CHAPITRE VU. — LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
si j'avais pu confier cette œuvre à la bile de mon cœur et la donner en garde à mon intelligence, — c'est-à-dire l'apprendre par cœur, — je l'aurais fait, »
Des livres, Djâhiz passe aux inscriptions. Il en fait en quelque sorte la philosophie, et énumérant quelques inscriptions célèbres de son temps, il donne plus d'une indication précieuse.
« Les anciens hommes, dit-il, formaient l'écriture en creux dans les rochers, ou la ciselaient sur la pierre ou la gravaient sur les bâtiments. L'écriture était tantôt en creux, tantôt en relief. Elle donnait la date d'un fait important, ou conservait un pacte conclu dans une occasion considérable, ou un avis que l'on croyait utile, ou bien encore elle faisait revivre un personnage illustre dont on voulait rendre la mémoire éternelle. Telles sont les inscriptions placées à la coupole de Gomdân, à la porte de Kaïrowân, à celle de Samarcande, sur le piher de Mareb, sur la base el-Mochaqqar, sur Vablaq el-fard, à la porte d'Edesse. On les plaçait dans des lieux connus, dans des endroits fréquentés, et dans des situations autant que possible à l'abri de l'usure, de façon que le passant pût les voir dans la suite des siècles. »
« A l'époque du paganisme, les gens appelaient un scribe quand ils avaient à conserver le sou-
venir d'un serment ou d'une offrande, tant pour en marquer l'importance que pour en écarter l'oubli, » Cette disposition est commune à toutes les nations : « Tous les peuples ont cherché à conserver de quelque manière leurs souvenirs et leurs hauts faits. Les Arabes du paganisme se sont d'abord servi dans ce but de la poésie. La poésie donnait le mérite de l'expression au poète solliciteur et louangeur, et le mérite du bienfait au personnage sollicité et loué. Les Persans préféraient lier leurs souvenirs à des bâtiments, et ils édifièrent par exemple la maison blanche d'Istakhr, bâtie par Ardéchîr, celle d'el-Médaïn, des villes, des forteresses, des ponts, des chaussées, des sépulcres. Les Arabes voulurent ensuite imiter les Persans dans la construction. Ils délaissèrent la poésie et bâtirent Gomdân, la Ka'bah de Nedjrân, le château de Mared, celui de Mâreb, celui de Cho'oub, l'Ablaq el-Fard, etc. Les Perses ne permettaient la possession des monuments illustres, comme ils ne permettaient l'usage des noms nobles, qu'aux hommes de grande maison. Ainsi faisaient-ils pour les tombeaux, les bains, les coupoles vertes, les créneaux sur le mur de la maison ou la voûte sur le vestibule, et autres choses semblables... » M
Mais, remarque Djâhiz, les livres ont plu™ de durée que les pierres et les murailles, car -