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CHAPITRE II. — LES SOUVERAINS

la rhétorique, la métaphysique, la géométrie, l'astronomie, la jurisprudence et la théologie. Des examens permettent de passer d'un degré à un autre et donnent accès aux diverses places. Les degrés sont très nombreux : il y a 6 classes de mollah, 5 ordres de magistrats, 10 degrés pour la seule classe des mouderris. Tous les services sont prévus et énumérés. Le juge de Constantinople, par exemple, a la surveillance du commerce, des arts, des manufactures et des vivres dans la capitale ; il a un substitut pour l'inspection des denrées, un autre pour l'inspection de l'huile et du beurre, un pour les poids et mesures et pour les prix des comestibles. Au sérail il y a des places de précepteur, de premier médecin, de chef des astrologues et d'aumônier. L'ensemble des officiers civils forme un corps non moins compliqué et non moins hiérarchisé que l'armée. Tout semble prévu dans l'empire ; tout y est ordonné et mis à son rang. La succession des ordres aboutit en haut à l'empereur qui tient en main tous les fils de cette énorme machine, et qui insufïle à cet organisme savant et un peu lourd, la vie, l'élan et la pensée.

Parmi les personnalités littéraires de ce règne se trouve le fils du Sultan, le fameux Zizim ou Djem, dont on connaît les tristes aventures et la fin tragique à Naples. C'était un bon poète ; il composa des Ghazels (sorte d'odes), et tra-

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duisit le poème persan Khorchîd et Djemchîd. Une poétesse de Brousse, Zeïnab, fut parmi les talents que protégea Mahomet II.

Le règne glorieux de Soliman répète en partie celui-là : c'est le même bonheur militaire, les mêmes conquêtes rapides sous un prince jeune ; la même habileté chez les ministres, le même esprit large et libéral qui n'exclut pas la cruauté. Les hasards de la politique amènent pour l'un et l'autre sultans la condamnation d'un fils. Tous deux se plaisent aux lettres, à la poésie, à l'histoire ; tous deux, saturés de gloire militaire, recherchent celle du législateur et laissent des règlements que leur nation admire. Il y a toutefois un peu plus d'élégance dans le caractère général de Sohman ; la floraison des talents littéraires sous son règne est encore plus grande, les arts sont plus florissants. Il est une des plus brillantes figures d'un siècle où les autres souverains s'appelaient François I^^, Charles-Quint et Léon X.

On a des portraits de Soliman par des peintres vénitiens. Véronèse l'a placé dans son célèbre tableau des noces de Cana. Un écrivain turc le représente au début de son règne, la tête ployant sous le poids d'un énorme turban blanc. Le front est large et comme renflé au sommet ; les paupières sont lourdes ; les yeux noirs, om-

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