CHAPITRE VII. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
des arts, de se communiquer ce que leur a appris leur expérience ancienne ou nouvelle. C'est pourquoi on a traduit les livres de l'Inde, la sagesse des Grecs, la littérature des Perses ; certains ouvrages en sont devenus plus beaux, d'autres y ont perdu. Des livres sont traduits de nation à nation, de siècle en siècle, de langue en langue, et parviennent jusqu'à nous. Certaines personnes disent que jamais le traducteur ne rend exactement la pensée de l'auteur dans les particularités de ses intentions, dans la délicatesse de ses termes, qu'il s'en tient à l'essentiel de ce qu'on lui a confié, à ce qu'il est indispensable de transmettre; autrement il devrait posséder des mots et des expressions le même sentiment que l'auteur du livre. Depuis quand, en efïet, Ibn Patrîk, Ibn Na'îmah, Abou Korrah, Ibn Fahr, Ibn Wahîli, Ibn el- Mokafla, sont-ils Aristote ? Depuis quand Khâlid est-il Platon ? L'expression du traducteur est à la traduction comme sa science est au sujet.
De plus, il doit connaître la langue qu'il interprète et celle dans laquelle il interprète, de façon qu'elles soient égales pour lui. Or, quand nous rencontrons un homme qui parle deux langues, nous voyons qu'il les corrompt toutes les deux : l'une tire l'autre ; l'autre emprunte à l'une et la contrarie. Posséder une langue
quand on en possède deux n'est pas la même chose que de n'en savoir qu'une seule.
Puis plus le sujet est difficile, moins nombreux sont ceux qui le connaissent, et plus on peut craindre de fautes chez les traducteurs. L'on ne trouve guère de traducteur dont la science corresponde exactement à celle du savant original. Cet inconvénient a lieu pour les hvres de géométrie, d'astronomie, de calcul et de musique, à plus forte raison pour les livres de religion, où le sens doit être si exact... Et si nn savant très versé dans le grec passe le sens à un autre très versé dans l'arabe, lorsque l'arabisant est trop au-dessous de ce qu'il doit savoir en grec, il ne saisit pas le sens, ou l'helléniste trop peu arabisant ne le transmet pas.
Songeons ensuite à tous les inconvénients qui viennent des copistes : un texte n'est jamais exempt de fautes ; vient ensuite un copiste qui ajoute encore aux fautes qu'il trouve dans l'original. On ne peut demander à un copiste salarié de corriger les fautes d'un texte, quand parfois l'auteur lui-même y a tant de peine. Cette copie fait fonction d'original pour un copiste ultérieur ; et l'ouvrage passe ainsi successivement entre des mains qui l'altèrent, et finit par n'être plus que pure erreur et mensonge absolu...
Cependant Djâhiz se rend compte de ce que