est Pascal tout entier qu'ils nous ont donné, « et la pensée dans ce qu'elle a de plus extrême, et le style dans ce qu'il a de plus libre et de plus vif». On devine la grandeur et la beauté de l'édifice à de tels débris.

Mais ce ne sont là que des débris, et, en dépit des grandes échappées de lumière, malgré tous les efforts de la critique contemporaine, les Pensées n'en forment pas moins un tout sans ordre et sans unité suffisante, où l'on ne distingue pas la place qui revient à chaque chose. On les a disposées ou groupées différemment, essayant d'en deviner l'ordre ou le plan : cet ordre ne semble pas possible à retrouver, « par une raison souveraine, dit M. Havet, qui est que cet ordre n'a jamais existé, même dans l'esprit de l'auteur ». Ce qui paraît mieux indiqué, c'est le dessein général de l'ouvrage, que Pascal luimême exposa « en présence et à la prière de quelques amis », et qu'Etienne Périer résume dans sa préface : ce dessein, nous ie retrouvons dans les pensées mêmes(art. XXII, 1, éd. Havet).

Première partie. — Misère de l'homme sans Dieu. Seconde partie. — Félicité de l'homme avec Dieu. Autrement : ,

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