‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 101 sur 192 · CHAPITRE V, — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS

de Mahmoud le Ghaznévide. Leur entrevue est racontée avec assez de cachet par Mirkhond :

« L'émir Soboctéguin, rempli de zèle par le malheureux état des enfants de Saman, fit battre aussitôt le tambour du départ et se dirigea du côté de la Transoxiane. L'émir Nouh alla à sa rencontre jusqu'au pays de Kech. Avant l'entrevue, Soboctéguin demanda à être dispensé de descendre de cheval et de baiser la terre à cause de son grand âge. Nouh avait agréé ses excuses ; mais lorsque Soboctéguin se trouva en présence de Nouh, le respect qu'inspire la royauté ôta de ses mains les rênes du libre arbitre : il descendit de cheval et baisa l'étrier de Nouh. Celui-ci le pressa sur sa poitrine avec un grand respect et une joie parfaite. Les cœurs des hommes reprirent une nouvelle vie, en voyant l'union de ces deux heureux princes, et la rose de la joie s'épanouit dans les jardins des esprits des grands et du peuple. »

Soboctéguin gagna pour Nouh une bataille ; mais Mahmoud fut obligé d'en gagner une autre quelque temps après : « Mahmoud étant arrivé, attaqua les ennemis et en terrassa un si grand nombre que le dos du poisson (qui supporte la terre) fut courbé par leur poids et que la terre fut arrosée de leur sang. Une multitude innombrable fut écrasée sous les

pieds des éléphants. » Cela n'empêcha pas les émirs rebelles de « sortir sains et saufs de ce nouveau champ de bataille » ; ils se rendirent dans une forteresse « aussi élevée que le ciel et à l'abri des accidents de la fortune ». Finalement Nouh, ayant blessé Soboctéguin en refusant d'être présent sur le théâtre de la guerre, fut obligé de conclure une paix assez peu honorable. Il mourut en 387 (997).

Qâbous paraît avoir eu plus de mérite personnel ; mais il avait un penchant à la cruauté qui causa sa ruine. Il était le maître du Djordjân et ami des Samanides. Ses débuts furent difficiles ; puis, la fortune lui devenant favorable, il conquit le Déïlem et tout le Tabéristan jusqu'à la mer Caspienne. Mirkhond lui donne de grands éloges : « Chems el-Maali (Qâbous), dit-il, était distingué parmi les rois et les grands de l'univers, par la noblesse de son âme, ses qualités généreuses, l'étendue de son intelligence, la perfection de son mérite et l'éclat de sa puissance. Il ne se laissait pas détourner de la voie de la sagesse, ni de la route de la loi religieuse. Il était innocent de toute action défendue et de tout passe-temps prohibé ; de plus il était orné de la parure de la justice et de l'équité et profondément versé dans les diverses branches de connaissances. Les traités dont il est l'auteur sont célèbres dans les

Page 1