CHAPITRE VII. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
pour les belles écritures ; car je ne vois pas de feuillets comme les leurs, ni d'écritures plus belles. Or lorsque l'on aime l'argent et qu'on est économe, la libéralité dans les dépenses de livres prouve qu'on estime la science, et l'estime de la science prouve l'élévation du caractère. — Je répondis à Ibrahim, dit Djâhiz : La dépense des Zendîq pour leurs livres ressemble à celle que les Chrétiens font pour leurs temples. Si les livres des Zendîq étaient des livres de science et de philosophie, des livres de méthode et de démonstration, ou encore des traités faisant connaître les portes des arts ou les voies du commerce, ou les constitutions de sociétés, ou les calculs mathématiques, ou les différents genres de métiers auxquels s'adonnent les hommes, alors on pourrait penser qu'ils honorent la science. Mais ces gens n'ont là que le sentiment religieux qui pousse quiconque estime sa secte. Leur dépense est comme celle des Mages pour leurs pyrées, des Chrétiens pour leurs croix d'or, des Hindous pour les sanctuaires de leurs Bods. Si les Musulmans avaient le même sentiment, s'ils pensaient que tant de luxe porte à la piété, excite à l'humilité, ils en feraient autant avec leur superflu, que n'en font les Chrétiens avec toutes leurs ressources. J'ai vu la mosquée de Damas à une époque où l'un de ses gouverneurs avait adopté ce système ; et l'on sait qu'à ce
moment personne ne désirait la visiter. Mais quand vint 'Omar fils d''Abd el-'Azîz, il y fit mettre des housses, il la recouvrit de coton, il fit recuire les chaînes des chandeliers pour en ôter l'éclat, pensant que cette manière de faire était plus conforme à l'esprit de l'islam, et que toute cette magnificence ne servait qu'à distraire les cœurs et à les détourner de l'humilité.
Et ce qui prouve bien ce que nous disons, c'est qu'on ne trouve pas dans les livres des Zendîq par exemple des informations rares, des morceaux littéraires, de la philosophie étrangère, ni questions de théologie rationnelle, ni enseignement des arts, de la construction des outils, de l'agriculture, de la guerre, ni disputes entre sectes, mais seulement la mention de la lumière et des ténèbres, les mariages des Satans, les amours des 'Ifrîts, ... les fables de Shakloun et de la chouette, et autres histoires ridicules. «
Suivent quelques citations, vers, conversations ou anecdotes sur des bibliophiles, où paraissent encore plusieurs jolis détails. On demande à un amateur de montrer son exemplaire des poésies de tel auteur. Il était dans une reliure de cuir de Koufah, enroulé de deux couvertures, et d'une calHgraphie superbe. Quelqu'un lui dit : « Tu as bien perdu ce que tu as dépensé pour ce livre. — Non, dit-il, la science rend en proportion de ce qu'on lui donne. Cependant,