CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
vrage d'agrément qu'un véritable travail historique. Les articles consacrés aux philosophes et savants grecs, par exemple, sont peu sérieux. Mirkhond attribue à chacun d'eux un certain nombre de sentences qui ne sont pas bien caractéristiques de leur philosophie. A propos de Platon, il cite le « Livre de l'histoire des savants, tarikh el-hokama », excellent recueil bibliographique arabe, fort supérieur à ses propres articles, et il se garde de reproduire les titres des 65 compositions Httéraires de Platon qu'il dit être mentionnées dans cet ouvrage. Il donne deux pages de proverbes ou de sentences attribuées à ce philosophe, et il ajoute que toutes ces sentences sont insérées à la fin de VAkhlâqi Nâsiri, le traité de morale de Nasîr ed-Dîn Tousi. L'une de ces sentences est cette parole de Platon à son lit de mort : Comme ses amis lui demandaient son impression sur la vie, il répondit : « J'y suis entré par force ; je m'y suis promené avec étonnement et maintenant je l'abandonne contre mon gré. Ce que je sais surtout, c'est que je ne sais rien. »
La partie du livre de Mirkhond, concernant l'histoire des Samanides, a été traduite en français par Defrémery (1). On trouve là le nom
1. Histoire des Samanides par Mirkhond, éd. et trad. M. Defrémerv, Paris, 1845.
de quelques souverains, qui ont eu des mérites intellectuels et qui se sont acquis des droits à la reconnaissance des lettrés comme protecteurs des sciences ; notamment le prince samanide Nouh fils de Mansour, qui eut un moment pour ministre Avicenne, et Qâbous, souverain du Djordjân, poète lui-même, qui accueillit ce même philosophe et Firdousi. Ces dynasties d'importance secondaire n'ont pas la hauteur de caractère et de génie que nous avons admirée chez les plus grands monarques ; leur relief moral est moindre, ainsi que leur destinée ; il est juste cependant de ne pas les oublier tout à fait.
Nouh passe son règne à trembler devant certains Turcs et à se faire soutenir par d'autres. Il combat des émirs rebelles. Le détail de ces guerres est complexe, et le récit de Mirkhond emprunte aux faits un peu de leur confusion. Nouh, maître de Boukhara et de Samarcande, attaqué par des Turcs et trahi par un général qu'il avait chargé de défendre cette dernière ville, renonce au pouvoir et » se cache avec soin». Les Turcs s'installent dans ses domaines. Mais, la température de Boukhara ne convenant pas à leur chef, ils l'abandonnent, et Nouh y rentre à la grande joie deshabitants. Ildemande ensuite contre des émirs infidèles le secours du maître de Ghazna, le turc Soboktéguin, père