CHAPITRE V. — HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
Au XVII 6 siècle un prince descendant de Djenghîz-Khân écrivit sur les Mongols et fit preuve d'un beau talent d'historien ; il s'appelait Abou'l-Ghazi BÉHADUR et était prince du Khârezm (1). La langue dont il s'est servi n'était point le persan, mais le turc oriental dans le dialecte particulier à son pays. Il existe en turc oriental une littérature assez limitée, mais qui contient plusieurs ouvrages d'un très haut prix. Cette littérature a d'ailleurs un grand intérêt au point ■ le vue linguistique ; nous en connaissons déjà [es Mémoires de Bâber. Le principal poète en est Névâï.
Abou'l-Ghâzi commença à écrire son histoire en l'an 1074 de l'hégire (1663 Ch.). Il l'a appelée Chèdjéré-i-Turk, c'est-à-dire « arbre généalogique des Turcs », et il l'a divisée en 9 livres allant d'Adam jusqu'à son temps. Le premier hvre va d'Adam à Mongol-Khân ; le second de Mongol- Khân à Djenghîz-Khân ; le troisième est consacré à Djenghîz-Khân ; le quatrième à Okédaï, troisième fils de Djenglûz-Khân, et aux descendants de ce roi qui ont régné dans la Mongolie ; le cinquième aux descendants de Djaghataï, deuxième fils de Djenghîz-Khân, qui ont régné dans la Transoxiane et le Kachgar. ; le sixième, aux
1. Abul-Gâzi-Behâdur-Khân ; //w^oiVe des Mongols et des Tartares, éd. et trad. par le Baron Desmaisons j 2 vol. în-8o, Saint-Pétersbourg, 1871-74.
descendants de Touli, quatrième fils de Djengliîz, qui ont régné dans l' Iran (la Perse) ; le septième, aux descendants de Djoudi, le fils aîné du conquérant, qui ont régné dans le Dècht-i-Qiptchâq ; le huitième aux descendants de Chéïbâni- Khân, fils de Djoudi-Khân, qui ont régné dans le Mâwérânnahr (la Transoxiane), en Crimée,chez les Qazaq et dans le Touran. Enfin le neuvième renferme l'histoire des descendants de Chéïbâni-Khân qui ont régné dans le Khârezm. C'est comme on voit un très large et beau plan.
Abou'l-Ghâzi était lui-même un prince de la lignée de Chéïbâni-Khân, et sa mère était de la même lignée, ayant son cinquième aïeul commun avec son père. Il raconte, à la fin de son œuvre, sa propre histoire, et il nous donne là quelques pages d'autobiographie qui sont extrêmement vivantes :
« Je suis né, dit-il, dans l'état d'Urguendj (ville et province du Khârezm), en 1014 de l'hégire dans l'année du Lièvre (1)... Je n'avais que six ans lorsque je perdis ma mère. Jusqu'à l'âge de 16 ans, je restai à Urguendj auprès de mon père, qui me maria alors et me donna la moitié d'Urguendj ; l'autre moitié en fut donnée à mon frère aîné Habach-Sultan. » Il
1. Les Mongols et les anciens Turcs se servaient d'un cycle de douze années désignées par des noms d'animaux.