CHAPITRE VI. — LES HISTORIENS TURCS
annaliste turc est Sa'd ud-Dîn, auteur du Tâdj et- Tawârîkh ou « Couronne des Chroniques », dont nous allons parler. Son livre va jusqu'à Sélim l^^ (926 H.). Petchéwi a écrit l'histoire des années 930 à 1049 correspondant aux règnes de Soliman et de Murad IV. Kara Tchélébi Zâdeh est l'auteur d'un Solelmân-N âmeh, histoire de Soliman le magnifique, et du rauda/ ul-ebrâr, >( jardin des purs », qui est une œuvre historique fort appréciée. Sélânïki a écrit la Chronique ottomane depuis le règne de Soliman jusqu'à l'an 1000 de l'hégire. Kémal Pacha Zâdeh, qui vivait sous Sélim I^r et Soliman, a composé une « histoire de la famille d'Osman » et raconté la campagne de Mohacz de 1526. Na'îma est l'historien des années 1000 à 1070 (1591-1659) ; c'est l'époque du règne de Mourad III et de l'anarchie qui le suivit. Rachîd Efîendi fait suite à Na'îma;son œuvre va de 1660 à 1721.
/Asim Tchélébi Zâdeh continue Rachîd ; il traite les années 1722 à 1728, c'est-à-dire d'une partie
Fdu règne d'Ahmed III qui fut déposé en 1730.
jSubhi est l'annahste de 1731 à 1744 ; 'Izzi, de 1744 à 1753. Ahmed Wâsif est l'historien des règnes d'Osman III et de Mustafa III ; son listoire va de 1752 à 1775 ; Mustafa Nédjîb e^t îelui de Sélim III qui régna de 1789 à 1809.
|Ahmed Djevdet, auteur moderne fort important, rédigé les Annales de l'Empire entre 1774 et
11825 (1 188 et 1241 H.) ; Lutfi, de 1826 à 1844.
Revenons-en à Sa'd ed-Dîn. Il était le tuteur du sultan Mourad III. La reine Elisabeth d'Angleterre essaya par son intermédiaire d'obtenir de ce Sultan d'envoyer une flotte pour aider la flotte anglaise menacée alors par les préparatifs de l'Armada espagnole, Sa'd ud-Dîn demeura favori et secrétaire d'État sous le règne de Mohammed III. Il accompagna ce prince dans sa campagne de Hongrie, et la victoire de Kéreztès (1596) que gagna alors l'armée osmanlie, après avoir subi une suite de revers, fut due principalement à ses conseils et à sa valeur. Ce grand homme, alors âgé, fut écarté du pouvoir par le favori Ibrahim ; il mourut cependant peu après Mufti de Constantinople en 1006 de l'hégire (1598).
Le style de Sa'd ud-Dîn a été naguère fort admiré des Turcs ; je suppose qu'il l'est un peu moins aujourd'hui, car il n'est guère dans le goût moderne. Il est orné d'images très recherchées et très subtiles qui embarrassent la phrase, nuisent à sa simplicité et posent à chaque instant des énigmes assez difTiciles à résoudre, surtout pour des lecteurs qui n'ont pas les habitudes d'esprit des Orientaux. Par exemple en racontant l'histoire de la prise d'Abydos par les Musulmans, il a à faire le récit d'une trahison romanesque : la fille du gouverneur s'éprend du général musulman qui assiège cette forteresse, et elle lui