CHAPITRE PREMIER. LES SOUVERAINS
les balistes et les instruments pour lancer le naphte. Les Mongols étaient très savants dans l'art des sièges et ils possédaient un matériel considérable. Abou'l-Faradj dit que du côté de la Chine, ils avaient mille maisons pour les ouvriers mécaniciens et les ouvriers occupés à la construction des appareils de guerre. On poussa l'attaque sur plusieurs points à la fois. Houlâgou faisait lancer des flèches sur lesquelles il était écrit que quiconque n'était pas combattant pouvait obtenir la sécurité pour lui-même, sa famille et ses biens. La tour el-*Adjémi fut enlevée d'abord. Les habitants envoyèrent des députés aux Mongols, puis le Khalife se livra. Houlâgou lança ses soldats au pillage de la ville, et lui-même y fit son entrée par la porte de Kalwadza, Moharrem 656 (1258 Ch.). Il se rendit au palais, se fit amener le Khalife, prit ses joyaux, perles et colliers et les distribua à ses émirs. Le soir, il fit séparer les femmes du Khalife, qui étaient au nombre de 700, on les emmena sous la garde de 300 eunuques. Le pillage dura sept jours, après quoi les soldats passèrent les habitants au fil de l'épée. Houlâgou quitta Bagdad emmenant avec lui le Khalife ; la nuit, à la première étape, il donna ordre de le mettre à mort. Le second fils du KhaUfe fut massacré avec lui ; son fils aîné le fut à la porte de Kalwadza. Houlâgou continua ses conquêtes en Mésopo-
tamie et du côté de la Syrie. Il se montra tour à tour cruel et humain, suivant qu'on lui résistait ou qu'on pliait devant lui. Il y avait à Mosoul un vieil émir qui vint le trouver à Ramadan pour faire sa soumission ; Houlâgou le reçut avec les honneurs dus à son âge, le fit monter près de lui sur le trône et lui permit de passer à ses oreilles deux anneaux ornés de perles d'un grand prix. Ce personnage retourna dans sa ville, enthousiasmé de la sagesse et de la magnanimité du conquérant.
En 658, Houlâgou entra en Syrie avec quatre cent mille hommes. Les villes eurent des attitudes diverses. Harrân et Edesse se livrèrent. Sâroudj fit quelque résistance, tout y fut massacré. Les Mongols jetèrent trois ponts sur l'Euphrate : l'un dans le voisinage de Malatiah, un autre à Kala'at er-Roum, le troisième à Kirkîsiya. L'armée passa le fleuve sur ces trois ponts, et une grande bataille fut livrée à Manbidj. Houlâgou vainqueur partagea ses troupes entre les villes et les châteaux. Hamât et Emesse se rendirent. Damas fit de même et les habitants n'y eurent aucun mal ; mais Alep résista. Houlâgou avait déjà écrit au gouverneur d'Alep une lettre dans laquelle se trouve ce sentiment que l'on prête aussi à Attila, qu'il est le fléau de Dieu et ne fait qu'accomplir sa justice : « Il n'est pas douteux, dit-il, que nous sommes