CHAPITRE II. LES SOUVERAINS
grands officiers tartares. Dans le démembrement qui suivit la conquête de Djenghîz Khan, les membres de la famille impériale descendants de Djenghîz Khan et les grands officiers se taillèrent des fiefs dans lesquels ils devinrent à peu près indépendants. Tamerlan refit l'unité d'une partie du vaste empire tartare. L'histoire de la façon dont il combattit les chefs voisins, au début de sa carrière, et augmenta progressivement ses propres domaines, est instructive. Elle montre bien la sagesse et la persévérance de son caractère, ainsi que la part qu'il attribue dans son élévation à la Providence ou à la fortune.
« Environ en ce temps, dit-il, c'est-à-dire en l'année 762, les séyids, les prélats et les docteurs et autres personnages notables de la Transoxiane, vinrent me trouver et me demandèrent de permettre que la Khotbah fût lue en mon nom. Mais je désirais attendre encore ; car je réfléchis qu'il était d'abord nécessaire de nettoyer la contrée des brigands et des voleurs et de mettre toutes les tribus nomades en état de parfaite sujétion ; après quoi il serait facile de lire la Khotbah et de faire frapper des monnaies à mon nom.
En même temps, jereçus une lettre du général gète Emir Khizer Yusuri, m'informant qu'il venait avec toute sa tribu pour devenir mes
sujets. Je me réjouis qu'il se soumît ainsi volontairement à mon autorité, et je fus convaincu que le drapeau de ma souveraineté se levait chaque jour davantage.
«Lorsque cette année-là, j'eus atteint l'âge de 26 ans, Emir Huséin, le petit- fils d'Emir Kûrgan, que j'avais encouragé à envahir le Badakhchân, attaqua le fort de Chadmân, appartenant à Myan Selduz, et requit mon assistance. En conséquence de nos liens de famille, je consentis à l'assister : j'envoyai une division de troupes sous le commandement de Khizer Yusuri pour le joindre. Quelques jours après, je marchai avec ma propre division. Quand Selduz fut informé de mes mouvements, se trouvant trop faible pour lutter contre une si grande force, il évacua la forteresse de Chadmân et s'enfuit dans le Badakhchân, »
Emir Huséin s'empare alors du Badakhchân. Timour, sur sa demande, le lui abandonne et se contente pour lui-même de la forteresse de Chadmân. Tamerlan avait alors pour capitale Subz.
En 763 (1361), il s'apprête à envahir le Khârezm, encore avec l'aide d'Emir Huséïn ; il raconte une bataille qui fut livrée dans cette campagne et dans laquelle il courut de grands dangers; le récit n'est pas sans agrément : « Après peu de temps, Tukel Behader (le chef ennemi)