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CHAPITRE VII. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE

quement le parchemin pour les écrits, parce qu'on voulait les rendre ainsi plus respectables et en assurer l'authenticité ainsi que la durée. Plus tard il y eut un tel débordement d'ouvrages originaux, de compilations, de dépêches et de pièces officielles, que le parchemin n'était pas en assez grande quantité pour y suffire. Ce fut alors que, d'après le conseil d'el-Fadl ibn Yahya (le vizir barmékide de Haroun er-Réchîd), on fabriqua du papier ; et ce fut sur cette substance qu'il fit écrire les dépêches du Khalife et les actes officiels. Dès lors, l'usage en devint général pour les pièces émanant du gouvernement et pour les écrits scientifiques, et la fabrication du papier fut portée à un haut degré de perfection. »

Cette préoccupation de rechercher l'histoire et les causes des inventions et de leurs progrès, dans tous les genres et dans tous les arts, place Ibn Khaldoun, l'écrivain africain du xiv^ siècle, à côté des meilleurs esprits de l'Europe moderne.

Parmi les philosophes peu soucieux des systèmes et d'un esprit vraiment libre, il en est un qui fut peut-être trop loué des Orientaux, mais qui est trop peu connu de nous, je veux dire el-Djahiz (1).

1. Abou 'Othmân *Amr fils de Bahr. V. Brockelmann, Gesch. d. ar. Litteratur, I, 152.

C'est un auteur d'époque ancienne (ix^ siècle). Il était de Basrah, ville alors fort intellectuelle, centre d'études religieuses et philologiques. Sous la direction de Nazzâm, il prit part au mouvement religieux des Motazélistes, puis devint lui-même chef d'une école qui porte son nom (l). Les Motazélistes sont des théologiens rationalistes ou, si l'on veut, libres-penseurs, à condition d'entendre par ce mot, non des incroyants, mais des philosophes qui traitent à leur gré les problèmes religieux et n'en remettent pas la solution à quelque autorité.

Djâhiz était extrêmement érudit, doué d'une parole agréable, avec cela fort laid. Quand on le présenta au Khalife Motéwakkil pour être précepteur de ses enfants, ce prince, rebuté par son aspect, lui fit donner dix mille dirhems et le renvoya. Son surnom lui vient d'ailleurs de ce qu'il avait le globe de l'œil saillant. Il vécut donc à Basrah, écrivant beaucoup d'ouvrages et acquérant une grande réputation. On cite un Barmékide qui, revenant d'un voyage dans l'Inde et passant par Basrah, voulut lui rendre visite alors qu'il était presque mourant, pour pouvoir dire : « J'ai vu Djâhiz ». Dans sa vieillesse il fut atteint d'une paralysie qui lui brûlait le côté droit, au point qu'on devait sans cesse

1, V, Carra de Vaux, Avicenne, p. 31-32.

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