‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 159 sur 192 · CHAPITRE VII. — LA PHILOSOPHIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — LA PHILOSOPHIE POLITIQUE

ce tableau, juste dans les détails, a d'exagéré dans l'effet d'ensemble, et il en rejette la conclusion logique : Il ne faut pas conclure de cette critique, remarque-t-il, comme le font quelques Arabes de son temps, que la poésie est une forme plus solide que la prose. C'était l'opinion des Indiens du temps de Bîrouni qui mettaient toute leur science en slokas. La poésie n'a pas été l'intermédiaire des connaissances scientifiques. Tout ce qui concerne la science des instruments et des métiers se trouve dans des livres en prose, tels qu'Euclide, Galien, l'Almageste, et d'autres qu'a traduits el-Hadjàdj. Malgré leurs fautes, il y subsiste un fond durable et qui suffit ; la nature supplée au reste. Djàhiz se met alors à parler avec admiration des livres qui sont dans les mains des hommes, énumérant toutes les connaissances que l'écriture a servi à transmettre. Il y a là un passage très difficile, techniquement très intéressant. Puis il parle de différentes inventions qui ont été dues au hasard.

Voilà à peu près ce que c'est qu'un chapitre de Djâhiz : un ensemble parfois un peu incohérent peut-être, mais rempli de faits et d'idées. Je n'oserais alTirmer que tous soient aussi riches ; mais dans tous, on a chance de trouver quelque chose. Notons encore dans ses petits

traités des passages dignes d'intéresser les chercheurs et qui mériteraient de spéciales études : Dans le traité du Rond et du Carré, venant là je ne sais comment, une longue série de questions sur toute espèce d'objets et de sciences : histoire, mythes, géologie, — véritable programme pour une encyclopédie de la curiosité au ix® siècle. — Dans le traité du Noir et du Blanc, un petit compendium historique sur les Zendjs, c'est-à-dire les populations du Zanguebar, avec leurs héros, leurs conquêtes, assemblage de faits peu connus, curieux pour la psychologie des races. Cette sorte de psychologie intéresse beaucoup Djâhiz ; il y revient à diverses reprises ; son esprit original et paradoxal le porte à étudier des peuples qui, à son époque, n'avaient pas encore acquis une situation dominante. Son FAoge des Turcs a de l'intérêt à ce point de vue. Cette nation commençait à peine à paraître ; il est probable que c'est le premier ouvrage qui en parle avec cette étendue et en lui donnant autant d'importance. Les qualités respectives des races l'occupent aussi ; il les énumère à diverses reprises, et nous choisirons en ce genre un passage à résumer, après quoi nous le quitterons. C'est un extrait du traité des Mérite des Turcs (p. 41) :

« Sachez, dit-il, que chaque nation, chaque siè^^

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