CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
.>e prend de querelle avec ses deux frères aînés et les combat en union avec son père. Une rencontre a lieu entre les deux partis : « Notre Khân avait pris le commandement du centre ; il avait confié à un général, Isfendiàr Khân, le commandement de l'aile gauche, et à moi celui de l'aile droite. Le combat fut sanglant. J'eus Irois chevaux tués sous moi, et ne me relirai ('[ue le dernier. Je n'avais plus que six hommes auprès de moi. Poursuivis par l'ennemi, nous nous retournâmes pour combattre ; mais atta- ([ués par 40 cavaliers, nous fûmes séparés les uns des autres, et je pris la fuite. »
Il se sauve avec un seul homme. «Cependant l'ennemi ne cessait de nous poursuivre en lançant des traits. Une flèche m'atteignit à la bouche et me brisa l'os de la mâchoire ; j'eus bientôt la bouche pleine de sang. Les bords du fleuve étaient très escarpés... Je tournai derrière un fourré de tamarisc. L'ennemi me perdit de vue et se mit à la poursuite des autres fuyards ; mais à ce moment, mon cheval mit le pied dans un trou de rat, et s'abattit sous moi. »
Il essaye ensuite de passer le fleuve et décrit ses eflorts avec beaucoup de précision et de façon émouvante. Il se jette à l'eau, à cheval et revêtu de sa cotte de mailles. Son cheval, au milieu de l'eau, menace d'enfoncer sous le poids. Se souvenant alors d'un conseil qu'on lui a au-
trefois donné, il se soulève un peu, allongeant une de ses jambes sur la queue du cheval, et l'animal revient à la surface. L'ennemi tire sur lui de la rive, mais sans l'atteindre. Il s'en va ensuite à Samarcande, où le Khân le reçoit amicalement en lui disant : « Tu es un brave jeune homme ; je te promets que tu retourneras dans ton pays, ne te tourmente pas. » Il régna en effet d'une façon régulière dans le pays d'Aral à partir de 1644.
Abou'l-Ghâzi malheureusement se mit un peu tard à écrire ses mémoires ; il était déjà malade quand il entreprit son œuvre et n'eut pas le temps de l'achever ; elle fut terminée par ses enfants. Pour les parties qui concernent l'ancienne histoire des Mongols, elles sont sans doute de lui ; c'est un résumé ; le récit est large et bien composé. L'auteur était très richement documenté ; il avait sous les yeux, nous dit-il, outre l'ouvrage de Réchîd ed-Dîn, la Collection des Annales, dont nous avons parlé, une quantité d'autres ouvrages. Ainsi il possédait « dix-sept vies de Djenghîz-Khân (des Djenghiz-Nâmeh), autres que celle de Réchîd ed-Dîn, dont il se servit pour écrire son histoire. Contentonsnous d'en extraire, pour terminer, cette anecdote (1) :
« A cette époque (l'époque de Djenghîz-Khân),
1, Loc, cit., traduction, p. 104.